Temps ordinaire – 30ème Semaine: Dimanche (A)
Publié le 24 Octobre 2026
Aimer Dieu en aimant nos frères et sœurs
(Mt 22,34-40)
La seule manière pour un chrétien de vivre pleinement sa foi est d’aimer Dieu à travers l’amour qu’il porte à ses frères et sœurs. Nous utilisons souvent le mot amour dans un sens très large, sans en saisir toute la profondeur ni toutes les implications.
Personnellement, lorsque je dis que j’aime une personne, cela signifie que je cherche à la connaître et à m’engager auprès d’elle par mes paroles et mes actes, afin de révéler au monde la bonté et la dignité de cette personne que Dieu a créée, appelée, consacrée et envoyée en mission. Ce faisant, je demeure en relation avec elle sur les plans affectif et intellectuel, cherchant à discerner et à accomplir ce que le Père attend de moi pour son bien. En même temps, ma relation avec cette personne s’enracine dans ma relation avec le Père, à travers la prière et la contemplation. Avec Lui, je cherche à comprendre sa volonté et à la mettre en pratique. Lorsque je dis que Dieu m’aime, je crois qu’Il fait de même pour moi : Il me connaît, m’accompagne, cherche mon bien et m’invite à accomplir la mission pour laquelle Il m’a créé et appelé.
Jésus nous révèle le cœur de cet amour lorsqu’Il répond au docteur de la Loi qui lui demande : « Quel est le plus grand commandement de la Loi ? » Il réunit deux commandements : aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit, et aimer son prochain comme soi-même (Mt 22, 36-40). Il ne s’agit pas de deux obligations séparées. Notre amour pour Dieu devient visible et concret dans l’amour que nous portons aux autres. Comme nous le rappelle la première lettre de saint Jean : « Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas » (1 Jn 4, 20).
L’histoire de l’Église nous montre comment cet amour, lorsqu’il est vécu dans l’Esprit et la vérité, peut conduire certaines personnes à dépasser les limites de leur époque. Les Apôtres eux-mêmes ont dû discerner comment demeurer fidèles à l’Évangile dans des circonstances nouvelles. Paul a pu interpeller Pierre, et Pierre comme Paul ont appris à reconnaître les exigences de l’Évangile à travers leurs rencontres, leurs désaccords et leur discernement. Leur témoignage nous rappelle que la fidélité à Dieu exige parfois du courage, un dialogue sincère et la volonté de dépasser les manières habituelles de penser.
Saint Antoine-Marie Claret souhaitait une participation plus importante des femmes à la mission de l’Église, une aspiration que l’Église de son époque avait du mal à accueillir pleinement. Sainte Thérèse d’Avila, elle aussi, a rencontré des oppositions lorsqu’elle a entrepris la réforme de la vie religieuse. Ce que certains de ses contemporains avaient du mal à comprendre a finalement été reconnu comme une expression importante de sa sagesse spirituelle. Ces exemples nous rappellent que l’action de l’Esprit n’est pas toujours immédiatement comprise ni acceptée. Un véritable renouveau doit cependant demeurer enraciné dans l’Évangile, guidé par le discernement et soutenu par l’amour.
Vous et moi sommes également appelés à vivre cet amour dans notre quotidien. Saint Claret nous offre une description puissante de l’esprit missionnaire : « Un Fils du Cœur Immaculé de Marie est un homme embrasé d’amour qui répand partout où il passe la flamme de cet amour. » Il désire embraser le monde entier de l’amour de Dieu. Rien ne doit l’arrêter, ni les privations ni les persécutions. Il accueille les difficultés avec patience, courage et compassion, consacrant toutes ses énergies à connaître Dieu et à le faire connaître, à aimer et à servir l’humanité. Ainsi, toute sa vie devient une offrande pour la gloire de Dieu et le salut de l’humanité.
Cette identité missionnaire peut inspirer chaque chrétien. Nous sommes appelés à connaître Dieu toujours plus profondément, à l’aimer en discernant sa volonté et en agissant avec fidélité, à le servir en nous mettant au service de l’humanité et à le louer par une vie transformée par l’amour.
Le message de l’Évangile est clair : nous ne pouvons prétendre aimer Dieu tout en demeurant indifférents à nos frères et sœurs. Notre tâche essentielle consiste à découvrir la profondeur de l’amour de Dieu et à le traduire en un amour humain concret, à travers nos rencontres, nos relations et nos responsabilités quotidiennes. Cette mission commence par notre propre conversion.
Saint Ignace de Loyola nous invite à prendre au sérieux l’œuvre que Dieu désire accomplir en nous. Avant de devenir des instruments de transformation dans la vie des autres, nous devons laisser Dieu transformer notre propre cœur. Cela ne signifie pas nous retirer du monde ni nous préoccuper exclusivement de nous-mêmes. Il s’agit plutôt de reconnaître notre propre dignité, d’admettre nos fragilités et de permettre à la miséricorde de Dieu de nous guérir et de nous renouveler.
Apprenons à nous connaître nous-mêmes afin de mieux comprendre les autres. Apprenons à nous traiter avec compassion et miséricorde, afin de pouvoir offrir cette même compassion aux autres. Prenons soin de notre santé physique, intellectuelle, affective et spirituelle, non par égoïsme, mais pour servir les autres avec davantage de liberté, de générosité et de responsabilité.
Dieu désire commencer son œuvre en nous. Il nous aime, nous pardonne, prend soin de nous et nous fortifie, afin que, par notre vie, Il puisse communiquer ce même amour à toute l’humanité.
Puissions-nous devenir des personnes embrasées par l’amour divin, capables de découvrir Dieu dans ceux que nous rencontrons et de laisser son amour prendre chair dans nos paroles, nos actes et nos relations. Que tout ce que nous faisons contribue à la gloire de Dieu et au salut de l’humanité. Amen.
P. Terry Cmf.