26ème Dimanche Ordinaire C
Publié le 27 Septembre 2025
Homélie
L’Évangile du riche et du pauvre Lazare (Lc 16, 19-31) nous présente un contraste saisissant. Le riche reste sans nom, comme effacé de l’histoire, tandis que le pauvre reçoit un nom—Lazare—signe que Dieu choisit les petits et leur rend leur dignité. Être nommé, c’est être connu, aimé, et appartenir à Dieu. Le monde refuse cette identité aux pauvres et aux opprimés, mais Dieu leur dit : « Ne crains pas, car je t’ai racheté ; je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi » (Is 43,1). Ainsi, servir Lazare, c’est servir Dieu lui-même (Mt 25,40).
Cette parabole parle beaucoup du riche, et très peu de Lazare. Sur la terre, le riche a refusé d’écouter la Parole et de partager. Après la mort, tout est inversé : Dieu prend la parole pour Lazare et « relève le faible de la poussière » (Ps 113,7). Ceux qui ferment leur cœur aux pauvres connaîtront le silence de Dieu.
Pour rester reliés à Dieu, Jésus nous propose deux chemins. Le premier est d’apprendre des échecs du riche, afin de ne pas les répéter. Son aveuglement envers Lazare est un avertissement : « Celui qui possède des biens en ce monde, voit son frère dans le besoin et lui ferme son cœur, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ? » (1 Jn 3,17). Le second est de descendre en nous-mêmes, dans notre intériorité, où Dieu nous parle et nous aide à discerner Sa volonté. Le Catéchisme nous rappelle : « L’amour des pauvres est incompatible avec l’amour immodéré des richesses ou leur usage égoïste » (CEC 2445).
Lazare n’est pas sauvé par sa pauvreté, mais par sa patience, son espérance et sa confiance en Dieu. Dans sa souffrance, il n’accuse pas, mais remet sa cause au Seigneur, comme le Christ lui-même (cf. 1 P 2,23). Saint Augustin nous dit : « Lazare était pauvre en ce monde, mais riche devant Dieu, car il avait la foi et la patience. » Dieu envoie parfois des consolateurs inattendus—comme les « petits chiens » de la parabole—pour nous soutenir dans nos épreuves.
Le riche, lui, n’est pas condamné pour ses richesses, mais pour avoir refusé de voir en elles un don de Dieu à partager. Saint Jean Chrysostome avertit : « Ne pas partager ses biens avec les pauvres, c’est les voler et leur ôter la vie. » La vraie générosité naît non pas de l’abondance, mais de la gratitude et du devoir de partager.
L’Évangile d’aujourd’hui nous place devant deux réalités éternelles : le ciel et l’enfer. Nous avons tous besoin d’amis qui nous conduisent au ciel. Le riche n’en a pas trouvé, car il a ignoré les pauvres. Après sa mort, il reconnaît Lazare trop tard. À nous de chercher dès maintenant ces « amis » que sont les pauvres et les nécessiteux, et de partager avec eux nos bénédictions. Le pape François le rappelle : « Les pauvres nous sauvent, car ils nous permettent de rencontrer le visage du Christ » (Evangelii Gaudium, 197).
Lorsque nous rencontrons l’opposition ou le refus, n’abandonnons pas. Dieu est toujours présent : « Mon père et ma mère m’abandonnent, mais le Seigneur me recueillera » (Ps 27,10). Dans les pauvres, dans les petits, dans ceux qui nous consolent, nous reconnaîtrons le Christ, compagnon de notre route d’Emmaüs.
Fr. Terry Cmf.