4ème Dimanche d’Avent

Publié le 21 Décembre 2025

 

 

À mesure que nous nous rapprochons du moment où nous contemplerons l’expérience de « l’Étoile montante », nous découvrons que ce déploiement divin commence sur une note dissonante. Il débute dans la suspicion, la rumeur et le jugement — des voix du village et même de l’entourage de Marie — mettant en cause son honneur et sa dignité (cf. Mt 1,18-19). Pourtant, ce commencement douloureux trouve son accomplissement dans la réponse silencieuse, courageuse et croyante de Joseph, qui choisit d’agir non selon les critères humains, mais dans l’obéissance à la plénitude de la volonté divine. Dieu veut — et Joseph accomplit dans le silence.

 

La véritable justice, telle qu’elle se révèle en Joseph, ne se limite pas à une rectitude morale ou à une action extérieure. Elle consiste à assumer la responsabilité de l’autre, à porter le poids de sa vie et de son avenir (cf. Ga 6,2). Joseph accepte de devenir père pour l’Enfant saint, sans en être le père biologique — un acte d’amour profondément dépouillé. Comme l’enseigne saint Jean-Paul II dans Redemptoris Custos, la paternité de Joseph s’exprime dans le fait qu’il a fait de sa vie « un service et un sacrifice au mystère de l’Incarnation » (RC, 8).

 

L’Évangile d’hier se concluait par ces mots : « Alors l’ange la quitta » (Lc 1,38). Aujourd’hui, cet ange réapparaît — cette fois dans la maison de Joseph, à travers un songe (Mt 1,20). Ce déplacement nous révèle une vérité essentielle pour notre propre chemin spirituel : il arrive que nous devions laisser l’ange se retirer, afin que la volonté de Dieu s’accomplisse désormais par notre obéissance et notre discernement. Le silence de Dieu n’est jamais un abandon ; il est souvent une manière de nous protéger et de nous façonner.

 

Dans le grand mystère de l’Incarnation, Dieu agit différemment selon les personnes. Avec Marie, Il choisit l’intimité — la maison, le silence intérieur — transformant un lieu ordinaire en espace sacré (cf. Lc 1,26-38). Avec Zacharie, Dieu se manifeste dans le Temple, au Saint des saints, pour rassurer un homme juste mais hésitant (cf. Lc 1,8-20). Avec Joseph, Dieu choisit le langage des songes — fragiles, nocturnes, souvent incompris, mais profondément révélateurs (cf. Mt 1,20 ; 2,13.19).

 

Malgré ces différences, un élément commun demeure : Dieu choisit toujours un lieu où la personne se sent chez elle, en sécurité, et c’est là qu’Il l’appelle à accomplir quelque chose d’extraordinaire — chose impossible sans la grâce de l’Esprit Saint (cf. Lc 1,35). L’Esprit agit dans le silence, sans paroles, mais avec puissance, soutenant les souffrances et les blessures de ces personnes élues, tout en laissant les anges accomplir leur mission. Comme le rappelle le pape François, « le style de Dieu est la proximité, la compassion et la tendresse » (Evangelii Gaudium, 88).

 

Aujourd’hui encore, nous sommes appelés à devenir des « anges » pour notre temps — des messagers de la présence de Dieu — en demeurant profondément unis à Lui et en annonçant la Bonne Nouvelle aux communautés blessées. Avec Marie et Joseph, nous sommes invités à donner à l’Enfant le nom choisi par Dieu : Jésus, Emmanuel — Dieu avec nous (cf. Mt 1,21-23).

 

Si ces événements peuvent nous sembler ordinaires aujourd’hui, ils ne l’étaient absolument pas pour ceux qui les ont vécus. Ils exigeaient humiliation, vulnérabilité et exposition sociale — des dimensions que nous oublions souvent lorsque nous célébrons la gloire et la joie de Noël. Marie, mère non mariée, porte le poids de la suspicion et du déshonneur, sans autre défense visible que la fidélité d’un seul homme. Joseph accepte la honte publique en l’accueillant chez lui et en choisissant d’être père d’un enfant qui n’est pas le sien. Quel acte extraordinaire d’amour et de courage !

 

Élisabeth, elle aussi — âgée — traverse la peur, la souffrance et l’exposition sociale d’une grossesse dans une société rigide et traditionnelle (cf. Lc 1,24-25). Ces détails ne sont pas secondaires : ils constituent le lieu même où les promesses de Dieu s’accomplissent. Comme le rappelle saint Paul : « Dieu a choisi ce qui est faible dans le monde pour confondre les forts » (1 Co 1,27).

 

Par l’obéissance et la fidélité de Marie, Joseph, Zacharie et Élisabeth, les Écritures s’accomplissent : la Loi et les Prophètes trouvent leur pleine réalisation (cf. Mt 1,22 ; Lc 1,70). Sans leur capacité à porter la honte et l’incompréhension dans le silence, l’Incarnation n’aurait jamais vu le jour. C’est ici que se situe notre appel aujourd’hui : devenir l’« Étoile montante » pour les autres, en particulier pour ceux qui vivent dans l’humiliation et la souffrance silencieuse.

 

Alors que nous nous préparons à célébrer la joie de Noël, soyons attentifs aux mouvements profonds et cachés de Dieu dans notre propre vie. Beaucoup de ce que Dieu accomplit se joue en nous, au-delà de notre compréhension — comme ce fut le cas pour Marie dans l’Immaculée Conception, l’Annonciation et la Visitation. L’Esprit Saint était à l’œuvre, même lorsque Marie ne percevait pas pleinement comment Dieu agissait en elle.

 

Quelle grâce pour Marie d’avoir Joseph à ses côtés — présent à la fois dans la contemplation et dans l’action. Et quel appel pour chacun de nous : nous laisser former dans le cœur maternel de Marie afin de devenir, à notre tour, des Joseph pour le Seigneur — appelés, consacrés et envoyés dans le monde comme des « étoiles brillantes » pour nos frères et sœurs (cf. Ph 2,15). Amen.

P. Terry Cmf.

Rédigé par JONHBOSCO

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