Publié le 31 Janvier 2026

Homélie Les Béatitudes : chemin de l’être, source de la joie

 

Le bonheur éternel est une fois de plus présenté dans l’Évangile comme une vie bienheureuse : une vie bénie par Dieu et vécue en Dieu. Les Béatitudes ne nous détournent pas de la réalité quotidienne ; au contraire, elles nous y enracinent profondément. Elles orientent nos engagements non seulement vers le faire le bien, mais surtout vers le devenir bon, selon le cœur de Dieu (cf. Mt 5,1-12).

 

Cette vie bienheureuse n’est pas exempte de souffrance ni d’injustice. Au contraire, celles-ci en font mystérieusement partie, donnant à l’existence humaine ses contrastes, ses couleurs et parfois ses blessures. Pourtant, derrière ces réalités souvent douloureuses, se cache un message plus profond : la promesse de la consolation, de la satiété du cœur, de la filiation divine, de l’intimité avec Dieu et, finalement, de la possession du Royaume de Dieu (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n° 1716-1724).

 

En vérité, Jésus ne nous invite pas à la béatitude comme à une récompense extérieure, fruit de multiples actions ou performances spirituelles. Il ne s’agit pas d’un simple résultat de nos efforts. L’invitation fondamentale se révèle clairement à la fin de l’Évangile : « Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux » (Mt 5,12).

 

Cette parole n’est pas une consolation future seulement ; elle est un appel présent. En ce dimanche et tout au long de cette semaine, nous sommes invités à nous réjouir et à exulter, car, par la grâce, nous sommes déjà comptés parmi les citoyens du ciel (cf. Ph 3,20). C’est pourquoi je vous invite à relire les lectures de ce jour, afin d’y découvrir des chemins concrets pour nourrir cette joie.

 

Saint Paul, inlassablement, exhorte les communautés chrétiennes : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » (Ph 4,4). Il sait combien cette invitation est exigeante. Pour beaucoup, se réjouir demeure difficile, parfois même impossible, en raison des épreuves, des blessures ou des injustices subies. Pourtant, Paul nous rappelle que la joie chrétienne n’est pas un sentiment passager, mais un don pur de la foi, une grâce reçue du Père (cf. Gaudete in Domino, Paul VI).

 

La vraie joie naît lorsque le cœur déborde de gratitude pour tout ce que Dieu a accompli en nous. Dans la douleur comme dans la joie, dans l’échec comme dans la réussite, celui qui vit de foi apprend à reconnaître la bonté divine à l’œuvre. Cette bonté a le pouvoir de transformer toute chose, y compris nos blessures et nos chutes, afin de faire advenir le Royaume de Dieu jusque sur le seuil de la vie de ceux qui le cherchent (cf. Rm 8,28).

 

Les Béatitudes sont précisément ces lieux de grâce où Dieu agit. Certaines situations, comme la persécution, la violence ou l’injustice, sont imposées par les limites et les péchés humains. Mais ceux qui vivent en Dieu, animés par la foi reçue au baptême et dociles à l’Esprit Saint, peuvent y répondre d’une manière nouvelle, selon la volonté de Dieu (cf. Lumen Gentium, n° 40).

 

La question demeure alors : comment vivre une telle vie, capable de discerner le bien même au cœur de la souffrance, et d’y trouver une source de joie profonde ? La première lecture nous offre deux chemins essentiels.
Le premier est de chercher Dieu en toute chose et de désirer sincèrement sa volonté. Le second est de demeurer humble et ouvert, accueillant ce que la vie présente, avec courage et confiance. Le psalmiste nous le rappelle avec force : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien » (Ps 23,1). Avec le Seigneur à nos côtés, aucun défi n’est insurmontable, aucune croix n’est vaine. Et au terme du chemin, la résurrection nous est promise.

 

La deuxième lecture nous ramène à notre identité la plus profonde : nous sommes enfants de Dieu. Elle nous invite à nous souvenir de notre baptême, de cette vocation à vivre comme le Christ lui-même. Dieu nous a relevés de ce qui était faible, fragile et marqué par le péché, pour faire de nous son temple vivant (cf. 1 Co 3,16). Ce rappel nourrit l’espérance, surtout dans les moments difficiles.

 

Ainsi, même la mort — autrefois perçue comme une fin redoutable — devient, dans la foi, le commencement de la plénitude de la vie en Dieu, l’entrée dans la communion parfaite avec la Trinité, aspiration profonde de toute âme humaine (cf. Spe Salvi, Benoît XVI).

