Temps ordinaire - 19e Semaine: Dimanche (A)
Publié le 8 Août 2026
Homélie — « Seigneur, sauve-moi ! »
Matthieu 14, 22-33
Il y a dans notre vie de nombreux événements qui semblent déconnectés les uns des autres : des moments de joie et de souffrance, de lumière et de ténèbres, de réussite et d’échec. Parfois, nous nous demandons : Où tout cela me conduit-il ? Où est Dieu au milieu de tout cela ?
L’Évangile d’aujourd’hui nous offre une belle manière de relire notre vie. Les disciples font l’expérience de la multiplication des pains, Jésus monte sur la montagne pour prier, ils prennent la mer, la nuit tombe, le vent devient violent, Pierre sort de la barque, commence à s’enfoncer et s’écrie : « Seigneur, sauve-moi ! » Et finalement, les disciples proclament : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu. »
Il y a ici tout un cheminement : de la peur à la foi, de la tempête à la confiance, de la chute à la rencontre, et de la rencontre à la foi.
« Seigneur, sauve-moi ! »
Commençons par Pierre, car c’est peut-être là que nous nous retrouvons souvent. Pierre vient de vivre quelque chose d’extraordinaire : la multiplication des pains (Mt 14, 13-21). Mais ce moment de gloire est de courte durée. Jésus envoie les disciples de l’autre côté de la mer et, bientôt, ils se retrouvent au milieu d’une tempête.
C’est aussi notre expérience. Nous pouvons connaître des moments de grâce, de paix et de consolation, mais ils ne durent pas toujours. Après la montagne, il faut redescendre. Après la lumière, il peut y avoir les ténèbres. Après la consolation, il peut y avoir l’épreuve. Pourtant, tout cela peut faire partie d’un seul et même chemin avec Dieu.
Finalement, Pierre s’écrie : « Seigneur, sauve-moi ! » (Mt 14, 30). C’est peut-être l’une des prières les plus simples et les plus profondes que nous puissions faire. Il y a des moments où nos propres forces ne suffisent plus et où tout ce que nous pouvons faire, c’est nous tourner vers le Seigneur.
Les disciples ont peur parce qu’ils ne reconnaissent pas Jésus. Dans leur peur, ils pensent même voir un fantôme (Mt 14, 26). Combien de fois cela peut-il nous arriver ? Lorsque nous sommes préoccupés ou bouleversés, nous pouvons ne plus reconnaître la présence de Dieu. Ce qui vient nous sauver peut même nous faire peur.
Nous trouvons quelque chose de semblable chez Marie-Madeleine. Elle voit Jésus, mais elle ne le reconnaît pas. Ce n’est que lorsqu’il l’appelle par son nom — « Marie ! » (Jn 20, 16) — qu’elle reconnaît son Seigneur. Dieu nous connaît personnellement. Comme le dit Isaïe : « Je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi. » (Is 43, 1)
Dans nos tempêtes, nous avons besoin d’entendre cette voix personnelle : « C’est moi. N’ayez pas peur. » Et nous sommes également appelés à devenir cette voix pour les autres. Il y a autour de nous des personnes qui traversent des tempêtes silencieuses. Parfois, elles n’ont pas besoin d’explications ; elles ont simplement besoin de quelqu’un qui puisse leur dire : « Je suis là. Tu n’es pas seul. »
Garder les yeux fixés sur Jésus
Pierre sort de la barque et marche sur les eaux. Tant que ses yeux restent fixés sur Jésus, il avance. Mais lorsqu’il regarde le vent et les vagues, il commence à s’enfoncer. Le vent était déjà là. Le problème n’était pas le vent ; le problème était que Pierre avait cessé de regarder Jésus.
Cela nous enseigne quelque chose d’important sur le discipulat. L’imitation du Christ ne consiste pas simplement à reproduire ses actions. Pierre essaie de faire ce que Jésus fait, mais il découvre que l’essentiel n’est pas seulement d’imiter une action : c’est de demeurer uni à Jésus. Jésus nous dit : « En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15, 5)
Nous pouvons parfois être tellement occupés à faire, à servir et à aider que nous oublions Celui qui nous envoie. Alors, même notre activité, pourtant bonne, peut devenir une source d’épuisement et de peur. Notre force ne vient pas d’abord de ce que nous faisons pour le Christ, mais de notre confiance dans le Christ.
Pierre était pêcheur ; il connaissait la mer et savait nager (Jn 21, 7). Pourtant, la peur est devenue si forte qu’il en a oublié même ce qu’il savait déjà faire. La même chose peut nous arriver. L’inquiétude peut nous faire oublier nos dons, notre expérience, les personnes que Dieu a mises sur notre chemin et, surtout, la présence de Dieu.
De la contemplation à la mission
Il y a un autre détail important dans l’Évangile. Jésus monte sur la montagne pour prier avant de rejoindre les disciples sur la mer. Tout commence dans sa relation avec le Père. Cela nous rappelle que l’action chrétienne doit naître de la contemplation. Nous montons sur la montagne avec le Seigneur afin de pouvoir redescendre avec lui dans la réalité de la vie humaine.
Les disciples d’Emmaüs nous montrent cela d’une manière magnifique (Lc 24, 13-35). Ils rencontrent le Christ, leurs yeux s’ouvrent et, immédiatement, ils retournent à Jérusalem auprès de leurs frères et sœurs. Ils étaient découragés ; ils deviennent témoins. Ils fuyaient ; maintenant, ils retournent. Une véritable rencontre avec le Christ nous remet en chemin. Comme nous le rappelle sainte Thérèse d’Avila : « Que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie ; tout passe, Dieu ne change pas. »
« Vraiment, tu es le Fils de Dieu »
La beauté de l’Évangile d’aujourd’hui est que la chute de Pierre n’est pas la fin. Jésus lui tend la main et le relève. C’est peut-être aussi cela, la foi : non pas ne jamais tomber, mais savoir vers qui crier lorsque nous tombons. Et à travers cette rencontre, les disciples parviennent à leur profession de foi : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu. » (Mt 14, 33)
La foi n’est pas simplement une idée que nous acceptons. La foi naît d’une rencontre. Peut-être que notre propre cheminement se situe lui aussi entre ces deux prières : « Seigneur, sauve-moi ! » et « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »
Il y a eu des montagnes dans notre vie — des moments de lumière et de consolation. Il y a eu des mers agitées — des moments de ténèbres, de peur et d’incertitude. Mais tout cela peut devenir un seul et même chemin, si nous apprenons à reconnaître la présence de Dieu.
Le Seigneur ne nous promet pas une vie sans tempêtes. Il nous promet sa présence au cœur de la tempête. Alors, lorsque nous avons peur, écoutons sa voix : « Confiance ! C’est moi ; n’ayez pas peur. » Et lorsque nous avons le sentiment de sombrer, que notre prière soit simplement : « Seigneur, sauve-moi ! »
Alors, comme les disciples d’Emmaüs, nous pourrons retourner vers nos frères et sœurs, en portant la consolation que nous-mêmes avons reçue. Que le Seigneur augmente notre foi, qu’il garde nos yeux fixés sur lui et qu’il nous apprenne à le reconnaître dans chacune des tempêtes de notre vie.
Et que notre chemin nous conduise finalement à dire avec les disciples : « Vraiment, Seigneur, tu es le Fils de Dieu ! »
Seigneur, augmente notre foi.
Apprends-nous à te reconnaître dans nos tempêtes.
Garde nos yeux fixés sur toi.
Et lorsque nous tomberons, prends-nous par la main. Amen.
P. Terry Cmf.