23ème Dimanche Ordinaire
Publié le 6 Septembre 2025
Homélie
1. Rencontre avec le Christ dans la vie quotidienne
Notre vie chrétienne est inséparablement unie à la vie de Jésus. Chacun de nous désire l’imiter, mais il nous est parfois difficile de reconnaître sa présence. Nous pouvons même rencontrer des personnes qui rayonnent de sa lumière, mais si nous n’avons pas découvert le Christ en nous-mêmes, nous ne pouvons pas vraiment le reconnaître en eux.
Je me souviens de ma première rencontre avec Mère Teresa de Calcutta. Au début, je n’ai rien vu d’extraordinaire—seulement une femme simple parlant avec un séminariste. Ce n’est que des années plus tard, en me rappelant ses gestes, ses paroles et sa simplicité, que j’ai compris : le Christ vivait en elle. À l’époque, je n’ai pas su le voir, car je n’avais pas encore découvert le Christ vivant en moi. Aujourd’hui, je vois comment Dieu marche avec moi, me parle à travers les événements et les personnes, et me console dans mes luttes. Mon souhait est que chaque baptisé fasse cette expérience, devenant ainsi un vrai disciple.
Comme dit saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20). Voilà l’essence du disciple : devenir le Christ pour les autres.
2. Le sens du disciple
Jésus nous dit dans l’Évangile : « Celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas derrière moi ne peut pas être mon disciple » (Lc 14,27). Ces mots peuvent facilement être mal compris comme une invitation à rejeter notre famille ou à nier nos attachements. Mais ce serait contraire au cœur même de l’amour de Dieu.
Être disciple ne signifie pas renoncer par principe, mais discerner ce qui conduit à Dieu et laisser tomber ce qui nous en éloigne. Saint Augustin nous rappelle : « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure pas en Toi » (Confessions I,1). La croix n’est pas seulement la somme de nos souffrances, mais cette lutte intérieure qui consiste à unir toute notre vie à la volonté de Dieu.
Le Catéchisme enseigne : « En obéissant jusqu’à la mort, Jésus a accompli le dessein d’amour du Père. En suivant le Christ et en portant notre croix en union avec lui, nous pouvons compléter en notre chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, l’Église » (CEC 618).
3. L’union du divin et de l’humain
L’Évangile révèle le grand projet divin inscrit dans notre cœur : l’union de l’humanité et de la divinité. Jésus ne nous demande pas seulement d’abandonner des choses, mais de vivre en communion avec Lui, afin que « tous soient un, comme nous sommes un » (Jn 17,22).
Les Pères de l’Église ont souvent parlé de ce mystère. Saint Athanase a dit : « Le Fils de Dieu s’est fait homme pour que nous devenions Dieu » (De l’Incarnation 54). Cela ne signifie pas perdre notre humanité, mais la transfigurer.
Prendre la croix signifie discerner non pas selon les désirs immédiats du corps, mais selon l’Esprit. Comme dit saint Paul : « Je ne fais pas le bien que je veux, mais je commets le mal que je ne veux pas » (Rm 7,19). La vraie croix est cette lutte intérieure pour conformer notre esprit et notre cœur à la volonté de Dieu.
4. La nécessité de la sagesse divine
La première lecture (Sg 9,13–18) nous rappelle : « Qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ? » Sans la lumière de l’Esprit, l’homme ne peut comprendre les desseins de Dieu. Comme Job, qui d’abord contestait Dieu, nous devons humblement reconnaître nos limites et nous en remettre à sa sagesse : « J’ai parlé, sans comprendre, de merveilles qui me dépassent » (Jb 42,3).
Seule la prière et la contemplation nous permettent de discerner ce qui plaît au Père. Le pape François le rappelle : « Être disciple n’est pas exécuter un programme, mais rester constamment disponible à la volonté de Dieu » (Evangelii Gaudium, 23).
5. Participer à la joie trinitaire
Dieu nous a créés à son image trinitaire : corps, esprit et âme unis en harmonie, appelés à la communion avec le Père, le Fils et l’Esprit. Le corps perçoit par les sens, l’esprit cherche la vérité mais peut être troublé, et l’âme demeure le sanctuaire profond où Dieu nous parle.
En entrant dans ce sanctuaire intérieur, nous pouvons discerner ce qui est vraiment de Dieu. La croix quotidienne n’est pas de tout abandonner, mais de choisir ce qui plaît au Père. Dans cette union, notre humanité est accomplie en participant à la divinité.
Jésus nous dit : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,11). Voilà la plénitude de la vie chrétienne : participer à la joie de la Trinité.
Conclusion
L’Évangile de ce dimanche nous invite à dépasser une compréhension superficielle de la croix et de la renonciation, pour entrer dans une transformation profonde : discerner la volonté du Père et nous unir au Christ. Prions la Vierge Marie, première disciple, pour qu’elle nous guide sur ce chemin, afin que nos vies rayonnent de la joie trinitaire. Amen.
P. Terry Cmf.