Publié le 25 Octobre 2025


‘Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis!’. (Luc 18, 13)


L’Évangile d’aujourd’hui s’adresse à chacun de nous, les baptisés, pour nous rappeler la manière dont Dieu pose son regard sur nous. Nous peinons souvent à comprendre qui est Dieu, comment Il agit et comment son dessein d’amour se déploie dans la simplicité de notre vie quotidienne.


Comme le pharisien et le publicain, nous oscillons parfois entre l’arrogance et l’humilité. Il nous arrive, forts de notre connaissance de l’Écriture et de l’enseignement de l’Église, de croire que nous comprenons comment Dieu agit dans l’histoire. Mais cette même connaissance peut devenir un obstacle à la vraie communion avec Dieu. L’Évangile de ce jour nous rappelle que le salut ne vient pas de la connaissance ni des œuvres, mais d’un cœur humble ouvert à la grâce (cf. Luc 18, 9-14).


Saint Paul nous enseigne : « La science enfle, mais la charité édifie » (1 Corinthiens 8, 1). La vraie sagesse n’est pas dans ce que nous savons ou possédons, mais dans la manière dont nous vivons en présence de Dieu. La beauté de la vie chrétienne réside dans la pratique quotidienne de l’Évangile : marcher humblement avec Dieu (Michée 6, 8), faire confiance à sa miséricorde et laisser son amour transformer nos pensées, nos paroles et nos actions. Dieu ne regarde pas les apparences, mais le cœur (1 Samuel 16, 7). Il voit l’intention cachée qui nous anime et l’effort sincère que nous faisons pour accomplir sa volonté.


Dans la simplicité de notre vie, il nous arrive souvent d’oublier combien Dieu marche avec nous. Les saints nous révèlent que Dieu aime se cacher dans les événements les plus ordinaires de notre existence, au cœur même de nos fragilités. Quand la trahison ou la souffrance nous atteignent, nous pensons parfois que Dieu se tait ou s’éloigne. Pourtant, la Passion du Christ nous montre que, même dans le silence, Dieu demeure fidèle. Son amour nous soutient à travers les personnes de bonne volonté et les grâces invisibles qu’Il nous accorde.


De cette foi naît le chant de louange : « Je bénirai le Seigneur en tout temps » (Psaume 33, 2). Comme Marie dans son Magnificat (Luc 1, 46-55), nous sommes invités à vivre dès maintenant en présence de Dieu, dans la gratitude et la joie. Saint Paul proclame : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi » (2 Timothée 4, 7). Ces mots expriment une âme humble et fidèle, qui se tient devant Dieu non pas pour présenter ses œuvres, mais pour offrir sa vie en réponse à l’amour reçu.


Notre vocation chrétienne ne consiste pas seulement à faire ou à dire, mais à être — être dans le Seigneur, pour le Seigneur et par le Seigneur. Comme le serviteur fidèle, nous servons non pour obtenir une récompense, mais par amour du Maître. Et comme le publicain, quand nous venons à Dieu avec un cœur contrit et reconnaissant, nous repartons justifiés, en paix avec Dieu et avec nous-mêmes.


Prions pour que le Seigneur nous accorde un cœur humble et reconnaissant, afin que, même dans notre faiblesse, nous vivions chaque jour dans la lumière de sa miséricorde et pour la gloire de son Nom. Amen.
P. Terry Cmf.

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Publié le 18 Octobre 2025

« Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

(Luc 18, 8)

La beauté de la prière ne réside pas dans ce que nous demandons, ni dans ce que Dieu accorde, mais dans la transformation intérieure qu’elle opère en nous. C’est la soif profonde de l’âme, ce lieu secret où le cœur humain rencontre Dieu, et où se renouvelle le fondement de toute relation, surtout celle de l’humanité avec son Créateur. La prière et la contemplation nourrissent ce lien intérieur, qui se manifeste dans la vie quotidienne comme le signe vivant de notre foi.

La prière n’est pas un moment isolé, mais un processus d’unification : elle relie entre eux les multiples instants de la journée en une seule vie offerte à Dieu. Chaque respiration, chaque geste, chaque rencontre devient prière, car « en Lui nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17, 28).

Mais cette unité est sans cesse menacée par ce qui divise et distrait — nos « Amalec » (première lecture) intérieurs — ces forces qui nous éloignent de la justice, de la paix et de la prière. Comme Moïse sur la montagne (Ex 17, 8–13), nous avons besoin de compagnons : Josué pour combattre à nos côtés, Aaron et Hur pour soutenir nos mains levées. Nul ne peut persévérer seul. « Deux valent mieux qu’un, car si l’un tombe, l’autre le relève » (Qo 4, 9–10).

La veuve persévérante de l’Évangile (Lc 18, 1–8) nous enseigne la foi dans la prière : une espérance obstinée, un courage face à l’injustice. Comme Moïse, elle demeure en communion avec Dieu. Saint Augustin disait : « En priant, nous exerçons notre désir ; par le désir, Dieu élargit notre cœur afin qu’il puisse recevoir ce qu’il veut donner. »

Notre véritable combat n’est pas contre des ennemis extérieurs, mais contre nous-mêmes, contre l’oubli du Dieu fidèle. Amalec, descendant d’Ésaü, venait du cœur même d’Israël ; ainsi nos luttes intérieures surgissent de notre propre faiblesse. Le juge injuste symbolise la conscience endormie, alors que la veuve incarne la foi vivante, qui « prie sans se lasser ».