 

En conclusion, l’appel de l’Évangile d’aujourd’hui ne se réduit pas à une exhortation morale à être charitable ou à faire le bien. Il s’agit d’une invitation bien plus radicale : redécouvrir notre ÊTRE, qui a son origine en Dieu, et consentir à le vivre pleinement. C’est dans cet ÊTRE vécu en vérité que jaillit la joie authentique, source de notre exultation.

 

La béatitude promise n’est pas le fruit de l’évitement de la souffrance, mais celui de l’acceptation libre de la Croix, par amour, pour sauver la vie de nos frères et sœurs. C’est en devenant pleinement le Christ pour les autres que nous entrons déjà dans la résurrection et que nous rendons le Royaume de Dieu proche de tous. Amen.

P. Terry Cmf.

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Publié le 24 Janvier 2026

 

Meditation

 

Introduction

L’appel du prophète Isaïe, retentissant depuis le sud, depuis Jérusalem, tourné vers le nord — terre ennemie — annonce déjà une promesse audacieuse de paix et de réconciliation. Il proclame la venue d’un Soleil levant, d’un Roi nouveau, qui surgira soudainement pour rassembler ce qui était divisé, et refaire d’un peuple dispersé un seul peuple d’Israël, fils de Jacob, comme aux jours de David et de Salomon (cf. Is 9,1-6).

 

Cette espérance constitue le cœur du message de l’Évangile d’aujourd’hui. Le Royaume de Dieu est cette œuvre de rassemblement, non seulement des peuples entre eux, mais surtout de l’humanité avec Dieu, dans la communion trinitaire. Jésus lui-même, selon l’Évangile de saint Jean, prie « afin que tous soient un, comme Toi, Père, Tu es en moi et moi en Toi » (Jn 17,21).

 

C’est Jésus qui reprend à son compte cette annonce prophétique lorsqu’il proclame :
« Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 4,17).
En Lui et par Lui commence pour nous le déploiement de ce grand projet divin : rassembler tous les hommes en un seul peuple de Dieu (cf. Ep 1,10).

 

C’est dans cette perspective — ou mieux, en raison de ce dessein divin — que Jésus appelle aujourd’hui Pierre et André, Jacques et Jean. Leur vocation demeure actuelle : elle est aussi la nôtre. En méditant cet Évangile, nous voulons réfléchir sur deux réalités essentielles :
– d’abord, la nature même de l’appel,
– ensuite, la manière d’y répondre à la lumière de l’Écriture et du témoignage des Apôtres.

 


I. L’Appel

André était déjà disciple de Jean-Baptiste. À l’invitation de Jésus — « Venez et voyez » (Jn 1,39) — il fait l’expérience décisive d’une journée passée auprès du Seigneur. Ce n’est pas un simple enseignement qu’il découvre, mais une Personne.

 

Ainsi, l’appel chrétien n’est pas d’abord un appel à faire quelque chose, mais un appel à être avec Quelqu’un. Comme le dira saint Marc : « Il en institua douze pour qu’ils soient avec lui » (Mc 3,14). Avant toute mission, il y a la communion. Avant toute action, l’adoration.
Saint Jean-Paul II rappelait : « La vocation naît dans le silence de l’adoration et mûrit dans la fidélité de la prière. »

 

Être avec le Christ, c’est entrer dans une relation personnelle, intime, transformatrice. C’est découvrir en Lui la plénitude de l’humanité habitée par l’Esprit. Comme le dira saint Paul :
« Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).

 

Tous peuvent admirer l’enseignement de Jésus et en faire une philosophie de vie. Mais vivre avec Lui, être saisi par Lui, animé par l’Esprit, accordé à la volonté du Père, voilà une expérience d’un autre ordre : une vie plongée dans la communion trinitaire, où l’humanité est transfigurée par la grâce.

Saint Augustin l’exprimait ainsi : « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi. » Nous ne sommes pas appelés comme des serviteurs craintifs, mais comme des fils et des filles libres. « Vous n’avez pas reçu un esprit d’esclavage… mais un Esprit de fils adoptifs » (Rm 8,15).

