33ᵉ DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE 

Publié le 15 Novembre 2025

HOMELIE

 

L’Évangile de ce dimanche nous place devant trois réalités qui marquent toutes les époques de l’Église : la fragilité du Temple, les signes qui secouent le monde, et l’expérience des persécutions qui, paradoxalement, deviennent un lieu de grâce. Mais au cœur de ces réalités se tient une promesse, simple et solide : le Christ demeure avec son peuple, et il lui donne l’Esprit qui rend possible la fidélité et la persévérance (cf. Lc 21,15.19). En ce jour, nous sommes invités à laisser cet Esprit nous animer et à demeurer profondément attachés au Christ, notre unique fondation.

 

Temple
Lorsque Jésus demande à ses disciples de contempler le Temple, ils restent émerveillés par sa beauté. Pourtant, le Seigneur leur révèle que même cet édifice sacré, fierté d’Israël, tombera un jour. Ses paroles prolongent celles des prophètes, qui rappelaient que Dieu n’habite pas dans des pierres, mais dans le cœur qui écoute et qui se convertit (cf. Jr 7,1-7). Notre temps connaît la même tension. À travers le monde, de magnifiques cathédrales, basiliques et sanctuaires témoignent de la foi des générations passées. Et pourtant, dans de nombreux pays, ces églises demeurent presque vides. Les pierres subsistent, mais la foule s’est dispersée. Quelque chose s’est brisé entre la foi célébrée et la foi vécue.

Mais lorsque nous entrons dans la vie réelle des gens — en visitant les personnes âgées, en écoutant les familles, en rencontrant ceux qui souffrent — nous découvrons que leur foi n’est pas morte. Elle est plus dépouillée, parfois blessée, mais souvent plus authentique que toutes les structures qui l’entourent. Oui, l’Église de jadis se défait, mais l’Église du Dieu vivant demeure. Comme le disait Benoît XVI, « La foi chrétienne ne commence pas par une idée, mais par une rencontre avec une Personne ». Ce n’est pas l’institution, ni la puissance, ni le prestige qui tiennent aujourd’hui la communauté chrétienne debout. C’est le Christ vivant, présent dans l’Eucharistie et dans le cœur des fidèles qui marchent avec Lui. Les pierres tombent, mais la foi reste, parce que Jésus reste.

 

Signe
Les disciples demandent alors : « Maître, quand cela arrivera-t-il ? » (Lc 21,7). Nos contemporains posent la même question, souvent avec une pointe d’ironie : Que reste-t-il de l’Église ? Où Dieu se cache-t-il ? Les signes qui nous entourent sont troublants : catastrophes naturelles, volatilité politique, sociétés fragmentées par la peur, institutions défaillantes, scandales qui blessent le cœur de l’Église. Rien de tout cela n’est étranger à la Bible. Les psaumes crient : « Jusqu’à quand, Seigneur ? » (Ps 13,2), et les prophètes s’interrogent devant l’apparente victoire du mal (cf. Ha 1,13). Le Catéchisme nous enseigne que l’Église, avant le renouveau, traverse souvent l’épreuve et la purification (CEC 675). Et saint Paul rappelle que la création tout entière gémit dans les douleurs de l’enfantement (Rm 8,22).

 

Espérance

Dans ces signes, Dieu ne demeure pourtant pas silencieux. Même lorsque les institutions chancellent, l’Esprit travaille dans les cœurs humbles, dans les petites communautés fidèles, dans les gestes silencieux qui maintiennent le monde debout. Les persécutions et les oppositions ne sont pas des preuves de l’absence de Dieu, mais souvent de son étonnante proximité. Jésus annonce à ses disciples que, lorsque tout semblera s’écrouler, c’est Lui qui leur donnera la sagesse nécessaire (cf. Lc 21,15). Les saints ont compris cette vérité. Saint Ignace d’Antioche affirmait : « Plus je suis proche du glaive, plus je suis proche de Dieu », non par goût de la souffrance, mais parce qu’il savait que la présence du Christ devient plus intense lorsque les appuis humains disparaissent.

C’est pourquoi Jésus insiste sur la persévérance. La persévérance n’est pas une simple ténacité humaine ; elle est un fruit de l’Esprit (Ga 5,22). C’est cette force intérieure qui permit à Noé et à Loth de rester fidèles lorsque le monde autour d’eux avait oublié Dieu. C’est le même Esprit qui inspira la confiance silencieuse de Marie, l’obéissance humble de Joseph, la fidélité des prophètes, et le courage des apôtres. Persévérer, c’est demeurer enracinés dans la certitude que Dieu n’abandonne jamais son peuple. « C’est par votre persévérance que vous sauverez votre vie » (Lc 21,19). Ce n’est pas un avertissement, mais une promesse : Dieu soutient celui qui s’abandonne à Lui.

Le monde d’aujourd’hui a soif de témoins qui deviennent des signes d’espérance — non par le pouvoir, mais par une vie transparente enracinée en Dieu. Saint François d’Assise disait : « Annonce l’Évangile en tout temps ; si nécessaire, utilise des mots. » Notre monde reconnaît l’authenticité lorsqu’il la voit. C’est par notre manière de traiter les pauvres, d’accueillir l’étranger, de protéger les faibles, de pardonner et de nous réconcilier que nous révélons le visage du Père. Le pape François, dans Gaudete et Exsultate, parle de cette « sainteté de la porte d’à côté », faite de fidélités quotidiennes, de gestes simples, de miséricordes discrètes, mais profondément fécondes.

 

Moyen
Alors, comment vivre tout cela dans un monde qui chancelle ? Nous ne le pouvons qu’en vivant de l’Esprit — le même Esprit qui animait l’humanité de Jésus, et que nous avons reçu au baptême. Saint Paul assure que « l’Esprit vient au secours de notre faiblesse » (Rm 8,26). Si nous marchons sous la conduite de l’Esprit, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu (Rm 8,39). Même lorsque nous ne sentons pas sa présence, nous continuons de marcher avec le Christ sur son chemin, convaincus que la fidélité de Dieu ne faillira jamais. L’histoire du salut, d’Abraham à Moïse, de David aux prophètes, de Marie aux apôtres et aux saints, n’est qu’une longue histoire de promesses tenues.

Voilà sur quoi le chrétien édifie sa vie. Non sur les pierres — elles tombent. Non sur les institutions — elles se transforment. Non sur les signes — ils peuvent égarer. Mais sur la fidélité d’un Dieu qui demeure le même hier, aujourd’hui et pour les siècles (He 13,8). Et ainsi, avec saint Paul, nous pouvons proclamer avec une joie paisible : « Rien ne pourra nous séparer de l’amour du Père. »
Amen.
P. Terry Cmf.

Rédigé par JONHBOSCO

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