3ème Dimanche Ordinaire
Publié le 24 Janvier 2026
Meditation
Introduction
L’appel du prophète Isaïe, retentissant depuis le sud, depuis Jérusalem, tourné vers le nord — terre ennemie — annonce déjà une promesse audacieuse de paix et de réconciliation. Il proclame la venue d’un Soleil levant, d’un Roi nouveau, qui surgira soudainement pour rassembler ce qui était divisé, et refaire d’un peuple dispersé un seul peuple d’Israël, fils de Jacob, comme aux jours de David et de Salomon (cf. Is 9,1-6).
Cette espérance constitue le cœur du message de l’Évangile d’aujourd’hui. Le Royaume de Dieu est cette œuvre de rassemblement, non seulement des peuples entre eux, mais surtout de l’humanité avec Dieu, dans la communion trinitaire. Jésus lui-même, selon l’Évangile de saint Jean, prie « afin que tous soient un, comme Toi, Père, Tu es en moi et moi en Toi » (Jn 17,21).
C’est Jésus qui reprend à son compte cette annonce prophétique lorsqu’il proclame :
« Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 4,17).
En Lui et par Lui commence pour nous le déploiement de ce grand projet divin : rassembler tous les hommes en un seul peuple de Dieu (cf. Ep 1,10).
C’est dans cette perspective — ou mieux, en raison de ce dessein divin — que Jésus appelle aujourd’hui Pierre et André, Jacques et Jean. Leur vocation demeure actuelle : elle est aussi la nôtre. En méditant cet Évangile, nous voulons réfléchir sur deux réalités essentielles :
– d’abord, la nature même de l’appel,
– ensuite, la manière d’y répondre à la lumière de l’Écriture et du témoignage des Apôtres.
I. L’Appel
André était déjà disciple de Jean-Baptiste. À l’invitation de Jésus — « Venez et voyez » (Jn 1,39) — il fait l’expérience décisive d’une journée passée auprès du Seigneur. Ce n’est pas un simple enseignement qu’il découvre, mais une Personne.
Ainsi, l’appel chrétien n’est pas d’abord un appel à faire quelque chose, mais un appel à être avec Quelqu’un. Comme le dira saint Marc : « Il en institua douze pour qu’ils soient avec lui » (Mc 3,14). Avant toute mission, il y a la communion. Avant toute action, l’adoration.
Saint Jean-Paul II rappelait : « La vocation naît dans le silence de l’adoration et mûrit dans la fidélité de la prière. »
Être avec le Christ, c’est entrer dans une relation personnelle, intime, transformatrice. C’est découvrir en Lui la plénitude de l’humanité habitée par l’Esprit. Comme le dira saint Paul :
« Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).
Tous peuvent admirer l’enseignement de Jésus et en faire une philosophie de vie. Mais vivre avec Lui, être saisi par Lui, animé par l’Esprit, accordé à la volonté du Père, voilà une expérience d’un autre ordre : une vie plongée dans la communion trinitaire, où l’humanité est transfigurée par la grâce.
Saint Augustin l’exprimait ainsi : « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi. » Nous ne sommes pas appelés comme des serviteurs craintifs, mais comme des fils et des filles libres. « Vous n’avez pas reçu un esprit d’esclavage… mais un Esprit de fils adoptifs » (Rm 8,15).
II. La Réponse
La question essentielle demeure : comment répondre à cet appel ?
Jésus nous donne la clé : « Convertissez-vous » — changez de cœur, changez de regard, changez de vie. Chez les premiers disciples, cette conversion est le fruit d’un double mouvement :
– une recherche intérieure sincère de la vérité,
– et une fidélité courageuse à ce qu’ils découvrent.
Ils avaient d’abord suivi Jean-Baptiste. Puis, lorsque celui-ci leur montre Jésus — « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1,36) — ils ont la liberté spirituelle de quitter un bon maître pour suivre le Maître véritable. Saint Benoît dira plus tard : « Écoute, mon fils, l’enseignement du Maître, et incline l’oreille de ton cœur. »
L’appel extérieur de Jésus — « Suivez-moi » — trouve un écho dans un appel déjà présent au plus profond de leur cœur. Là où l’âme est en communion avec Dieu, la réponse devient simple, immédiate, joyeuse.
À l’inverse, quand le cœur n’est pas intérieurement disposé, même les signes divins ne suffisent pas. Zacharie demande des preuves (cf. Lc 1,18). Marie, elle, déjà unie à Dieu, accueille dans la foi : « Qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38).
Saint François de Sales nous enseigne : « Dieu parle au cœur doucement, mais il faut un cœur silencieux pour l’entendre. »
Conclusion
Lorsque Jésus proclame que le Royaume de Dieu est proche, il ne se contente pas d’annoncer une réalité future : il nous rend capables d’y participer dès maintenant, malgré notre fragilité et notre péché. Par la grâce, nous sommes introduits dans la communion trinitaire.
La conversion proposée par Jésus est un retour à la maison, à la manière du fils prodigue (cf. Lc 15). Mais au fond, c’est surtout l’histoire du Père prodigue en miséricorde, qui sort au-devant de chacun de ses enfants pour les conduire à la fête de son amour.
Le Concile Vatican II nous rappelle : « La vocation ultime de l’homme est réellement une seule : la vocation divine » (Gaudium et Spes, 22).
Demandons la grâce d’un cœur attentif, disponible, libre.
Que l’Esprit Saint nous rende capables d’entendre l’appel du Christ,
de répondre avec générosité,
et de vivre chaque jour comme des fils dans le Fils,
pour la gloire du Père et le salut du monde.