Temps ordinaire - 20e Semaine: Dimanche (A)
Publié le 16 Août 2026
« Femme, grande est ta foi ! »
Le chemin de foi de la Cananéenne nous est révélé de manière très visible dans les paroles qu’elle adresse à Jésus : « Prends pitié de moi, Seigneur, Fils de David ! » Et ce chemin trouve son accomplissement dans la réponse de Jésus : « Femme, grande est ta foi ! Que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » (Mt 15,22.28).
Pourtant, ce chemin admirable de foi n’a pas été perçu de cette manière par ceux qui entouraient Jésus, y compris ses disciples. Pour eux, cette femme était devenue une gêne : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! » (Mt 15,23). Ce contraste est important. Ce que les autres considéraient comme une insistance dérangeante, Jésus reconnaît finalement comme une foi profonde. Beaucoup d’entre nous sont admiratifs devant la foi de cette femme. Mais il nous faut du temps pour découvrir ce qui se cache derrière son expression extérieure : la profondeur de sa relation avec Jésus.
C’est ici que nous passons du visible à l’invisible. La foi n’est pas seulement ce que nous exprimons avec nos lèvres ; elle est surtout une communion intérieure avec le Seigneur. Cette femme semble être à l’extérieur, cherchant à atteindre Jésus. Mais, dans le secret de son cœur, elle vit déjà une relation profonde avec Lui. Sa persévérance, son insistance et son refus d’abandonner révèlent quelque chose que les autres ne pouvaient pas voir.
Nous pouvons penser à Marie. Elle aussi vivait dans une profonde communion avec Dieu avant même de comprendre pleinement le dessein qui se réalisait en elle. Elle « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2,19). La foi véritable sait demeurer dans le mystère, même lorsque tout n’est pas immédiatement compris.
Les grands mystiques nous enseignent cette profondeur de la relation avec Dieu. Ils savent que l’intimité avec le Seigneur est souvent un mystère que les paroles humaines ne peuvent pleinement exprimer. Saint Jean de la Croix nous rappelle que « la foi est le moyen prochain et proportionné pour que l’âme s’unisse à Dieu ». La foi nous fait entrer dans une réalité que nos yeux ne peuvent pas voir et que notre intelligence ne peut pas toujours expliquer.
La Cananéenne nous enseigne précisément cela : la foi ne s’effondre pas devant le silence de Dieu. Jésus semble garder le silence. Il ne répond pas immédiatement. Et même lorsque les disciples interviennent, elle ne se retire pas. Elle continue de croire, de chercher et de crier vers le Seigneur.
Nous ne comprenons pas toujours pourquoi Dieu demeure silencieux lorsque nous lui présentons nos demandes, parfois légitimes et douloureuses. Mais le silence de Dieu n’est pas nécessairement son absence. Il peut devenir un espace dans lequel notre foi mûrit. Saint Augustin disait : « Dieu ne se serait pas laissé trouver si nous ne l’avions pas cherché. » La persévérance de la Cananéenne devient ainsi une véritable école de foi.
Elle sait qu’elle se trouve devant la source de la miséricorde. Elle sait que Jésus peut lui donner ce que personne d’autre ne peut lui donner. C’est pourquoi elle refuse de repartir les mains vides. Son silence apparent, loin de la décourager, approfondit son désir.
Nous retrouvons cette même foi chez Bartimée, l’aveugle de Jéricho, qui criait : « Jésus, Fils de David, prends pitié de moi ! » (Mc 10,47). La foule voulait le faire taire, mais il criait encore plus fort. Nous la retrouvons également chez la femme qui souffrait depuis douze ans et qui s’approcha de Jésus avec cette conviction : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée » (Mt 9,21).
Dans toutes ces situations, une même réalité apparaît : la foi persévère là où les autres voient seulement un obstacle.
Jésus ne reste pas indifférent devant cette foi. Il finit par faire apparaître au grand jour ce qui était caché dans le cœur de cette femme : « Femme, grande est ta foi ! »
Il ne dit pas seulement qu'elle a une grande confiance. Il révèle au monde ce que les autres n'avaient pas été capables de voir. Son insistance n'était pas simplement une réaction émotionnelle d'une mère désespérée. Elle était l'expression extérieure d'une communion intérieure avec le Seigneur.
C’est peut-être là la question que l’Évangile nous pose aujourd’hui : que se passe-t-il dans le secret de notre cœur lorsque Dieu semble silencieux ?
Est-ce que nous abandonnons immédiatement ? Est-ce que nous considérons le silence de Dieu comme son absence ? Ou bien sommes-nous capables, comme cette femme, de garder la foi, de conserver les événements dans notre cœur, de les méditer et de continuer à chercher la volonté du Père ?
La foi reçue au baptême nous donne précisément cette capacité. Elle nous donne l’espérance nécessaire pour continuer à avancer lorsque nous ne voyons pas encore la réponse. Saint Paul nous rappelle : « Nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision » (2 Co 5,7).
Aujourd’hui, demandons donc au Seigneur de nous donner cette foi humble et persévérante. Une foi qui ne se laisse pas décourager par le silence ; une foi qui sait attendre sans cesser de chercher ; une foi qui médite dans le cœur comme Marie ; une foi qui continue à crier vers le Seigneur sans perdre confiance.
Alors, peut-être qu’un jour, au cœur même de notre épreuve, nous entendrons nous aussi cette parole de Jésus : « Grande est ta foi ! Que tout se passe pour toi comme tu le veux. » Amen.
P. Terry Cmf.