Publié le 13 Septembre 2026
Dignité restaurée, miséricorde partagée
(Mt 18,21-35)
Notre foi chrétienne nous aide à découvrir ce que nos sens, nos sentiments et même notre intelligence ne peuvent pas pleinement nous révéler. La foi nous dit que Dieu habite en nous et que nous sommes les temples de l’Esprit Saint. Notre vie ne peut donc pas être réduite à une existence simplement humaine, faite de corps, d’intelligence et d’esprit. Nous sommes appelés à laisser la vie divine devenir visible à travers notre humanité. C’est précisément à travers notre humanité fragile et blessée que Dieu continue de révéler son œuvre de salut dans le monde.
Cette vie divine devient particulièrement visible lorsque nous agissons avec compassion et amour. C’est la clé pour comprendre la première partie de l’Évangile d’aujourd’hui : « Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette. »
Les expressions « le laissa partir » et « lui remit sa dette » sont très importantes. Le maître ne fait pas que supprimer une dette : il rétablit le serviteur. Celui qui avait été infidèle reçoit une nouvelle possibilité de redevenir fidèle. Il reçoit, pour ainsi dire, un vêtement nouveau : la dignité de celui qui a été pardonné et qui est désormais appelé à transmettre aux autres la compassion de son maître.
C’est aussi le sens du sacrement de la Réconciliation. Dieu n’efface pas simplement notre passé ; il nous rétablit dans la communion et nous donne la grâce de recommencer. Le Catéchisme enseigne que, par ce sacrement, le pécheur est « guéri et rétabli dans la communion ecclésiale ».
Mais le serviteur ne parvient pas à reconnaître cette nouveauté en lui. Il continue à vivre selon la logique de son ancienne vie. Au lieu de laisser la miséricorde reçue le transformer, il fait porter à l’autre toute la responsabilité de sa propre misère.
Combien de fois faisons-nous la même chose ? Nous expliquons notre malheur par ce que les autres nous ont fait. Nous nous souvenons de leurs fautes, de leurs paroles, de leurs injustices ou de leur incompréhension. Il est vrai que nous pouvons être victimes des fautes, des calomnies ou des fausses accusations des autres. Mais l’Évangile nous pose une question plus profonde : qu’allons-nous faire de la miséricorde que nous-mêmes avons reçue ?
Il est peut-être important, pour cette raison, de regarder aussi cet Évangile à travers les yeux du maître. Le maître connaît toute l’histoire. Il voit l’échec du serviteur, mais il voit aussi les circonstances qui ont contribué à cet échec. Dieu comprend notre vie dans sa totalité. Ce que nous sommes aujourd’hui est en partie façonné par le monde dans lequel nous avons vécu, mais aussi par nos propres choix et nos propres échecs.
La véritable erreur commence lorsque nous transférons toute notre responsabilité sur les autres et leur faisons payer nos propres blessures.
Il y aura des moments où nous souffrirons réellement à cause des fautes d’une autre personne. Mais la réponse chrétienne n’est pas de poursuivre cette chaîne de souffrance. Nous sommes invités à continuer la chaîne de la miséricorde.
Saint Jean de la Croix nous donne un principe spirituel très profond : là où il n’y a pas d’amour, mettons de l’amour, et nous en retirerons de l’amour. Et sainte Teresa de Calcutta nous rappelle à plusieurs reprises que le pardon est indispensable si nous voulons vraiment aimer.
Aujourd’hui, nous avons donc un choix. Nous pouvons continuer à tenir les comptes, en exigeant que les autres paient ce qu’ils nous doivent ; ou bien nous pouvons nous abandonner à la miséricorde de Dieu et permettre à cette miséricorde de passer à travers nous vers les autres.
Parfois, « régler les comptes » signifie laisser tomber quelque chose en nous-mêmes : notre ressentiment, notre désir de vengeance, notre besoin de prouver que nous avons raison. En faisant cela, nous donnons à l’autre la possibilité de recommencer.
Dieu désire que cette chaîne de compassion se poursuive jusqu’à ce que le monde entier soit touché par sa miséricorde.
Le pape Léon XIV, en réfléchissant sur la dignité humaine, nous rappelle que la dignité de chaque personne ne dépend ni de sa réussite, ni de ses capacités, ni même de sa perfection morale. Elle est un don qui vient du fait que chaque personne est créée et aimée par Dieu ; aucun péché, aucun échec, aucune humiliation ne peut effacer cette dignité fondamentale.
Ainsi, lorsque je regarde une autre personne, je ne regarde pas seulement quelqu’un qui m’a blessé ou qui a échoué. Je regarde une personne qui, comme moi, porte une blessure intérieure et qui demeure aimée de Dieu. Respecter cette personne, c’est reconnaître la dignité que Dieu a déposée en elle.
Combien de fois dois-je pardonner ? Autant de fois que possible. Chaque instant compte, car chaque personne porte en elle un combat intérieur que je ne vois peut-être pas. Nous ne pouvons pas nous permettre d’arrêter le mouvement de la miséricorde, car Dieu ne cesse jamais d’être généreux envers nous.
C’est ainsi que la vie chrétienne devient visible : ayant reçu la miséricorde, nous devenons des instruments de miséricorde ; ayant été rétablis par Dieu, nous aidons les autres à recommencer. Ainsi, nous devenons ce que le Christ désire que nous soyons : des témoins vivants de son amour qui sauve.
P. Terry Cmf.