Nous aussi, nous possédons le bâton de Dieu reçu au baptême — signe de la force divine qui nous soutient. Dans la fatigue, nous élevons nos mains vers Dieu et nous nous appuyons sur la communion de l’Église. Comme le rappelle le pape François : « La prière nous unit ; elle transforme nos cœurs de pierre en cœurs de chair, capables de compassion et de tendresse. »

Toute vie vécue dans la prière devient pèlerinage. Le vrai pèlerinage n’est pas un voyage de confort ou de curiosité, mais une rencontre avec Dieu. Sainte Thérèse de Lisieux l’exprime si bien : « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même. »

Lorsque notre vie quotidienne devient un pèlerinage vers la montagne sainte du Seigneur, nous découvrons que la lumière et l’obscurité, le jour et la nuit, font partie d’un même mystère. Sans la nuit, le jour est incomplet ; sans la croix, la foi reste superficielle. Moïse et la veuve nous montrent que l’espérance naît de la persévérance, unissant tous les moments en une seule foi vivante.

Saint Paul exhorte Timothée (2 Tm 3, 14–17) à demeurer fidèle à l’Écriture et à l’enseignement reçu des apôtres. De même, notre histoire personnelle s’inscrit dans l’Histoire du Salut. Être fidèle à ce que nous avons reçu est notre réponse d’amour à Dieu. La Parole enseigne, la fidélité répond ; ensemble, elles édifient l’Église, cette famille de foi où la Parole devient vie.

Ainsi, la foi n’est pas une idée abstraite, mais un acte concret d’amour, d’espérance et de service. Elle s’incarne chaque fois que nous reconnaissons Dieu dans le pauvre, le blessé, le rejeté — ces veuves et Lazares d’aujourd’hui (Lc 16, 19–31). Ne pas les voir, c’est renier notre foi. « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas » (1 Jn 4, 20).

Quand Jésus demande : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? », il ne parle pas seulement du jugement final, mais du présent : de notre réponse aujourd’hui à sa présence dans les pauvres et les souffrants.

Seigneur, apprends-nous à prier avec persévérance, à vivre avec compassion, et à servir avec foi, afin que par notre vie, Tu trouves encore la foi sur la terre. Amen.

P. Terry Cmf.

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Publié le 5 Octobre 2025

 

 

Comment vivent les serviteurs du Seigneur

La douleur et l’agonie des innocents se prolongeront jusqu’à ce que leur désir le plus profond trouve son accomplissement en Dieu. Pourtant, ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur de miséricorde et de compassion découvrent qu’Il ne les abandonne jamais. Il marche à leurs côtés, leur rappelant sans cesse sa présence fidèle. Comme le psalmiste le dit : « Le Seigneur est proche du cœur brisé, il sauve l’esprit abattu » (Ps 34,19). Cette proximité leur donne le courage de garder vive l’espérance, même si leur cri pour la justice et la liberté continue de monter vers le ciel, à l’image d’Israël en Égypte (Ex 3,7).

Au cœur de la souffrance, ils découvrent Dieu comme leur rocher et leur salut, celui promis depuis l’histoire du salut. Sa paix et sa joie emplissent leur cœur—à la fois profondément divines et intimement humaines. Même dans leur fragilité, ils crient vers Lui avec espérance, à l’image de saint Paul qui, depuis sa prison, pouvait écrire : « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur… Le Seigneur est proche » (Ph 4,4-5). Leurs âmes aspirent à Dieu pour l’éternité, attendant le jour où « Il essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 21,4).

Leur vie, faite de roses et d’épines, devient un témoignage vivant de la joie intérieure que donne la foi. Même dépouillés de tout, ils rayonnent de générosité et de don de soi, car leur force ne vient pas d’un succès humain, mais de la grâce du baptême. Saint Augustin nous enseigne : « La foi, c’est croire ce que tu ne vois pas encore ; la récompense de la foi, c’est de voir ce que tu crois. »


La foi et le serviteur de Dieu

La foi n’est pas une simple connaissance ni une appartenance extérieure à une communauté religieuse. Elle est une relation vivante et dynamique avec le Dieu vivant. Jésus nous le rappelle : « Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » (Lc 11,28). Croire, ce n’est pas seulement savoir quelque chose de Dieu, mais vivre en communion avec Lui.

Le Catéchisme l’affirme clairement : « La foi est d’abord une adhésion personnelle de l’homme à Dieu » (CEC §150). Si elle n’est pas vécue, elle devient stérile, comme le serviteur de la parabole qui a enfoui son talent (Mt 25,14-30). La vraie foi est féconde ; elle se manifeste par l’amour, le pardon et les actes de justice. Comme le dit saint Jacques : « La foi, si elle n’a pas les œuvres, est bel et bien morte » (Jc 2,17).

Ainsi, le serviteur de Dieu vit la foi comme un “oui” constant au Seigneur—en écoutant, en faisant confiance et en agissant par amour.


La relation entre le serviteur et le Maître

Cette foi transforme radicalement la relation entre le Maître et le serviteur. En Christ, le Maître est Celui qui se penche pour laver les pieds de ses disciples (Jn 13,14). Il ne meurt pas seulement pour ses serviteurs, mais les élève en les faisant fils et héritiers du Royaume : « Je ne vous appelle plus serviteurs… je vous appelle mes amis » (Jn 15,15).