 


II. La Réponse

La question essentielle demeure : comment répondre à cet appel ?
Jésus nous donne la clé : « Convertissez-vous » — changez de cœur, changez de regard, changez de vie. Chez les premiers disciples, cette conversion est le fruit d’un double mouvement :
– une recherche intérieure sincère de la vérité,
– et une fidélité courageuse à ce qu’ils découvrent.

Ils avaient d’abord suivi Jean-Baptiste. Puis, lorsque celui-ci leur montre Jésus — « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1,36) — ils ont la liberté spirituelle de quitter un bon maître pour suivre le Maître véritable. Saint Benoît dira plus tard : « Écoute, mon fils, l’enseignement du Maître, et incline l’oreille de ton cœur. »

L’appel extérieur de Jésus — « Suivez-moi » — trouve un écho dans un appel déjà présent au plus profond de leur cœur. Là où l’âme est en communion avec Dieu, la réponse devient simple, immédiate, joyeuse.

À l’inverse, quand le cœur n’est pas intérieurement disposé, même les signes divins ne suffisent pas. Zacharie demande des preuves (cf. Lc 1,18). Marie, elle, déjà unie à Dieu, accueille dans la foi : « Qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38).

Saint François de Sales nous enseigne : « Dieu parle au cœur doucement, mais il faut un cœur silencieux pour l’entendre. »


Conclusion

Lorsque Jésus proclame que le Royaume de Dieu est proche, il ne se contente pas d’annoncer une réalité future : il nous rend capables d’y participer dès maintenant, malgré notre fragilité et notre péché. Par la grâce, nous sommes introduits dans la communion trinitaire.

La conversion proposée par Jésus est un retour à la maison, à la manière du fils prodigue (cf. Lc 15). Mais au fond, c’est surtout l’histoire du Père prodigue en miséricorde, qui sort au-devant de chacun de ses enfants pour les conduire à la fête de son amour.

Le Concile Vatican II nous rappelle : « La vocation ultime de l’homme est réellement une seule : la vocation divine » (Gaudium et Spes, 22).

 

Demandons la grâce d’un cœur attentif, disponible, libre.
Que l’Esprit Saint nous rende capables d’entendre l’appel du Christ,
de répondre avec générosité,
et de vivre chaque jour comme des fils dans le Fils,
pour la gloire du Père et le salut du monde.

 

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Publié le 18 Janvier 2026

2ème dimanche Ordinaire

 

« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), proclame Jean-Baptiste. Par cette proclamation, Dieu choisit de se révéler à l’humanité, en particulier à tous ceux qui désirent le rencontrer, dans le mystère de l’Agneau pascal. En présentant Jésus comme le Sauveur du monde, Dieu nous associe à son œuvre de salut. Par Jésus-Christ — et tout spécialement par notre baptême — nous devenons collaborateurs et partenaires de Dieu dans son projet salvifique (cf. 1 Co 3,9).

 

Dans le baptême, nous sommes appelés, choisis, consacrés et envoyés dans le monde. Le baptême est en lui-même une vocation : un appel à grandir à la ressemblance de Dieu et à vivre comme de véritables enfants de Dieu (cf. Rm 8,14–17). À l’image du Père, nous sommes invités à être créateurs de vie, porteurs de nouveauté, engagés de manière responsable et pleine d’espérance dans la société. À l’image du Fils, nous sommes appelés à rechercher ce qui est perdu et brisé, à guérir, libérer et racheter l’humanité (cf. Lc 19,10). Enfin, à l’image de l’Esprit Saint, nous sommes consacrés pour la gloire de Dieu et le salut du monde, en vivant pleinement l’humanité que Dieu a créée et voulue en nous (cf. Gaudium et Spes, 22). Ainsi, Dieu sanctifie le monde en nous et à travers nous.

 

L’Écriture nous rappelle que c’est par une vie de témoignage que la gloire de Dieu se manifeste (cf. Is 60,1 ; Mt 5,16). Baptisés dans le Christ, nous devenons porteurs de lumière, appelés à briller dans les ténèbres et à être la Lumière du Christ — la lumière pascale — au cœur du monde (cf. Lumen Gentium, 9).

 

C’est dans cette lumière que les prophètes et les juges ont discerné l’action de l’Esprit, et que Jean-Baptiste l’a attendu avec ferveur. Lorsque nous apprenons à vivre nous aussi dans cette lumière, nous découvrons l’œuvre de Dieu non seulement dans les grands événements, mais aussi dans la simplicité de la vie quotidienne, particulièrement dans le cœur des personnes que nous rencontrons chaque jour. Peu à peu, nos rencontres humaines ordinaires deviennent des rencontres divines, des lieux où Dieu est libre d’agir pleinement. Lorsque Dieu est à l’œuvre dans nos paroles et nos gestes, ceux-ci deviennent sacrés et porteurs de vie.

