Temps ordinaire – 27ème Semaine : Dimanche (A)

Publié le 3 Octobre 2026

Devenir la pierre d’angle

(Mt 21,33-43)

 

Qu’est-ce qui a réellement mal tourné dans cette parabole ? Pourquoi les vignerons ont-ils manqué à leur devoir envers le Maître ? Le propriétaire avait tout fait comme il le fallait. Il avait planté la vigne, l’avait protégée, avait tout préparé pour qu’elle porte du fruit, puis il l’avait confiée aux vignerons. N’y aurait-il qu’une seule chose qu’il n’aurait pas faite : comprendre les vignerons tels qu’ils étaient et agir selon leurs propres critères ? N’aurait-il pas dû savoir de quoi ils étaient capables ? Pourquoi, connaissant déjà leur infidélité, a-t-il continué à leur faire confiance et à leur confier sa vigne précieuse ?

Ce sont des questions légitimes. Pourtant, la parabole ne parle pas en définitive de la vigne, de ses fruits, ni même simplement des vignerons. Au plus profond, elle parle de la relation entre le Maître et ceux auxquels Il confie sa vigne. Nous sommes donc invités à nous poser une question fondamentale : Pourquoi le Maître continue-t-il à leur faire confiance, et que révèle sa relation avec ces vignerons infidèles ?

Le Maître continue à faire confiance même à ceux qui lui sont infidèles. Il voit au-delà de leur échec présent et laisse ouverte la possibilité de la conversion et de la réconciliation. Les vignerons, au contraire, considèrent la vigne comme quelque chose qui leur appartient. Ils oublient qu’elle leur a seulement été confiée. Leur échec commence lorsque la responsabilité de prendre soin devient une volonté de posséder, et que la mission reçue devient une prétention à la propriété. Le pape François souligne précisément cette attitude possessive : les vignerons cessent de se considérer comme des intendants et commencent à agir comme des propriétaires.

Il existe une profonde différence entre la manière d’agir du Maître et celle des responsables qui jugent les vignerons. Lorsque Jésus leur demande ce qu’il faudrait faire, ils répondent que ces hommes méchants doivent subir une « mort misérable ». Pourtant, le Maître continue d’offrir des possibilités de conversion. Sa patience n’est pas une faiblesse ; elle est la patience de l’amour.

Saint Jean Chrysostome, en commentant cette parabole, souligne l’extraordinaire patience du propriétaire qui envoie à plusieurs reprises ses serviteurs et qui, finalement, envoie même son fils. Dieu ne renonce pas facilement à ceux auxquels Il a confié sa vigne.

La tentation, pour nous, serait de lire cet Évangile de manière négative : « Ne soyons pas comme ces vignerons. » Mais l’invitation la plus profonde est peut-être positive : apprenons à imiter le Maître. Donnons à chaque personne la possibilité de devenir une « pierre d’angle » dans la société dans laquelle nous vivons. Ne réduisons pas les personnes à leurs échecs, à leur passé, à leurs faiblesses ou aux jugements que nous avons déjà portés sur elles.

La pierre rejetée par les bâtisseurs, c’est le Christ Lui-même. Pourtant, la pierre rejetée devient la pierre d’angle. Dans le Christ, ce qui est rejeté peut donc devenir fondement ; ce qui paraît faible peut devenir une source de force ; et celui qui semble n’avoir aucune place peut devenir indispensable.

Cela concerne également notre propre vocation. Nous sommes les vignerons de la vigne de Dieu. Par le Baptême, nous avons reçu non seulement la foi, mais aussi une responsabilité : prendre soin de cette vigne que Dieu continue d’aimer. L’absence physique du Maître n’est pas un abandon. Son apparente absence devient l’occasion de rendre visible sa présence mystique à travers nous.

Dieu continue de confier sa vigne aux mains des hommes.

Comme nous le rappelle Lumen gentium, l’Église est le champ cultivé de Dieu, et le Christ est la vraie vigne de laquelle nous recevons la vie et la capacité de porter du fruit. Nous ne possédons donc pas la vigne ; nous la servons. Nous ne possédons pas les personnes qui nous sont confiées ; nous les accompagnons. Nous ne possédons pas la mission ; nous la recevons comme un don.

Parfois, nous comprenons mal notre mission chrétienne fondamentale. Nous pensons avoir été appelés principalement à prendre soin des autres parce qu’ils sont la vigne du Seigneur. Mais le soin de la vigne de Dieu commence en nous-mêmes. Nous sommes nous-mêmes la vigne du Seigneur. Nous sommes appelés à penser, à parler et à agir selon notre identité divine d’enfants bien-aimés de Dieu, en permettant à sa grâce de conduire notre humanité vers la plénitude qu’Il désire pour nous.

Nous découvrons alors que notre propre épanouissement humain n’est jamais seulement pour nous-mêmes. Lorsque nous permettons à Dieu de restaurer notre dignité et de nous conduire vers la plénitude, nous devenons davantage capables d’aider les autres à redécouvrir leur propre dignité. Ainsi, dans le Christ, nous pouvons devenir une « pierre d’angle » par laquelle la vie d’une autre personne peut être fortifiée.

Et le Fils continue de venir à nous.

Il vient restaurer ce qui est brisé en nous, nous réconcilier avec le Père et nous rappeler notre dignité d’enfants bien-aimés. Dieu connaît nos faiblesses et nos échecs, et pourtant Il continue de venir à nous, encore et encore.

Peut-être même lorsqu’un frère ou une sœur vient à notre porte nous demander quelque chose — même lorsque sa demande est exigeante ou difficile — pouvons-nous apprendre à regarder cette personne autrement. Au lieu de nous demander : « Pourquoi devrais-je faire cela pour lui ? », nous pouvons nous demander : « Qu’est-ce que Dieu m’invite à donner à travers cette rencontre ? » En donnant à l’autre ce qui lui est véritablement dû, en servant avec amour et fidélité, nous devenons les instruments de l’œuvre du Maître.

La parabole parle donc non seulement de fidélité, mais aussi d’alliance. Dieu nous a confié quelque chose de précieux, et nous avons répondu à cet appel par notre Baptême. La présence du Fils nous rappelle continuellement cette alliance et nous invite à la conversion et à la réconciliation. Nous n’avons pas besoin de demander une autre vigne ou une autre mission. Nous sommes déjà dans la vigne.

Pour moi, il n’y a rien de plus grand à demander au Seigneur. Je suis déjà engagé dans sa vigne, et cela est en soi un privilège.

Chacun de nous peut en dire autant : dans sa famille, comme père ou mère, époux ou épouse ; dans sa communauté religieuse, comme frère ou sœur ; auprès de ses amis et compagnons ; dans ses responsabilités professionnelles, comme enseignant, médecin, soignant, ou dans tout autre service qui lui a été confié. Nous sommes déjà dans la vigne du Seigneur.

Renouvelons donc notre relation avec le Maître. Ne demandons pas seulement la grâce d’être des vignerons fidèles, mais celle d’avoir le cœur du Maître : patient, confiant, miséricordieux et généreux. Alors le fruit qu’Il recevra de notre vie sera véritablement son œuvre accomplie à travers nos mains.

Et peut-être est-ce là la joie la plus profonde d’être dans la vigne : ce que nous offrons au Seigneur nous avait d’abord été confié par Lui. Amen.
Je vous souhaite un dimanche rempli de grâce.
P. Terry Cmf.

Rédigé par JONHBOSCO

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