Quelle joie de servir un tel Maître—un Maître qui se réjouit des petites offrandes de ses enfants, comme les deux pièces de la veuve (Mc 12,42-44). Dans cette relation, le service n’est plus un devoir mais une joie, non plus une servitude mais une liberté dans l’amour. Saint Ignace de Loyola priait : « Pour donner et ne pas compter, pour travailler et ne pas chercher de repos, sinon celui de savoir que je fais ta sainte volonté. »

À l’exemple d’Abraham, qui accueillit les trois mystérieux visiteurs et connut la joie de servir le Seigneur (Gn 18,1-8), nous aussi sommes invités à accueillir le Christ dans l’étranger, le pauvre et le souffrant.


La foi en action comme service

La foi vécue devient amour, et l’amour devient service. Comme le rappelle sainte Teresa de Calcutta : « La foi en action, c’est l’amour ; et l’amour en action, c’est le service. » Lorsque nous servons avec amour, nous participons à la fois à la joie et à la souffrance de Dieu lui-même.

Le service chrétien n’est pas une tâche ajoutée à la vie ; il est la vie elle-même transformée par la grâce. Chaque geste de bonté, chaque acte de miséricorde, chaque pardon offert devient une participation à la mission du Christ. En servant les autres, nous servons le Seigneur lui-même : « Tout ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40).

Restons donc fermes dans la foi, en la vivant chaque jour avec courage et joie. Soyons ces serviteurs qui découvrent, dans chaque acte de service, la joie éternelle d’être proches du Seigneur et pouvoir vivre en sa présence, Amen.

P. Terry Cmf.

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Publié le 27 Septembre 2025

Homélie

 

L’Évangile du riche et du pauvre Lazare (Lc 16, 19-31) nous présente un contraste saisissant. Le riche reste sans nom, comme effacé de l’histoire, tandis que le pauvre reçoit un nom—Lazare—signe que Dieu choisit les petits et leur rend leur dignité. Être nommé, c’est être connu, aimé, et appartenir à Dieu. Le monde refuse cette identité aux pauvres et aux opprimés, mais Dieu leur dit : « Ne crains pas, car je t’ai racheté ; je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi » (Is 43,1). Ainsi, servir Lazare, c’est servir Dieu lui-même (Mt 25,40).

Cette parabole parle beaucoup du riche, et très peu de Lazare. Sur la terre, le riche a refusé d’écouter la Parole et de partager. Après la mort, tout est inversé : Dieu prend la parole pour Lazare et « relève le faible de la poussière » (Ps 113,7). Ceux qui ferment leur cœur aux pauvres connaîtront le silence de Dieu.

Pour rester reliés à Dieu, Jésus nous propose deux chemins. Le premier est d’apprendre des échecs du riche, afin de ne pas les répéter. Son aveuglement envers Lazare est un avertissement : « Celui qui possède des biens en ce monde, voit son frère dans le besoin et lui ferme son cœur, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ? » (1 Jn 3,17). Le second est de descendre en nous-mêmes, dans notre intériorité, où Dieu nous parle et nous aide à discerner Sa volonté. Le Catéchisme nous rappelle : « L’amour des pauvres est incompatible avec l’amour immodéré des richesses ou leur usage égoïste » (CEC 2445).

Lazare n’est pas sauvé par sa pauvreté, mais par sa patience, son espérance et sa confiance en Dieu. Dans sa souffrance, il n’accuse pas, mais remet sa cause au Seigneur, comme le Christ lui-même (cf. 1 P 2,23). Saint Augustin nous dit : « Lazare était pauvre en ce monde, mais riche devant Dieu, car il avait la foi et la patience. » Dieu envoie parfois des consolateurs inattendus—comme les « petits chiens » de la parabole—pour nous soutenir dans nos épreuves.

Le riche, lui, n’est pas condamné pour ses richesses, mais pour avoir refusé de voir en elles un don de Dieu à partager. Saint Jean Chrysostome avertit : « Ne pas partager ses biens avec les pauvres, c’est les voler et leur ôter la vie. » La vraie générosité naît non pas de l’abondance, mais de la gratitude et du devoir de partager.

L’Évangile d’aujourd’hui nous place devant deux réalités éternelles : le ciel et l’enfer. Nous avons tous besoin d’amis qui nous conduisent au ciel. Le riche n’en a pas trouvé, car il a ignoré les pauvres. Après sa mort, il reconnaît Lazare trop tard. À nous de chercher dès maintenant ces « amis » que sont les pauvres et les nécessiteux, et de partager avec eux nos bénédictions. Le pape François le rappelle : « Les pauvres nous sauvent, car ils nous permettent de rencontrer le visage du Christ » (Evangelii Gaudium, 197).

Lorsque nous rencontrons l’opposition ou le refus, n’abandonnons pas. Dieu est toujours présent : « Mon père et ma mère m’abandonnent, mais le Seigneur me recueillera » (Ps 27,10). Dans les pauvres, dans les petits, dans ceux qui nous consolent, nous reconnaîtrons le Christ, compagnon de notre route d’Emmaüs.

Fr. Terry Cmf.

