Temps ordinaire - 21e Semaine: Dimanche (A)
Publié le 22 Août 2026
Il y a plusieurs éléments dans l’Évangile d’aujourd’hui qui me semblent particulièrement importants pour notre formation dans la foi. Je voudrais m’arrêter sur trois questions : « Qui dites-vous que je suis ? » — Comment reconnaître l’inspiration de l’Esprit Saint ? — Et quelle est la « clé » que le Christ nous a confiée ?
- « Qui dites-vous que je suis ? »
Jésus pose à ses disciples une question très personnelle : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Ce n’est pas simplement une question sur ce que les gens pensent de Jésus. Elle exige une réponse personnelle : Qui est Jésus pour moi ?
Pour répondre à cette question, j’ai besoin de l’aide de l’Esprit Saint. Notre Dieu est un Dieu personnel : Il est mon Dieu, tout en étant en même temps notre Dieu. Pour découvrir qui Il est, je dois sortir de moi-même et regarder toute l’histoire de ma vie.
Mon histoire personnelle s’inscrit dans une histoire beaucoup plus grande : l’histoire du salut. Dieu s’est révélé au peuple d’Israël et, par le Baptême, je suis moi aussi devenu participant de cette histoire. Lorsque je regarde cette histoire, je découvre comment Dieu a accompagné son peuple, particulièrement dans les moments de difficulté, de faiblesse et d’incertitude.
Je peux alors revenir à ma propre histoire. Il y a eu des moments où j’ai peut-être eu le sentiment que Dieu m’avait abandonné. Mais, en regardant aujourd’hui avec davantage de maturité et de foi, je peux découvrir qu’Il n’était jamais absent. Sa présence était là, même lorsque je n’étais pas capable de la reconnaître.
Saint Augustin l’exprime magnifiquement : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi. »
Peut-être que la foi consiste précisément en cela : apprendre à relire notre vie et découvrir que Dieu était présent même dans les moments où nous pensions qu’Il était loin.
- Reconnaître l’inspiration de l’Esprit Saint
Pierre ne se rend pas compte que sa réponse — « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » — dépasse sa propre compréhension humaine. Jésus lui révèle que cette connaissance lui a été donnée par le Père.
Quelque chose de semblable peut arriver dans notre propre vie. Il y a des moments où nous disons ou faisons quelque chose de bon, où nous prenons une bonne décision ou trouvons une force particulière dans une situation difficile, sans comprendre pleinement d’où vient cette inspiration.
En relisant notre vie, nous pouvons découvrir que l’Esprit Saint agissait discrètement en nous.
L’histoire du salut est remplie de tels moments. Dieu se révèle souvent non pas à travers des événements extraordinaires, mais à travers les événements ordinaires de notre vie. Lorsque nous commençons à reconnaître cette action divine, nous apprenons à la garder précieusement. La gratitude grandit en nous et nous commençons à nous émerveiller de ce que Dieu accomplit en nous et autour de nous.
Alors, chaque événement peut devenir une invitation au discernement. Chaque rencontre peut devenir un lieu possible de révélation divine. Nous commençons à demander : « Seigneur, que veux-tu me montrer à travers cette personne, cet événement, ce moment ? » Et peu à peu, avec saint Paul, nous pouvons dire avec conviction : « Tout est de lui, et par lui, et pour lui. À lui la gloire pour les siècles. Amen. »
- Le roc sur lequel Dieu construit
Cette expérience de la foi et de la paix intérieure devient le roc sur lequel Dieu désire construire son Église. Le roc n’est pas simplement notre force personnelle ou notre capacité humaine. Il est la foi reçue de Dieu et vécue dans notre coopération avec sa grâce.
La foi nous unit à Dieu et, à travers notre foi, Dieu veut rendre sa présence concrète et visible dans le monde. Notre joie, notre paix, notre manière de vivre et nos œuvres inspirées par l’Esprit Saint peuvent devenir des témoignages à travers lesquels les autres découvrent la présence de Dieu.
Saint John Henry Newman nous rappelle que Dieu a créé chacun de nous pour une mission particulière : « Dieu m’a créé pour accomplir un service précis. » Chacun de nous a donc une place dans le projet de Dieu. Nous n’avons pas à imiter la mission d’un autre. Nous devons découvrir notre propre place dans le Royaume.
- Quelle est la « clé » qui nous est confiée ?
Enfin, Jésus parle des clés du Royaume. Pour Pierre, cette clé possède une signification ecclésiale particulière : il reçoit la responsabilité de conduire et de servir l’Église que le Christ construit. Cette mission se poursuit dans le ministère du successeur de Pierre et dans le ministère pastoral de l’Église.
Mais il existe aussi une dimension qui concerne tout baptisé. Notre « clé », ce sont notre identité baptismale et les dons de l’Esprit Saint qui nous sont confiés. Tout ce que nous accomplissons sur cette terre en coopération avec la volonté de Dieu possède une valeur éternelle, car, à travers nous, Dieu continue à construire son Royaume.
La clé n’est donc pas la même pour tous. Pour l’un, elle peut être le service pastoral ; pour un autre, le service des pauvres ; pour un autre encore, la vie familiale, la vie consacrée, l’enseignement, le soin, l’accompagnement ou simplement le fait d’apporter la paix et la réconciliation là où il vit.
La vraie question n’est donc pas : « Quelle clé Dieu a-t-il donnée à l’autre ? » mais plutôt : « Quelle clé Dieu a-t-il placée entre mes mains ? » Et lorsque nous la découvrons, nous sommes appelés à l’utiliser fidèlement. Sainte Thérèse d’Avila nous le rappelle d’une manière très belle : « Le Christ n’a plus de corps maintenant que le vôtre… vous êtes les yeux à travers lesquels sa compassion doit regarder le monde. »
Voilà le mystère de notre Baptême : le Christ continue sa mission à travers nous. L’Esprit Saint agit en nous, nous aide à accomplir la volonté du Père et nous permet de poursuivre la mission salvifique de Jésus.
Et peut-être est-ce là que commence notre béatitude : lorsque nous reconnaissons le Christ, lorsque nous écoutons l’Esprit, lorsque nous découvrons la mission qui nous est confiée et lorsque, avec joie, nous collaborons avec la Trinité à la construction du Royaume de Dieu.
Alors, aujourd’hui, Jésus pose à chacun de nous la question : « Pour vous, qui suis-je ? »
Et peut-être qu’après avoir répondu à cette question, nous devons en poser une autre : « Quelle est la clé que tu as placée entre mes mains, Seigneur ? »
Que l’Esprit Saint nous aide à la reconnaître, que la foi nous donne le courage de l’utiliser et que notre vie devienne un témoignage visible que le Christ est vivant et qu’Il continue à construire son Royaume à travers nous. Amen.
P. Terry Cmf.