3ᵉ Dimanche de Carême
Publié le 7 Mars 2026
L’Eau Vive
Aujourd’hui, la Sainte Mère Église nous invite à marcher sur le même chemin que la femme samaritaine dans l’Évangile (cf. Jn 4,5-42). Comme elle, nous pouvons entreprendre ce pèlerinage parfois seuls, portant dans notre cœur nos blessures, nos déceptions et nos désirs inassouvis. Pourtant, au bout du chemin, Jésus nous attend au puits.
Ce qui semble être une simple démarche humaine devient un pèlerinage sacré lorsque nous découvrons qu’il conduit à une rencontre personnelle avec le Christ. Pour la Samaritaine, cette rencontre la mène peu à peu à découvrir la véritable identité de Jésus. Mais cette découverte demande du temps. Marie et Joseph eux-mêmes ont dû grandir dans la compréhension du mystère du Christ, tout comme les apôtres, les disciples et les saints. Il en sera de même pour chacun de nous.
Ce chemin est en réalité une marche vers l’union la plus profonde de notre âme avec le Dieu vivant. Comme l’exprime si magnifiquement saint Augustin : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi. » Ce saint « repos inquiet » que nous ressentons dans les moments sombres de notre vie devient souvent le moteur qui nous pousse à chercher Dieu.
La femme samaritaine est une personne ordinaire parmi des milliers d’autres — discrète, presque invisible, comme beaucoup d’entre nous. Elle vient simplement puiser de l’eau pour étancher sa soif naturelle. Et là, elle rencontre un étranger qui lui dit : « Donne-moi à boire » (Jn 4,7). En réalité, c’est Jésus qui a soif — non seulement d’eau, mais surtout de la foi et de l’amour du cœur humain. Très souvent, la vie spirituelle commence à partir d’un besoin humain ordinaire.
Cette scène rappelle d’autres rencontres dans l’Écriture. Le prophète Élie demande du pain à la veuve de Sarepta (cf. 1 R 17). Elle se prépare à mourir, mais Dieu transforme sa pauvreté en source de vie. De même, Jésus demande à Pierre de jeter de nouveau les filets après une nuit sans rien prendre (cf. Lc 5,4-6). Pierre découvre alors que l’abondance de Dieu dépasse toute attente : ce simple pêcheur deviendra « pêcheur d’hommes » et le roc sur lequel le Christ bâtira son Église.
Dans ces récits, la pauvreté humaine devient le lieu où se manifeste la surabondance de Dieu. Combien de fois, dans notre propre vie, avons-nous connu l’épuisement, l’échec dans notre travail, des relations brisées ou le découragement dans notre mission ? Et pourtant, c’est précisément dans ces moments de pauvreté que Dieu vient nous rencontrer.
L’Évangile nous révèle que Jésus attendait cette femme. Pour que cette rencontre personnelle puisse avoir lieu, il a même envoyé ses disciples au village chercher de la nourriture. La foi commence toujours par une rencontre personnelle avec le Seigneur.Comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église catholique (n°2560) : « Si tu savais le don de Dieu ! » Et il poursuit : « La merveille de la prière se révèle justement là, au bord des puits où nous venons chercher notre eau : là, le Christ vient à la rencontre de tout être humain. »
Dans cette rencontre, la femme découvre peu à peu sa propre vérité intérieure. Comme dans tous les récits d’appel de la Bible, Dieu l’invite à faire un pas de plus, au-delà de son passé et de ses limites. Sans savoir encore ce qu’elle deviendra, elle accepte cette invitation. Son expérience ressemble à celle de Marie Madeleine rencontrant le Christ ressuscité, ou à celle des disciples d’Emmaüs reconnaissant Jésus dans la fraction du pain.
Sa vie est profondément transformée. Elle devient non seulement témoin, mais aussi missionnaire. Elle laisse derrière elle sa cruche — symbole de son ancienne vie — et court vers la ville pour annoncer : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? » (Jn 4,29). Saint Jean-Paul II disait : « La foi se fortifie lorsqu’on la donne. »
Après avoir rencontré le Christ, la Samaritaine ne peut garder cette expérience pour elle-même. La foi est comme une lumière dans l’obscurité : celui qui la reçoit désire naturellement la partager avec les autres.
Jésus lui révèle aussi une vérité profonde : le vrai culte ne dépend plus d’un lieu particulier — ni de la montagne ni du Temple — mais se vit « en esprit et en vérité » (Jn 4,23). La véritable adoration naît dans le cœur de l’homme. C’est là que commence l’imitation du Christ. Saint Jean de la Croix enseigne que cette imitation commence par un désir profond et constant de devenir semblable au Christ, et par la renonciation à tout ce qui ne glorifie pas Dieu.
La Samaritaine illustre parfaitement ce chemin spirituel. Elle abandonne ce qui remplissait autrefois sa vie et porte désormais le plus grand des dons : l’eau vive, le Christ lui-même, qu’elle annonce à son peuple.
Jésus dira ensuite à ses disciples : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jn 4,34). La joie du Christ est d’accomplir la volonté du Père. Après la résurrection, les disciples comprendront plus profondément cette vérité, souvent au prix de luttes et de discernements.
Ainsi, la femme samaritaine représente chacun de nous. Aujourd’hui encore, dans l’Église, le Christ nous attend patiemment pour une rencontre personnelle. Le Livre des Proverbes proclame : « Venez, mangez de mon pain et buvez le vin que j’ai préparé » (Pr 9,5). Cette nourriture divine nous donne la sagesse de Dieu.
Ce qui commence par une rencontre ordinaire avec un voyageur au bord d’un puits devient progressivement une révélation du mystère du Christ : d’abord un étranger, puis un prophète, et enfin le Sauveur du monde. En réalité, c’est Dieu lui-même qui vient à notre rencontre — parfois sous l’apparence d’un étranger fatigué et blessé sur la route. Quel magnifique pèlerinage le Seigneur nous propose durant ce temps de Carême !
En ce dimanche, prions donc le Seigneur, par l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, afin que nous aussi nous sachions ouvrir notre cœur au Christ et lui dire avec foi : « Portes, levez vos frontons, qu’il entre, le Roi de gloire ! » (Ps 24,7).
Que le Seigneur transforme notre vie et fasse de nous de véritables disciples et missionnaires, comme il l’a fait pour la femme samaritaine, afin que le Père nous élève comme ses enfants bien-aimés. Amen.
P. Terry Cmf.