Le Baptême du Seigneur
Publié le 10 Janvier 2026
Le Baptême du Seigneur
« Laisse faire pour le moment » (Mt 3,15). Ces paroles de Jésus révèlent une obéissance profonde à la volonté du Père. Le baptême, j’en suis profondément convaincu, est le don divin le plus fondamental qui nous soit accordé : il initie notre chemin spirituel et nous fait grandir comme de véritables fils et filles de Dieu. Dieu, qui nous a créés libres, ne s’impose jamais ; Il attend notre consentement. Il respecte même la liberté de Le rejeter. Mais dans le baptême, cette liberté est accueillie et transfigurée, car Dieu renouvelle en nous la promesse de la vie divine. Au Jourdain, le Père proclame ouvertement ce mystère : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour » (Mc 1,11). Cette même parole est prononcée sur chacun de nous au moment de notre baptême.
Il arrive que la vie nous confronte à des événements inattendus, presque inconcevables, où Dieu semble se soumettre à la liberté humaine, appelant l’humanité à Lui répondre dans l’amour. L’humilité de Jean-Baptiste et son hésitation à baptiser Jésus sont donc compréhensibles. Pourtant, Jésus révèle une valeur plus haute : « accomplir toute justice » (Mt 3,15), c’est-à-dire réaliser le dessein salvifique de Dieu. Notre Dieu est un Dieu fidèle à ses promesses (cf. Dt 7,9). Même lorsque nous demeurons pécheurs, Il ne cesse de nous appeler à la conversion, nous relevant du péché pour nous conduire à la sainteté (cf. Rm 6,4).
Dieu désire que nous demeurions fidèles à notre tour, vivant selon ce qui est attendu de nous comme enfants de Dieu, car Il nous a appelés non pour rester immobiles, mais pour être transformés. Dans toute la Bible, les récits de vocation suivent un même mouvement : Dieu appelle, forme, consacre et envoie. Cette dynamique s’accomplit pleinement en Jésus. À son baptême, la consécration est inséparable de la mission. La descente de l’Esprit Saint inaugure sa mission publique, comme l’Esprit avait couvert Marie de son ombre à l’Annonciation (cf. Lc 1,35). Comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église catholique, « L’Esprit Saint est le maître de la vie intérieure » (CEC 1995), Celui qui initie et soutient toute mission confiée par Dieu.
Par cette initiation, le baptême unit la terre et le ciel. Les cieux s’ouvrent (cf. Mt 3,16), manifestant que la communion avec Dieu est désormais offerte. Cette ouverture se renouvelle aujourd’hui encore chaque fois qu’un enfant est baptisé. Le cierge pascal porté dans la liturgie baptismale nous rappelle que la lumière du Christ passe toujours par le mystère de la Croix. Comme le dit saint Paul : « Si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui » (Rm 6,8). En gardant cette lumière allumée et en la laissant rayonner, nous contribuons à transformer le monde, à faire de la terre un reflet du ciel et à réduire la distance entre les deux. La transformation et le salut de chaque personne commencent ici.
Le baptême est ainsi une rencontre personnelle où Dieu entre dans notre histoire pour l’intégrer à son histoire de salut. Il est significatif que ce soit Jésus Lui-même qui se dirige vers Jean. Nous ne devons jamais oublier ce premier pas de Dieu vers nous (cf. 1 Jn 4,10). Cette initiative divine transforme notre humanité ordinaire, la rendant capable de porter en elle la vie divine. Saint Athanase l’exprime avec audace : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. » Tout cela est l’œuvre de Dieu : initiée, portée et accomplie par Lui seul.
Pour entrer dans ce mystère de transformation, le baptême nous appelle à nous abandonner à la volonté divine. À l’image de Marie, qui a répondu : « Qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38), nous sommes invités à dire chaque jour notre « oui » à Dieu. Saint Augustin nous rappelle : « Dieu qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi. »
La célébration d’aujourd’hui est donc la célébration de notre propre baptême. Elle nous invite à nous souvenir sans cesse de ce que Dieu continue de faire pour toi et pour moi : nous appeler ses bien-aimés, nous former par sa grâce et nous conduire vers la plénitude de la sainteté (cf. Lumen Gentium, 40). Prions le Seigneur afin que nous demeurions fidèles à cette promesse et à notre vocation, pour que toute notre vie devienne une louange vivante à la gloire de Dieu. Amen.
P. Terry Cmf.