 

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Publié le 21 Septembre 2025

 


Méditation

Le cœur de l’Évangile de ce jour (Lc 16, 1-13) se situe dans la rencontre entre Dieu et l’humanité. Dans la figure du riche, nous reconnaissons le mystère de Dieu, et dans l’intendant, nous reconnaissons notre propre condition : fragile, limitée, parfois infidèle, mais toujours capable de bien. Ces images nous invitent non seulement à discerner ce qu’il y a de bon en l’homme et ce que Dieu apprécie même chez l’intendant infidèle, mais encore à contempler la profondeur de la miséricorde divine, qui continue de voir en chacun de nous la possibilité du bien. Comme le rappelle le Livre de la Genèse, c’est dans cette bonté que Dieu a créé le monde et a voulu qu’il subsiste (Gn 1,31).

Chaque moment de notre vie est une occasion de regarder en nous-mêmes, de discerner et de reconnaître la ressemblance de la bonté divine qui habite en nous. Le Concile Vatican II affirme : « La dignité de l’homme exige avant tout qu’il soit en relation avec Dieu » (Gaudium et Spes, 19). Dieu ne cesse de nous attirer à Lui, même à travers nos fragilités et nos chutes.

Dans cette recherche, nous sommes invités à pratiquer le discernement. Le pape François décrit le discernement comme « un instrument de lutte pour mieux suivre le Seigneur » (Gaudete et Exsultate, 169). Le discernement nous permet de lire les mouvements de la vie — événements, choix, rencontres — à la lumière de l’Esprit, et de reconnaître ce qui nous rapproche de Dieu et ce qui nous en éloigne. L’intendant, malgré son infidélité, découvre, à un moment décisif, qu’il doit agir. Ses motivations sont peut-être intéressées, mais son choix ouvre une nouvelle perspective. Dieu, dans sa bonté infinie, valorise même ce petit pas.

Qu’apprécie donc le Maître chez son intendant ? Cela commence par la connaissance de soi : il reconnaît ses forces et ses limites. Cette connaissance de soi est le fondement de tout discernement. Saint Augustin disait : « Retourne à ton cœur, là examine ce que tu peux faire, et de là élève-toi vers Dieu » (Sermon 4,1). L’intendant utilise les moyens encore à sa disposition non pas pour accumuler des richesses pour lui-même, mais pour restaurer des relations par des gestes de justice et de miséricorde.

Nous découvrons ici une vérité plus profonde : ce que Dieu désire, ce n’est pas la recherche des richesses, mais la crédibilité et la dignité de la personne humaine. Comme l’écrivait Benoît XVI : « La nature la plus profonde de l’Église s’exprime dans sa triple mission : annoncer la Parole de Dieu, célébrer les sacrements et exercer le service de la charité » (Deus Caritas Est, 25). L’intendant, même avec des intentions imparfaites, manifeste quelque chose de cette charité lorsqu’il agit pour les autres.

Même si ses méthodes sont imparfaites, l’intendant nous rappelle que l’accumulation de la bonté — des actes de justice, de miséricorde et de compassion — est ce qui compte vraiment. La Providence transforme nos petits efforts imparfaits en instruments pour son Royaume. Comme le rappelle le pape François : « Le Seigneur ne se lasse jamais de nous pardonner ; c’est nous qui nous lassons de demander sa miséricorde » (Evangelii Gaudium, 3).

La conclusion de l’Évangile de ce jour est étonnamment pratique. Jésus ne nous appelle pas d’abord à des exploits extraordinaires, mais à la fidélité dans les petites choses du quotidien : « Celui qui est fidèle dans les petites choses l’est aussi dans les grandes » (Lc 16,10). Dans chaque geste ordinaire — la manière dont nous utilisons nos ressources, la manière dont nous traitons les autres, la fidélité à la mission confiée — nous sommes appelés à incarner l’amour et la bonté de Dieu.

Chacun de nous est ainsi invité à centrer sa vie sur le Christ, à L’imiter dans le soin des autres, en partageant leurs souffrances et en faisant preuve de compassion. Comme l’enseignait saint Jean-Paul II : « L’homme ne peut pleinement se trouver que par le don sincère de lui-même » (Gaudium et Spes, 24 ; Redemptor Hominis, 10). La pureté de notre humanité, vécue comme un don dans le Christ, devient alors la plus belle expression de la bonté divine.

 

P. Terry Cmf.

 

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Publié le 6 Septembre 2025

 

Homélie

1. Rencontre avec le Christ dans la vie quotidienne

Notre vie chrétienne est inséparablement unie à la vie de Jésus. Chacun de nous désire l’imiter, mais il nous est parfois difficile de reconnaître sa présence. Nous pouvons même rencontrer des personnes qui rayonnent de sa lumière, mais si nous n’avons pas découvert le Christ en nous-mêmes, nous ne pouvons pas vraiment le reconnaître en eux.

Je me souviens de ma première rencontre avec Mère Teresa de Calcutta. Au début, je n’ai rien vu d’extraordinaire—seulement une femme simple parlant avec un séminariste. Ce n’est que des années plus tard, en me rappelant ses gestes, ses paroles et sa simplicité, que j’ai compris : le Christ vivait en elle. À l’époque, je n’ai pas su le voir, car je n’avais pas encore découvert le Christ vivant en moi. Aujourd’hui, je vois comment Dieu marche avec moi, me parle à travers les événements et les personnes, et me console dans mes luttes. Mon souhait est que chaque baptisé fasse cette expérience, devenant ainsi un vrai disciple.

