22e Dimanche du Temps Ordinaire – Année C
Publié le 31 Août 2025
Homélie
Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous quelque chose de personnel, tiré de ma propre vie et de mon ministère. En le faisant, je souhaite aussi méditer sur l’Évangile, car comme saint Paul nous le rappelle : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20). Bien souvent, c’est dans les rencontres les plus ordinaires que nous découvrons la présence extraordinaire du Seigneur. L’humilité ouvre pour nous le chemin de cette rencontre divine.
J’aime inviter, partager un repas, goûter à la beauté de la musique ou d’un cadre fraternel — non pas seulement pour le plaisir, mais comme une manière de me rapprocher des autres. Dans l’une de mes paroisses précédentes, notre équipe pastorale avait pris l’habitude de rencontrer les pauvres dans la rue, chaque dimanche, surtout pendant le Covid, quand toutes les portes restaient fermées. Ce que nous leur offrions n’était pas d’abord de la nourriture, mais du temps, une présence et une véritable amitié. Avec une tasse de café à la main, je leur disais souvent : « Nous ne sommes pas ici seulement pour vous donner à manger, mais pour partager la vie avec vous. » Alors, les paroles du Christ résonnaient avec plus de force en moi : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif et vous m’avez donné à boire » (Mt 25,35). Ce que tous recherchaient, c’était la rencontre humaine, et à travers elle, la rencontre de Dieu.
Ces rencontres devinrent une catéchèse vivante. Dans le silence de la prière et de la contemplation, j’essayais de discerner la volonté de Dieu. De là jaillissait une vie nouvelle : des jeunes devenaient plus généreux et plus enracinés dans la foi, des adultes prenaient des responsabilités, et même ceux qui s’étaient éloignés de l’Église retrouvaient le chemin de la mission. Comme le rappelle le pape François : « L’Église est appelée à être la maison du Père, les portes toujours grandes ouvertes » (Evangelii Gaudium, 47). J’ai vu cette vérité se réaliser de mes propres yeux.
J’ai aussi découvert combien une grande partie de ma mission se vit autour de la table. Partager un repas abolit les barrières et permet d’affronter plus facilement les difficultés, dans un esprit à la fois léger et profond. Comme Jésus qui s’asseyait à table avec les pécheurs (cf. Lc 15,2), j’ai constaté que rompre le pain est déjà une manière d’annoncer l’Évangile. Lui-même allait partout proclamer la Bonne Nouvelle.
Cependant, le cœur de mon ministère demeure toujours l’Église et l’Eucharistie. Avant et après la messe, je prends soin d’accueillir les fidèles, d’écouter leurs intentions, de partager leurs joies et leurs peines. Ces échanges, même brefs, nourrissent ma contemplation intérieure de la Parole. Comme nous l’enseigne Vatican II : « La liturgie est le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et, en même temps, la source d’où découle toute sa force » (Sacrosanctum Concilium, 10). Dans la liturgie, je reste attentif aux visages que je rencontre : c’est parfois par eux que l’Esprit m’inspire, m’invitant même à changer le contenu d’une homélie à la dernière minute. Saint Antoine de Padoue disait : « Les actes parlent plus fort que les mots ; que vos paroles enseignent et que vos actes parlent. »
Voilà ce que je cherche : être à la fois contemplatif et actif, comme saint Antoine-Marie Claret nous l’a transmis. Dans nos familles, nos lieux de travail et la société, l’Esprit Saint nous forme à reconnaître « l’Autre ». Et cet Autre, en vérité, c’est Dieu lui-même qui vient à nous à travers les personnes, les gestes et les événements, et qui nous invite à l’accueillir. Comme le rappelle saint Jean : « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas » (1 Jn 4,20). Notre invitation doit s’étendre sans discrimination, aux riches comme aux pauvres.
Alors, prions pour recevoir la grâce de transformer notre vie quotidienne ordinaire en une rencontre divine. Seigneur Jésus, aide-moi à reconnaître ta présence en chaque personne que je croise, afin que mon quotidien soit transfiguré par ta grâce, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.
Amen.
P. Terry Cmf.