6ème Dimanche de Pâques
Publié le 24 Mai 2025
Homélie
Le Père Claret, notre fondateur, était un homme d'une profonde humilité. Pourtant, il comprit que même son humilité radicale et son obéissance ne suffisaient pas pour suivre pleinement le Christ. Peu à peu, le Seigneur l’attira vers des sommets spirituels plus élevés, jusqu’à le combler de la grâce de porter en lui la Sainte Eucharistie. En tant que mystique, il se mit à prier avec ferveur : « Seigneur, apprends-moi à T’aimer. » Cette prière, si simple et si profonde, est devenue partie intégrante de notre identité clarétaine : non seulement aimer et servir le Père, mais aussi susciter chez les autres ce même amour.
Nous aspirons tous à aimer le Père. Mais dans nos limites humaines, nous ne savons souvent pas comment faire. Comme l’écrit saint Augustin : pour aimer Dieu, il faut d’abord Le connaître — et pour Le connaître, il faut L’aimer. Mais alors, comment L’aimer de manière concrète, chaque jour ? Il m’est arrivé, en passant devant notre chapelle communautaire, de me poser cette question : « Est-ce que j’aime vraiment Dieu ? » Et je ne savais pas quoi répondre. Je doutais de la sincérité de mon amour. Même aujourd’hui, je me demande parfois si je sais vraiment aimer Dieu. Alors je cherche un « raccourci » : j’écoute les enseignements de Jésus et je m’efforce de vivre selon son exemple. C’est cette imitation qui, peu à peu, façonne mon âme comme une demeure où le Père peut habiter, un sanctuaire vivant pour la Trinité.
Même si cela n’est que le fruit de mon imagination ou de mes efforts, c’est là ma prière sincère : aimer le Père. Et je crois que le Seigneur me guide à chaque pas. Parfois, dans mes méditations quotidiennes, je sens que Dieu m’inspire à vous écrire. Ces paroles ne sont pas seulement les miennes — elles me sont données gratuitement, parce que je crois que Dieu vous aime. En les partageant, c’est une manière pour moi d’aimer le Père. Et lorsque vous les lisez, j’espère que vous sentez Dieu vous accompagner, vous inspirer — peut-être différemment de ce que j’ai exprimé.
L’Évangile d’aujourd’hui évoque le départ de Jésus — son combat intérieur, les conséquences de ce départ, mais surtout la promesse de l’Esprit Saint. Les disciples ignoraient ce qui allait se produire, mais Jésus connaissait déjà le dessein divin. Pour ma part, je fais l’expérience de l’Esprit dans l’écriture, la méditation et la contemplation. Chacun de nous porte en lui quelque chose à offrir, comme une part du mystère de Dieu en devenir. L’Esprit nous guide souvent par des chemins inattendus, sans tout nous révéler. Il nous demande simplement de faire confiance et d’obéir.
Même si notre situation extérieure ne change pas, la certitude que le Seigneur marche avec nous nous fortifie. Sa paix n’est pas celle que le monde donne — elle est plus profonde, intérieure, durable. J’en ai parlé mardi dernier et ne le répéterai pas ici. Cette paix intérieure se manifeste surtout dans les moments de souffrance. Beaucoup la cherchent, mais seuls ceux qui passent par les désolations de la vie en ont réellement besoin — et la reçoivent en vérité. Jésus savait que ses disciples seraient bouleversés : certains Le prendraient pour un jardinier, d’autres fuiraient vers Emmaüs, d’autres encore retourneraient à leurs filets. Et pourtant, à chaque apparition, Il leur apporte la paix — et Il continue de le faire aujourd’hui.
Ce qui est magnifique dans notre relation à Jésus, c’est qu’elle nous conduit à une intimité avec toute la Trinité. Aimer Jésus et faire sa volonté, c’est aimer le Père et l’Esprit. Quand nous marchons dans les rues, nous invoquons l’Esprit. Quand nous sommes devant le Saint-Sacrement, nous invoquons Jésus. Ces invocations se rejoignent, car elles s’enracinent dans un même amour divin. C’est cela, le mystère de notre communion avec le Père, par le Christ, dans l’Esprit Saint.
Prions pour que chaque baptisé devienne une véritable « Demeure divine » pour la Trinité, vivant cette présence en lui et la rayonnant autour de lui — pour la gloire de Dieu et le salut du monde entier. Amen.
P. Terry, cmf