Comme dit saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20). Voilà l’essence du disciple : devenir le Christ pour les autres.


2. Le sens du disciple

Jésus nous dit dans l’Évangile : « Celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas derrière moi ne peut pas être mon disciple » (Lc 14,27). Ces mots peuvent facilement être mal compris comme une invitation à rejeter notre famille ou à nier nos attachements. Mais ce serait contraire au cœur même de l’amour de Dieu.

Être disciple ne signifie pas renoncer par principe, mais discerner ce qui conduit à Dieu et laisser tomber ce qui nous en éloigne. Saint Augustin nous rappelle : « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure pas en Toi » (Confessions I,1). La croix n’est pas seulement la somme de nos souffrances, mais cette lutte intérieure qui consiste à unir toute notre vie à la volonté de Dieu.

Le Catéchisme enseigne : « En obéissant jusqu’à la mort, Jésus a accompli le dessein d’amour du Père. En suivant le Christ et en portant notre croix en union avec lui, nous pouvons compléter en notre chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, l’Église » (CEC 618).


3. L’union du divin et de l’humain

L’Évangile révèle le grand projet divin inscrit dans notre cœur : l’union de l’humanité et de la divinité. Jésus ne nous demande pas seulement d’abandonner des choses, mais de vivre en communion avec Lui, afin que « tous soient un, comme nous sommes un » (Jn 17,22).

Les Pères de l’Église ont souvent parlé de ce mystère. Saint Athanase a dit : « Le Fils de Dieu s’est fait homme pour que nous devenions Dieu » (De l’Incarnation 54). Cela ne signifie pas perdre notre humanité, mais la transfigurer.

Prendre la croix signifie discerner non pas selon les désirs immédiats du corps, mais selon l’Esprit. Comme dit saint Paul : « Je ne fais pas le bien que je veux, mais je commets le mal que je ne veux pas » (Rm 7,19). La vraie croix est cette lutte intérieure pour conformer notre esprit et notre cœur à la volonté de Dieu.


4. La nécessité de la sagesse divine

La première lecture (Sg 9,13–18) nous rappelle : « Qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ? » Sans la lumière de l’Esprit, l’homme ne peut comprendre les desseins de Dieu. Comme Job, qui d’abord contestait Dieu, nous devons humblement reconnaître nos limites et nous en remettre à sa sagesse : « J’ai parlé, sans comprendre, de merveilles qui me dépassent » (Jb 42,3).

Seule la prière et la contemplation nous permettent de discerner ce qui plaît au Père. Le pape François le rappelle : « Être disciple n’est pas exécuter un programme, mais rester constamment disponible à la volonté de Dieu » (Evangelii Gaudium, 23).


5. Participer à la joie trinitaire

Dieu nous a créés à son image trinitaire : corps, esprit et âme unis en harmonie, appelés à la communion avec le Père, le Fils et l’Esprit. Le corps perçoit par les sens, l’esprit cherche la vérité mais peut être troublé, et l’âme demeure le sanctuaire profond où Dieu nous parle.

En entrant dans ce sanctuaire intérieur, nous pouvons discerner ce qui est vraiment de Dieu. La croix quotidienne n’est pas de tout abandonner, mais de choisir ce qui plaît au Père. Dans cette union, notre humanité est accomplie en participant à la divinité.

Jésus nous dit : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,11). Voilà la plénitude de la vie chrétienne : participer à la joie de la Trinité.


Conclusion

L’Évangile de ce dimanche nous invite à dépasser une compréhension superficielle de la croix et de la renonciation, pour entrer dans une transformation profonde : discerner la volonté du Père et nous unir au Christ. Prions la Vierge Marie, première disciple, pour qu’elle nous guide sur ce chemin, afin que nos vies rayonnent de la joie trinitaire. Amen.

P. Terry Cmf.

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Publié le 31 Août 2025

Homélie

Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous quelque chose de personnel, tiré de ma propre vie et de mon ministère. En le faisant, je souhaite aussi méditer sur l’Évangile, car comme saint Paul nous le rappelle : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20). Bien souvent, c’est dans les rencontres les plus ordinaires que nous découvrons la présence extraordinaire du Seigneur. L’humilité ouvre pour nous le chemin de cette rencontre divine.

J’aime inviter, partager un repas, goûter à la beauté de la musique ou d’un cadre fraternel — non pas seulement pour le plaisir, mais comme une manière de me rapprocher des autres. Dans l’une de mes paroisses précédentes, notre équipe pastorale avait pris l’habitude de rencontrer les pauvres dans la rue, chaque dimanche, surtout pendant le Covid, quand toutes les portes restaient fermées. Ce que nous leur offrions n’était pas d’abord de la nourriture, mais du temps, une présence et une véritable amitié. Avec une tasse de café à la main, je leur disais souvent : « Nous ne sommes pas ici seulement pour vous donner à manger, mais pour partager la vie avec vous. » Alors, les paroles du Christ résonnaient avec plus de force en moi : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif et vous m’avez donné à boire » (Mt 25,35). Ce que tous recherchaient, c’était la rencontre humaine, et à travers elle, la rencontre de Dieu.

