20ᵉ Dimanche du Temps Ordinaire
Publié le 17 Août 2025
Homélie
Dans l’Évangile de ce jour (Lc 12, 49-53), deux thèmes frappants attirent notre attention : le feu et la division. À première vue, ces images semblent dures, voire inquiétantes. Pourtant, si nous allons plus en profondeur, Jésus ne nous invite pas à nous arrêter uniquement aux conséquences—le feu et la division—mais à entrer dans leur cause profonde, dans la source de sa mission et de ses actes.
Le cœur de l’Évangile est le désir ardent de Jésus d’accomplir la volonté du Père : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jn 4, 34). Sa soif est d’aimer le Père totalement et de nous introduire dans cet amour. Cet amour—pur agapè, gratuit et inconditionnel—Jésus veut l’allumer dans le monde : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12, 49).
Si nous restons fixés seulement sur les conséquences visibles—divisions dans les familles, oppositions, rejets—nous passons à côté de la réalité plus profonde. La Croix du Calvaire n’est pas seulement une tragédie, elle est la révélation plénière de l’amour divin, l’accomplissement de l’obéissance du Christ (Ph 2, 8). L’invitation de l’Évangile d’aujourd’hui est de vivre à partir de cette source : de nous enraciner dans l’amour divin du Christ, afin que ce feu nous consume, nous transforme et brille à travers nous.
Les Pères de l’Église nous rappellent que ce feu n’est pas destructeur, mais créateur. Saint Augustin affirme : « Le feu de Dieu, c’est l’amour. Il consume ce qu’il y a de corrompu en nous, pour que nous soyons enflammés de la douceur de l’Esprit » (Sermon 71). Accueillir le feu du Christ, c’est donc se laisser purifier de l’égoïsme et renouveler par la puissance de l’Esprit.
Une image peut nous aider : la sève d’un arbre fait circuler la vie cachée des racines jusqu’aux branches, produisant un fruit visible. Si nous nourrissons la racine, l’arbre porte du fruit. De même, la « sève » de l’Évangile d’aujourd’hui est l’amour de Jésus pour le Père, révélé dans son obéissance jusqu’à la mort. Si nous nous unissons à cette source, notre vie portera des fruits d’amour et de témoignage (cf. Jn 15, 5).
C’est aussi ce que Jésus appelle son « baptême » : le baptême de sang qu’il doit recevoir (Lc 12, 50). Un tel amour peut paraître impossible, et pourtant, chaque fois que nous avons aimé sans condition, cherché le bien de l’autre avant le nôtre, nous en avons pressenti le mystère. Sainte Catherine de Sienne priait ainsi : « Ô Feu toujours ardent et jamais consumé, embrase mon cœur d’un saint désir, afin que j’aime comme Tu aimes » (Dialogue, ch. 167).
Mais ce feu d’amour ne laisse pas le monde inchangé. Il provoque la division, car l’amour inconditionnel remet en cause l’égoïsme, l’injustice et les fausses paix bâties sur la sécurité personnelle. Saint Jean Chrysostome expliquait : « Le feu du Christ divise, non parce qu’il est hostile, mais parce que la vérité ne peut se réconcilier avec le mensonge, ni la lumière avec les ténèbres » (Homélie sur Matthieu 35). Ainsi, le feu de l’Évangile divise—non pas parce qu’il détruit la communion, mais parce qu’il démasque ce qui l’empêche.
Frères et sœurs, Jésus désire ce feu ici et maintenant. Il veut que nous en soyons les témoins : brûlant d’amour, baptisés dans son sacrifice, prêts à troubler les fausses sécurités, et à illuminer les ténèbres. Demandons au Seigneur le courage d’être ce feu dans le monde : un feu qui purifie, qui unit dans la vérité, et qui révèle l’amour miséricordieux du Père. Amen.
P. Terry Cmf.