L’Ascension du Seigneur : l’élévation de l’humanité dans le Christ

Publié le 17 Mai 2026

Le Seigneur a de nouveau conduit ses disciples vers la montagne pour vivre avec eux une rencontre unique et décisive. Aujourd’hui, ils seront témoins d’un événement extraordinaire : l’Ascension de leur Maître dans la gloire du Père. Pourtant, ce mystère ne concerne pas seulement le départ visible de Jésus vers le ciel ; il révèle quelque chose de beaucoup plus profond : l’union du ciel et de la terre dans la personne du Christ.

 

Déjà, dans l’Évangile selon saint Jean, Jésus avait annoncé ce mystère à Nicodème : « Vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme » (Jn 1,51).

 

Le Christ devient ainsi le véritable pont entre le ciel et la terre, l’échelle nouvelle entre Dieu et l’humanité, accomplissant la vision de Jacob (Gn 28,12). Les disciples contemplent aujourd’hui cette réalité merveilleuse : l’humanité du Christ élevée dans la gloire divine. Et chaque baptisé est invité à monter spirituellement sur cette montagne, non seulement pour vivre une expérience de transfiguration, mais déjà une expérience du ciel sur la terre, une communion réelle avec Dieu, même encore partielle dans notre condition présente.

 

Le Christ, pont entre l’ancienne et la nouvelle création. Dans l’Ascension, Jésus unit le ciel et la terre en une seule réalité. Ce que Jésus promettait au bon larron — « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23,43) — commence déjà à se réaliser ici et maintenant.

 

Par sa mort, sa résurrection et son Ascension, le Christ transforme l’ancienne création blessée par le péché en une création nouvelle. Saint Paul l’affirme : « Si quelqu’un est dans le Christ, il est une création nouvelle » (2 Co 5,17).

 

Dans le Christ glorifié, l’humanité retrouve sa vocation première : vivre en parfaite communion avec Dieu, dans l’obéissance libre et l’amour véritable. Les disciples contemplent en Jésus l’humanité telle que Dieu l’avait voulue depuis l’origine : une humanité pleinement ouverte à la volonté du Père.

 

Saint Athanase exprimait ce mystère avec profondeur : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. » Non pas que l’homme perde son humanité, mais qu’il participe à la vie divine (cf. 2 P 1,4).

 

L’Ascension révèle le mystère de l’Église

 

Cette fête nous révèle également la nature profonde de notre Mère l’Église : le Christ Tête est déjà dans la gloire du ciel, tandis que son Corps demeure encore en pèlerinage sur la terre.

 

Saint Augustin rappelait à ses fidèles que l’Église est véritablement le Corps du Christ : « Réjouissons-nous et rendons grâce : nous sommes devenus non seulement chrétiens, mais le Christ lui-même. »

 

C’est pourquoi Jésus dit à Saul sur le chemin de Damas : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » (Ac 9,4). En persécutant les disciples, Saul persécutait le Christ lui-même vivant dans son Corps qu’est l’Église.

Par l’Ascension, nous découvrons donc que nous sommes déjà transformés dans le Christ : « Vous êtes une race choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte » (1 P 2,9).

 

L’Église devient ainsi le lieu où l’amour du Père continue d’être révélé au monde à travers des hommes et des femmes remplis de l’Esprit Saint.

 

Entre le “déjà” et le “pas encore”

 

Sur cette montagne de l’Ascension, les disciples ne vivent ni dans la nostalgie du passé ni dans une fuite vers l’avenir. Ils demeurent dans le présent de Dieu. Ils portent encore les traces de leur faiblesse humaine, mais ils marchent désormais vers la plénitude de la sainteté.

 

Le Concile Vatican II enseigne : « Tous dans l’Église sont appelés à la sainteté » (Lumen Gentium, 39). Notre vie chrétienne se situe précisément dans cette tension spirituelle : déjà transformés par la grâce du Christ, mais encore en chemin vers la pleine communion avec Dieu.

 

L’élévation de l’humanité dans le Christ

 

L’Ascension n’est pas seulement la glorification de Jésus ; elle est aussi l’élévation de toute l’humanité dans le Christ. Jésus emporte avec Lui notre humanité — corps, âme et esprit — dans la gloire du Père.

 

Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne : « L’Ascension du Christ marque l’entrée définitive de l’humanité de Jésus dans le domaine céleste de Dieu » (CEC 665). Ainsi, notre destinée est déjà révélée dans le Christ glorifié. Comme le prophète Élie fut élevé au ciel (cf. 2 R 2,11), le Christ ouvre pour nous le chemin de la vie éternelle.

 

Sainte Thérèse d’Avila disait : « Le ciel est déjà dans notre âme lorsque Dieu y habite. »

L’Ascension nous invite donc à vivre dès maintenant comme des citoyens du ciel (Ph 3,20), tout en demeurant engagés dans le monde.

 

Pentecôte : le feu qui transforme l’humanité

 

Les disciples garderont éternellement le souvenir de cette rencontre avec le Seigneur ressuscité. Mais désormais, ils attendent la venue de l’Esprit Saint promis par Jésus : « Vous recevrez une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous » (Ac 1,8).

 

Cette promesse s’accomplira à la Pentecôte, lorsque le feu de l’Esprit transformera radicalement leur existence. Ils parleront toutes les langues, et chacun les entendra dans sa propre langue (Ac 2,6). Saint Irénée dira : « Là où est l’Église, là est l’Esprit de Dieu ; et là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église. »

 

Le Baptême : participation à la vie trinitaire

 

Cette transformation divine ne concerne pas seulement les apôtres. Par le Baptême, chacun de nous reçoit cette même vie trinitaire comme un pur don de grâce.

 

Le Catéchisme enseigne : « Le Baptême nous fait participer à la vie même de Dieu par la grâce sanctifiante » (CEC 1997).

 

La Trinité vient habiter en nous : « Si quelqu’un m’aime… mon Père l’aimera ; nous viendrons vers lui et nous ferons chez lui notre demeure » (Jn 14,23). Ainsi, nous ne vivons pas seuls. Dieu demeure en nous et agit à travers nous.

 

Un peuple d’espérance et de charité

 

Nous sommes donc un peuple d’espérance, porteurs en nous de la présence du Christ glorifié. Chaque acte d’amour, chaque croix portée avec foi, chaque geste de compassion devient participation à l’œuvre salvifique du Christ.

 

Saint Jean de la Croix écrivait : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour. » Le monde doit pouvoir reconnaître en nous la présence du Christ vivant : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35).

 

La mission : enseigner et baptiser

 

Avant de monter vers le Père, Jésus confie à ses disciples une double mission : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28,19).

 

Nous sommes appelés à enseigner non seulement par nos paroles, mais surtout par le témoignage de notre vie. Les hommes doivent découvrir à travers notre humanité la présence du Dieu vivant.

 

Saint Jacques nous rappelle : « La foi sans les œuvres est morte » (Jc 2,17).

Et par le Baptême, nous invitons les autres à entrer dans cette communion trinitaire, afin qu’ils découvrent que la véritable vie chrétienne ne consiste pas seulement à vivre pour Dieu, mais à laisser Dieu vivre en nous.

 

Acceptons donc pleinement l’invitation de cette grande fête de l’Ascension : prendre conscience que notre humanité est appelée à la gloire céleste dans le Christ. Que le Seigneur nous accorde la grâce de vivre cette vocation avec dignité, amour et fidélité. Amen.

P. Terry Cmf.

Rédigé par JONHBOSCO

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