Ces rencontres devinrent une catéchèse vivante. Dans le silence de la prière et de la contemplation, j’essayais de discerner la volonté de Dieu. De là jaillissait une vie nouvelle : des jeunes devenaient plus généreux et plus enracinés dans la foi, des adultes prenaient des responsabilités, et même ceux qui s’étaient éloignés de l’Église retrouvaient le chemin de la mission. Comme le rappelle le pape François : « L’Église est appelée à être la maison du Père, les portes toujours grandes ouvertes » (Evangelii Gaudium, 47). J’ai vu cette vérité se réaliser de mes propres yeux.

J’ai aussi découvert combien une grande partie de ma mission se vit autour de la table. Partager un repas abolit les barrières et permet d’affronter plus facilement les difficultés, dans un esprit à la fois léger et profond. Comme Jésus qui s’asseyait à table avec les pécheurs (cf. Lc 15,2), j’ai constaté que rompre le pain est déjà une manière d’annoncer l’Évangile. Lui-même allait partout proclamer la Bonne Nouvelle.

Cependant, le cœur de mon ministère demeure toujours l’Église et l’Eucharistie. Avant et après la messe, je prends soin d’accueillir les fidèles, d’écouter leurs intentions, de partager leurs joies et leurs peines. Ces échanges, même brefs, nourrissent ma contemplation intérieure de la Parole. Comme nous l’enseigne Vatican II : « La liturgie est le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et, en même temps, la source d’où découle toute sa force » (Sacrosanctum Concilium, 10). Dans la liturgie, je reste attentif aux visages que je rencontre : c’est parfois par eux que l’Esprit m’inspire, m’invitant même à changer le contenu d’une homélie à la dernière minute. Saint Antoine de Padoue disait : « Les actes parlent plus fort que les mots ; que vos paroles enseignent et que vos actes parlent. »

Voilà ce que je cherche : être à la fois contemplatif et actif, comme saint Antoine-Marie Claret nous l’a transmis. Dans nos familles, nos lieux de travail et la société, l’Esprit Saint nous forme à reconnaître « l’Autre ». Et cet Autre, en vérité, c’est Dieu lui-même qui vient à nous à travers les personnes, les gestes et les événements, et qui nous invite à l’accueillir. Comme le rappelle saint Jean : « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas » (1 Jn 4,20). Notre invitation doit s’étendre sans discrimination, aux riches comme aux pauvres.

Alors, prions pour recevoir la grâce de transformer notre vie quotidienne ordinaire en une rencontre divine. Seigneur Jésus, aide-moi à reconnaître ta présence en chaque personne que je croise, afin que mon quotidien soit transfiguré par ta grâce, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Amen.

 

P. Terry Cmf.

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Publié le 23 Août 2025

Homélie

La beauté de notre vie chrétienne est que nous avons un Dieu qui nous connaît pleinement et qui nous accompagne à chaque instant, sans jamais imposer sa présence ni effacer notre unicité (cf. Ps 138,1–3). Connaître ce Dieu est un chemin de grâce, car Il se révèle continuellement à ceux qui désirent le connaître et l’aimer (cf. Jr 29,13).

Notre vie chrétienne embrasse toutes les dimensions de notre être. Elle est intellectuelle, car nous marchons dans la vérité de la Parole (cf. Jn 8,32). Elle est émotionnelle, car l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs (cf. Rm 5,5). Elle est physique, puisque notre corps est le temple de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 6,19). Et surtout, elle est mystique, car Dieu Lui-même est le protagoniste de ce chemin : Il vit en nous et agit à travers nous d’une manière mystérieuse (cf. Ga 2,20).

Vécue pleinement, la vie chrétienne devient sacramentelle, source de grâce non seulement pour celui qui la vit, mais aussi pour tous ceux qui le rencontrent (cf. Mt 5,16). Elle est salvifique, car elle sauve et elle assure la joie de la vie en Dieu (cf. Jn 10,10). L’Évangile de ce dimanche (Lc 13,22–30) nous invite à découvrir ce chemin à travers la “porte étroite.”


Beaucoup s’interrogent sur cette parole de Jésus : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui seront sauvés ? » (Lc 13,23). Il n’est pas facile d’y répondre clairement. Dieu veut que tous soient sauvés (cf. 1 Tm 2,4), et par la mort et la résurrection de Son Fils (cf. Jn 3,16), Il a ouvert le salut à tous. Pourtant, Jésus nous oriente vers la “porte étroite” qui demande effort, fidélité et abandon.

Ce qui peut sembler large et facile pour moi peut être difficile pour un autre, et ce qui est étroit pour les autres peut m’être plus aisé. Ainsi, chacun doit discerner pour soi-même quelle est cette porte étroite qui conduit au Royaume de Dieu.

Pour Jésus, la porte étroite consistait à vivre pleinement son humanité sans renoncer à sa divinité. Bien qu’Il soit le Fils de Dieu, Il a choisi de vivre dans les limites humaines, discernant la volonté du Père dans la prière et l’obéissance (cf. Ph 2,6–8 ; He 5,7–8). Son témoignage nous apprend à passer par la porte étroite : vivre pleinement notre humanité en restant ouverts au divin.


