L'Epiphanie
Publié le 4 Janvier 2026
Homélie
La fête de l’Épiphanie revêt aujourd’hui une importance particulière, car l’expérience de la rencontre, de la reconnaissance et de l’adoration du Christ demeure possible en tout temps, comme elle le fut aux origines de l’Incarnation. Dès le commencement, tous ceux qui attendaient l’accomplissement de la promesse de Dieu n’ont pas été déçus. Les mages, Siméon, Anne et Jean-Baptiste ont attendu le Seigneur avec foi et persévérance, et l’Esprit ne les a pas trompés. Ce que Dieu promet, Il l’accomplit pleinement (cf. Lc 2,26–38 ; Jn 1,33).
Cela révèle une vérité fondamentale de notre foi : Dieu demeure éternellement fidèle à ses promesses (cf. Dt 7,9 ; He 10,23). L’Épiphanie nous assure que l’espérance placée en Dieu n’est jamais vaine. À l’exemple de ces témoins, nous sommes appelés à cultiver une attitude intérieure de vigilance, de confiance et de désir de la présence salvatrice de Dieu.
Le mystère de l’Incarnation met également en lumière l’harmonie entre l’initiative divine et la coopération humaine. Les mages ont vu l’étoile à son lever et ont librement choisi de la suivre (cf. Mt 2,2). Les étoiles apparaissent dans la nuit, et comme les bergers qui veillaient (cf. Lc 2,8), les mages étaient intérieurement éveillés, attentifs et réceptifs. Cette vigilance spirituelle est essentielle pour discerner les signes à travers lesquels Dieu se révèle (cf. Mt 25,13).
Abraham, assis à l’entrée de sa tente, a reconnu le passage du Seigneur et L’a accueilli avec hospitalité (cf. Gn 18,1–8). Cette attitude de veille reflète quelque chose de Dieu Lui-même, qui veille sans cesse sur son peuple avec amour et fidélité (cf. Ps 121,4). Un cœur vigilant reconnaît la grâce lorsqu’elle se manifeste.
Cependant, cette vigilance ne garantit pas une vie sans erreur. Le chemin de la foi comporte des détours, des chutes et des moments de confusion. Les mages croyaient qu’un roi était né et il leur semblait logique de le chercher au palais. Cette erreur, Dieu l’a intégrée mystérieusement dans son dessein. La Bonne Nouvelle de la naissance du Roi éternel est parvenue jusqu’au seuil du pouvoir terrestre (cf. Mt 2,3).
Cela nous révèle une vérité consolante : Dieu peut transformer nos échecs, nos limites et même nos péchés en instruments de salut (cf. Rm 8,28). L’essentiel n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever et de reprendre la route. Le péché ne doit pas freiner notre marche vers le Seigneur, mais nous conduire plus rapidement vers la miséricorde et la conversion (cf. Ps 51 ; Lc 15,17–24).
Le péché appelle le secret, tandis que le bien appelle la transparence (cf. Jn 3,19–21). Les mécanismes de dissimulation et de manipulation qui entouraient le conseil d’Hérode existent encore aujourd’hui. L’Évangile, au contraire, nous invite à marcher dans la vérité, la justice et la paix. Le pape François nous rappelle que la foi authentique rejette l’hypocrisie et s’exprime dans la miséricorde et la compassion (Evangelii Gaudium, 88).
Lorsque nous échouons, l’espérance de la conversion demeure toujours. L’Épiphanie l’affirme clairement. Les mages reprennent leur chemin, non pas animés par la peur ou la culpabilité, mais remplis de joie, désireux d’accomplir ce qu’ils reconnaissent désormais comme la volonté de Dieu (cf. Mt 2,9–10). Dans leur fragilité, ils découvrent la miséricorde divine, une miséricorde à offrir surtout aux blessés et aux plus vulnérables (cf. Mt 9,12–13).
La rencontre avec le Christ procure une joie profonde. Saint Léon le Grand résume magnifiquement les dons offerts à l’Enfant : « L’or pour le roi, l’encens pour Dieu, et la myrrhe pour celui qui devait mourir. » Ces dons proclament le mystère du Christ : Roi, Dieu et Rédempteur.
Après avoir adoré l’Enfant, les mages repartent par un autre chemin (cf. Mt 2,12). Ils n’ont plus besoin de l’étoile, car ils portent désormais en eux la Lumière qu’ils ont rencontrée. Le Christ devient leur guide intérieur. Ce « chemin nouveau » symbolise la vocation chrétienne : vivre selon l’Évangile, transformés intérieurement par la grâce (cf. Lumen Gentium, 1).
Leurs dons évoquent aussi notre propre vocation : offrir notre vie à Dieu, accomplir sa volonté dans le Christ et nous laisser conduire par l’Esprit. Fortifiés par l’Esprit Saint, nous sommes envoyés sur des chemins nouveaux pour la gloire de Dieu et le salut de l’humanité.
Prions afin que notre présence dans nos familles, nos lieux de travail et notre société devienne une Épiphanie pour nos frères et sœurs : une rencontre avec le Christ, une invitation à L’adorer et une possibilité de recommencer. Soyons une Épiphanie pour les autres. Amen.
P. Terry Cmf.