Homélie pour la Solennité de la Toussaint
Publié le 31 Octobre 2025
« Nous serons semblables à Lui » (1 Jean 3, 2)
Nous sommes tous des saints, car notre Créateur est saint, et Il nous a faits à son image et à sa ressemblance (cf. Genèse 1,26). La sainteté n’est pas le fruit de nos efforts personnels ; elle est déjà inscrite dans notre être par la grâce de Dieu. Comme l’enseigne Lumen Gentium, « tous les fidèles du Christ sont appelés à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité » (LG 40). Cette sainteté se déploie lorsque nous vivons en harmonie avec l’image divine qui demeure en nous.
Notre corps et notre esprit, dotés d’intelligence et de volonté, nous aident à découvrir la sainteté que Dieu a déposée en nous — non par des actes extraordinaires, mais dans la simplicité de la vie quotidienne. Lorsque nous dépassons la surface du corps et de l’esprit, passant de la simple existence à la vérité, nous rencontrons notre véritable moi — reflet de la vie trinitaire elle-même : créés par le Père, rachetés par le Fils, et animés par l’Esprit.
Le « moi », corps et esprit, devient pleinement vivant lorsqu’il vit en communion avec l’âme, car l’âme est notre vie et notre véritable identité. Par elle, nous sommes en communion avec Dieu, source de toute vie. Lorsque nous comprenons cette vérité — que notre humanité n’est pas opposée au divin, mais en est la demeure — nous entrons en communion avec la Trinité, non pas à l’extérieur de nous, mais en nous. Alors, comme saint Paul, nous pouvons dire : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).
Les Béatitudes révèlent la béatitude de cette communion — la beauté de Dieu vivant en nous et à travers nous. « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5,8). Être pur de cœur, c’est voir comme Dieu voit. Chaque parole, chaque geste devient expression de la vie divine. Comme le disait saint Ignace de Loyola : « L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur, et par ce moyen sauver son âme. »
Lorsque nous agissons dans notre humble humanité, nous permettons à Dieu d’agir à travers nous. Saint Antoine-Marie Claret priait pour la gloire de Dieu et travaillait sans relâche pour le salut de l’humanité. Cela n’est possible que si je « pense ce que Dieu veut que je pense, dis ce que Dieu veut que je dise, fais ce que Dieu veut que je fasse, et souffre ce que Dieu veut que je souffre ». Voilà le véritable chemin de la sainteté — non dans des actions extraordinaires, mais dans la fidélité et l’amour de chaque jour.
En cette Solennité de la Toussaint, nous célébrons l’humanité que Dieu a rendue sainte — l’humanité du Christ, partagée avec ses saints. Les saints ne sont pas des figures lointaines ; ils sont nos compagnons de route vers la plénitude de la vie en Dieu. Certains, comme sainte Thérèse de Lisieux, ont vécu la sainteté dans la simplicité du quotidien ; d’autres, comme saint Jean de la Croix, ont pénétré profondément dans l’union mystique. Tous révèlent cependant une même vérité : la sainteté est le déploiement de la vie divine en forme humaine.
En honorant les saints, nous honorons l’image divine présente en l’humanité. Par leur intercession, nous nous approchons du Christ. Saint Bernard de Clairvaux nous rappelle : « Pourquoi notre louange, notre glorification ou la célébration de cette fête importeraient-elles aux saints ? Elles importent à nous, car en les commémorant, nous nous inspirons à suivre leur exemple. »
Cette célébration nous unit à la communion des saints et des anges, et nous introduit au cœur même de la Trinité. Dans cette communion sacrée, nous commençons dès ici-bas à vivre la vie du ciel. Comme Jésus l’a prié : « Que ma joie soit en eux, et que leur joie soit parfaite » (Jn 15,11).
Ainsi, réjouissons-nous et soyons dans l’allégresse, car notre récompense est grande dans les cieux (cf. Mt 5,12). Mais cette récompense céleste commence déjà ici, lorsque nous partageons notre joie, notre paix et notre compassion avec nos frères et sœurs. Puissions-nous, à l’exemple des saints, vivre cette communion d’amour — afin que, morts au monde, nous vivions déjà en Dieu et, avec le Fils, disions : « Entre tes mains, Seigneur, je remets mon esprit » (Lc 23,46).
Amen.