Pour moi personnellement, cette “porte étroite” est de vivre une vie équilibrée : en Dieu, par Dieu et pour Dieu, tout en goûtant les joies simples de l’existence comme des dons (cf. 1 Th 5,16–18). C’est mettre toute mon humanité—pensée, cœur, corps—au service du discernement de la volonté de Dieu, même dans ma vulnérabilité, sachant qu’Il achèvera ce qu’Il a commencé en moi (cf. Ph 1,6). Pour cela, je tourne vers le Seigneur. 

Jésus parcourait villes et villages (cf. Lc 13,22), et moi aussi je suis appelé à sortir de mes sécurités pour aller vers les autres, là où le Christ veut entrer. Ma porte étroite, c’est d’apporter la présence de Dieu à mes frères et sœurs par l’amour, la compassion, la justice et la réconciliation (cf. Mt 25,40 ; 2 Co 5,18). Même mon travail d’écriture et de méditation fait partie de cette porte étroite—ce n’est pas toujours facile, mais c’est ma réponse au Christ.


À la fin de ma vie, lorsque je me tiendrai devant le Seigneur, je ne me présenterai pas comme un serviteur parfait, mais comme un serviteur fidèle (cf. Mt 25,21). Conscient de ma faiblesse et de mon péché, je m’appuierai totalement sur Sa miséricorde (cf. Ps 50,1 ; Lc 18,13). Mon espérance est que, par le sang du Christ versé pour moi, je sois accueilli dans Son amour.

Au ciel comme sur la terre, je désire la dernière place (cf. Lc 14,10), heureux que le meilleur soit donné à ceux que le Seigneur Lui-même choisit. Mon désir le plus profond est de reposer en Sa présence, d’être touché par Sa paix et de laisser mon âme trouver en Lui sa joie éternelle (cf. Ps 61,2).

Aujourd’hui, voici ma prière sincère : Toi, Seigneur Jésus, qui es la Porte des brebis (cf. Jn 10,7.9), le vrai Chemin qui conduit au Royaume de Dieu (cf. Jn 14,6), accorde-moi d’être configuré à Toi—devenir, par ta grâce, une porte grande ouverte dans l’amour et la compassion. Que je reflète ton Cœur, afin que tous ceux qui me rencontrent, et pour qui je prie chaque jour, découvrent en moi la tendresse de ta présence.

Dans l’esprit de l’Église, appelée à être « le sacrement universel du salut » (Lumen Gentium, 48), fais de ma vie un témoignage vivant de communion, un passage par lequel d’autres puissent entrer dans ta paix et ta joie. Fortifiés par ta grâce, que ceux qui me sont confiés apprennent à vivre en Toi, à mourir comme Toi et à ressusciter avec Toi dans la vie éternelle (cf. Rm 6,8 ; CEC 1026). Amen.

. Terry Cmf.

 

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Publié le 17 Août 2025

Homélie

Dans l’Évangile de ce jour (Lc 12, 49-53), deux thèmes frappants attirent notre attention : le feu et la division. À première vue, ces images semblent dures, voire inquiétantes. Pourtant, si nous allons plus en profondeur, Jésus ne nous invite pas à nous arrêter uniquement aux conséquences—le feu et la division—mais à entrer dans leur cause profonde, dans la source de sa mission et de ses actes.

 

Le cœur de l’Évangile est le désir ardent de Jésus d’accomplir la volonté du Père : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jn 4, 34). Sa soif est d’aimer le Père totalement et de nous introduire dans cet amour. Cet amour—pur agapè, gratuit et inconditionnel—Jésus veut l’allumer dans le monde : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12, 49).

 

Si nous restons fixés seulement sur les conséquences visibles—divisions dans les familles, oppositions, rejets—nous passons à côté de la réalité plus profonde. La Croix du Calvaire n’est pas seulement une tragédie, elle est la révélation plénière de l’amour divin, l’accomplissement de l’obéissance du Christ (Ph 2, 8). L’invitation de l’Évangile d’aujourd’hui est de vivre à partir de cette source : de nous enraciner dans l’amour divin du Christ, afin que ce feu nous consume, nous transforme et brille à travers nous.

 

Les Pères de l’Église nous rappellent que ce feu n’est pas destructeur, mais créateur. Saint Augustin affirme : « Le feu de Dieu, c’est l’amour. Il consume ce qu’il y a de corrompu en nous, pour que nous soyons enflammés de la douceur de l’Esprit » (Sermon 71). Accueillir le feu du Christ, c’est donc se laisser purifier de l’égoïsme et renouveler par la puissance de l’Esprit.

 

Une image peut nous aider : la sève d’un arbre fait circuler la vie cachée des racines jusqu’aux branches, produisant un fruit visible. Si nous nourrissons la racine, l’arbre porte du fruit. De même, la « sève » de l’Évangile d’aujourd’hui est l’amour de Jésus pour le Père, révélé dans son obéissance jusqu’à la mort. Si nous nous unissons à cette source, notre vie portera des fruits d’amour et de témoignage (cf. Jn 15, 5).

 

C’est aussi ce que Jésus appelle son « baptême » : le baptême de sang qu’il doit recevoir (Lc 12, 50). Un tel amour peut paraître impossible, et pourtant, chaque fois que nous avons aimé sans condition, cherché le bien de l’autre avant le nôtre, nous en avons pressenti le mystère. Sainte Catherine de Sienne priait ainsi : « Ô Feu toujours ardent et jamais consumé, embrase mon cœur d’un saint désir, afin que j’aime comme Tu aimes » (Dialogue, ch. 167).

