Le Dieu Prodigue

Publié le 29 Mars 2025

 

Mardi dernier, devant le Saint-Sacrement, j’ai soudain été submergé par la tristesse et un profond sentiment de brisement. J’ai senti que j’avais perdu la capacité de me concentrer, mon esprit vagabondait, et je me sentais totalement indigne d’être là, devant la Présence Divine. À ce moment-là, j’ai rencontré dans mon imagination l’image d’un « Dieu prodigue » — un Dieu généreux au-delà de toute mesure, même lorsque je ne le mérite pas. Il m’a rassuré, me montrant que même lorsque j’échoue, cela reste « acceptable » pour Lui. Il m’a aidé à comprendre que, peu importe où je vais, Il est là — que ce soit au sommet des montagnes ou au fond des vallées, Sa présence reste constante.

 

Le paradoxe de ma vie réside dans la douleur de m’éloigner de ce Dieu aimant, et pourtant la joie de savoir qu’Il est toujours avec moi. J’ai réalisé que je ne comprends pas pleinement comment aimer Dieu. En vérité, je ne connais pas vraiment ce Dieu qui m’aime dans ma condition pécheresse, m’accepte dans mon brisement et m’encourage à être qui je suis — même quand je choisis de m’éloigner de Lui. L’amour et la miséricorde de ce « Père prodigue » dépassent mon imagination.

 

Ma tristesse d’avoir quitté ce Père aimant n’est rien comparée à la tristesse du Père de me voir partir. Malgré tout ce qu’Il a fait pour me garder dans Son amour, j’ai choisi de m’en éloigner. La liberté et la confiance qu’Il a placées en moi sont la source de cette immense douleur. Peux-tu imaginer, dans la parabole d’aujourd’hui, la douleur profonde du Père lorsque son fils choisit de vivre en dehors de son ombre, peut-être sans aucun espoir de retour ? Et pourtant, le Père accepte cette douleur, en espérant que son fils reviendra un jour.

 

Quelle surprise que, au milieu de la célébration du retour du plus jeune fils, le fils aîné souffre juste devant la porte. Le Père, mettant de côté la joie du moment, sort à nouveau pour rencontrer son fils aîné.

 

Dans la parabole d’aujourd’hui, le véritable protagoniste n’est ni le fils perdu ni le fils aîné, mais le Père. Le Père donne à ses deux fils la liberté et la liberté en parts égales. Le plus jeune voit le Père comme un pourvoyeur et réclame son héritage, tandis que le fils aîné voit le Père comme un maître et, malgré son service fidèle, se plaint d’injustice. Aucun d’eux ne reconnaît la véritable nature du Père comme un Père aimant, et ils ne comprennent pas pleinement leur propre filiation.

 

On peut se demander pourquoi le Père n’est pas allé chercher son fils cadet, comme le berger l’a fait pour la brebis perdue dans une autre parabole. C’est un mystère. Cependant, je le comprends ainsi : la brebis reste dans le territoire du berger, se perdant par curiosité, tandis que le fils dans cette parabole a quitté radicalement la maison de l’amour, de la compassion et de la dignité humaine. Le Père doit également quitter la célébration pour chercher un autre fils perdu.

 

Cette parabole enseigne que, pour qu'il y ait conversion, le fils doit prendre l'initiative de revenir, dans sa propre liberté, sans contrainte de la part du Père. Lorsque le fils revient, le Père le rétablit à une place d'honneur, bien au-delà de tout ce qu'il aurait pu imaginer — tout comme le plus jeune et le fils aîné se retrouvent sur le même chemin.

 

Pourquoi, alors, le Père est-il allé chercher le fils aîné ? Parce que le fils aîné n'était pas parti physiquement, mais son cœur était distant. Le dialogue entre le Père et le fils aîné reflète le dialogue avec le plus jeune fils. C'est ici que la parabole de la brebis perdue s'applique : la joie du Père serait complète si le fils aîné choisissait de se joindre à la même célébration de liberté et de joie que le plus jeune fils expérimente désormais. Dans la maison du Père, c'est le Père qui est la figure centrale, et c'est aux fils de choisir librement de laisser le Père les conduire et les guider.

 

La beauté de ce passage évangélique réside dans le dialogue final entre le Père et le fils aîné. Le Père quitte la maison deux fois — une fois pour chaque fils — pour entrer en dialogue et en communion. Les deux fois, le Père met de côté la joie pour chercher ses fils. Lorsque le fils aîné s'adresse au Père en l'appelant "Maître" et se distance de son frère cadet en l'appelant "ton fils", le Père lui rappelle doucement que ce fils cadet est aussi son frère, et que le Père reste son Père.

 

Le Père ne fait pas seulement en sorte de reconnecter les deux frères ; Il invite le fils aîné à ne pas se distancer du Père. Il revendique Sa paternité, assurant au fils aîné de sa filiation, même si ce dernier l'a perdue de vue. Le Père rétablit le fils aîné, affirmant que tout ce que le Père possède est à lui — tout en n'excluant pas le fils cadet.

 

Bien que le fils aîné ancre sa frustration dans un sentiment d'injustice, le Père l'invite à s'ancrer plutôt dans la miséricorde divine et dans la générosité du Père. La relation avec son frère cadet ne pourra être rétablie que si le fils aîné s'ancre d'abord dans le Père. Une fois notre relation solidement établie avec le Père, même les relations humaines les plus compliquées deviennent gérables.

 

En ce dimanche de Laetare, nous sommes invités à entrer dans la joie du Père. Avançons vers la joie pascale et partageons la réjouissance du Père. Amen.

 

P. Terry Cmf.

 

Rédigé par JONHBOSCO

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