 

Mais ce feu d’amour ne laisse pas le monde inchangé. Il provoque la division, car l’amour inconditionnel remet en cause l’égoïsme, l’injustice et les fausses paix bâties sur la sécurité personnelle. Saint Jean Chrysostome expliquait : « Le feu du Christ divise, non parce qu’il est hostile, mais parce que la vérité ne peut se réconcilier avec le mensonge, ni la lumière avec les ténèbres » (Homélie sur Matthieu 35). Ainsi, le feu de l’Évangile divise—non pas parce qu’il détruit la communion, mais parce qu’il démasque ce qui l’empêche.

 

Frères et sœurs, Jésus désire ce feu ici et maintenant. Il veut que nous en soyons les témoins : brûlant d’amour, baptisés dans son sacrifice, prêts à troubler les fausses sécurités, et à illuminer les ténèbres. Demandons au Seigneur le courage d’être ce feu dans le monde : un feu qui purifie, qui unit dans la vérité, et qui révèle l’amour miséricordieux du Père. Amen.

P. Terry Cmf.

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Publié le 14 Août 2025

Homélie

La Solennité de l’Assomption nous révèle une vérité que Dieu avait déjà manifestée dans la vie de Melchisédech et d’Élie : ceux qui vivent pleinement en Dieu ne connaissent aucune interruption dans leur communion avec Lui (cf. He 7,1-3 ; 2 R 2,11). Ils passent de la vie terrestre à la plénitude de la présence divine sans rupture, car ils vivent déjà dans la communion trinitaire. Cette union avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint est offerte aujourd’hui à chacun de nous, si nous choisissons de marcher comme Marie a marché dans sa vie quotidienne.

Pour comprendre cette expérience mystique, je présente Marie plutôt que Jésus, car en Jésus la divinité était pleinement présente. Marie, quant à elle, a vécu cette communion dans la totalité de son humanité, dans son âme et son esprit, mais soutenue et transformée par la grâce (cf. Lc 1,28). En la contemplant, nous voyons que la pure humanité—lorsqu’elle est ouverte à Dieu—suffit pour entrer dans ce mystère.

Le Magnificat (Lc 1,46-55) révèle le monde intérieur de Marie—son cœur en parfaite communion avec Dieu. Ce n’est pas l’Annonciation ni la Nativité, pourtant riches en interventions divines, qui manifestent le plus clairement son intériorité, mais cette prière de louange et de confiance. Elle y montre son union avec Dieu « en esprit et en vérité » (cf. Jn 4,24), déjà en communion avec le Père avant même de concevoir son Fils. La communion commence dans l’âme, s’exprime par l’esprit, puis se manifeste dans le monde visible—dans son cas, par la conception et la naissance de Jésus.

Cette communion avec le Père a permis à Marie de voir son histoire personnelle à la lumière de l’histoire du salut. D’Adam à Abraham, de Moïse à David, et de David au Messie (cf. Mt 1,1-17), elle a reconnu la fidélité de Dieu comme son propre héritage. Face aux épreuves—comme porter un enfant dans des circonstances extraordinaires—elle s’est appuyée sur les promesses divines, à la différence d’Ève qui n’a pas su faire confiance et a introduit la désobéissance dans le monde (cf. Gn 3). Même lorsqu’elle ne comprenait pas tout, « elle gardait toutes ces choses et les méditait dans son cœur » (Lc 2,19).

Sa communion avec le Père a porté du fruit dans le service. Immédiatement après l’Annonciation, elle partit « en hâte » visiter Élisabeth (Lc 1,39), non pour proclamer sa propre gloire, mais pour servir. Elle nous enseigne ainsi que la grâce divine frappe à notre porte seulement si nous sommes prêts à l’ouvrir et à sortir au service des autres (cf. Ap 3,20). L’homme riche n’a pas ouvert sa porte à Lazare (Lc 16,19-31) ; Marie a ouvert la sienne.

Au salut d’Élisabeth, l’humanité a reconnu pour la première fois en elle « la mère de mon Seigneur » (Lc 1,43). Cette maternité divine—confirmée au Calvaire lorsque Jésus la confia au disciple bien-aimé (Jn 19,26-27)—est un don pour toute l’Église. Nous aussi, nous pouvons vivre cette maternité spirituellement, en tant que temples de l’Esprit Saint (1 Co 6,19).

Le retour de Marie chez elle après la visite à Élisabeth (Lc 1,56) n’est pas un simple détail géographique : il signifie son retour à la communion intérieure, prête à repartir dès que Dieu l’appellerait. Son « oui » (Lc 1,38) est resté constant, une ouverture durable au Dieu de la promesse. Cette fidélité lui a permis de témoigner de la fidélité de Dieu tout au long de sa vie.

Comme enfants de cette Mère bien-aimée, demandons son intercession—confiants qu’aujourd’hui encore, comme à Cana (Jn 2,1-11), elle présente nos besoins à son Fils. Que son Assomption fortifie notre espérance en ce Dieu fidèle et nous invite à vivre, dès maintenant, dans la communion ininterrompue de la Trinité.

Amen. Bonne fête ! N’oubliez pas de me porter dans votre prière.

P. Terry Cmf.

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