 

La sainteté que Jésus nous propose n’est pas une vie sans combat ni fragilité, ni une existence parfaite et idéalisée. Elle est une vie de disciple, enracinée dans l’authenticité, sans cesse discernée en présence de Dieu et vécue dans un engagement généreux (cf. Evangelii Gaudium, 171). Dans un monde marqué par l’obscurité et la fragilité, nous pouvons nous aussi tomber ; mais nous permettons à Dieu d’agir en nous. Par sa grâce, nous sommes relevés. Les sacrements nous accompagnent, nous guérissent et nous renouvellent, nous rendant à nouveau capables de porter la lumière (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 1426).

 

Lorsque cette vie est vécue dans l’Esprit et dans la vérité, nous devenons de véritables témoins de la bonté divine, de simples instruments entre les mains de Dieu (cf. 2 Co 4,7). Nos vies proclament alors l’amour et la compassion de Dieu avec une force qui dépasse les mots. Prions le Seigneur afin que nous demeurions toujours de fidèles témoins, laissant l’Agneau de Dieu continuer à enlever le péché du monde à travers nos vies. Amen.

P. Terry Cmf.

 

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Publié le 10 Janvier 2026

Le Baptême du Seigneur

 

« Laisse faire pour le moment » (Mt 3,15). Ces paroles de Jésus révèlent une obéissance profonde à la volonté du Père. Le baptême, j’en suis profondément convaincu, est le don divin le plus fondamental qui nous soit accordé : il initie notre chemin spirituel et nous fait grandir comme de véritables fils et filles de Dieu. Dieu, qui nous a créés libres, ne s’impose jamais ; Il attend notre consentement. Il respecte même la liberté de Le rejeter. Mais dans le baptême, cette liberté est accueillie et transfigurée, car Dieu renouvelle en nous la promesse de la vie divine. Au Jourdain, le Père proclame ouvertement ce mystère : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour » (Mc 1,11). Cette même parole est prononcée sur chacun de nous au moment de notre baptême.

 

Il arrive que la vie nous confronte à des événements inattendus, presque inconcevables, où Dieu semble se soumettre à la liberté humaine, appelant l’humanité à Lui répondre dans l’amour. L’humilité de Jean-Baptiste et son hésitation à baptiser Jésus sont donc compréhensibles. Pourtant, Jésus révèle une valeur plus haute : « accomplir toute justice » (Mt 3,15), c’est-à-dire réaliser le dessein salvifique de Dieu. Notre Dieu est un Dieu fidèle à ses promesses (cf. Dt 7,9). Même lorsque nous demeurons pécheurs, Il ne cesse de nous appeler à la conversion, nous relevant du péché pour nous conduire à la sainteté (cf. Rm 6,4).

 

Dieu désire que nous demeurions fidèles à notre tour, vivant selon ce qui est attendu de nous comme enfants de Dieu, car Il nous a appelés non pour rester immobiles, mais pour être transformés. Dans toute la Bible, les récits de vocation suivent un même mouvement : Dieu appelle, forme, consacre et envoie. Cette dynamique s’accomplit pleinement en Jésus. À son baptême, la consécration est inséparable de la mission. La descente de l’Esprit Saint inaugure sa mission publique, comme l’Esprit avait couvert Marie de son ombre à l’Annonciation (cf. Lc 1,35). Comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église catholique, « L’Esprit Saint est le maître de la vie intérieure » (CEC 1995), Celui qui initie et soutient toute mission confiée par Dieu.

 

Par cette initiation, le baptême unit la terre et le ciel. Les cieux s’ouvrent (cf. Mt 3,16), manifestant que la communion avec Dieu est désormais offerte. Cette ouverture se renouvelle aujourd’hui encore chaque fois qu’un enfant est baptisé. Le cierge pascal porté dans la liturgie baptismale nous rappelle que la lumière du Christ passe toujours par le mystère de la Croix. Comme le dit saint Paul : « Si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui » (Rm 6,8). En gardant cette lumière allumée et en la laissant rayonner, nous contribuons à transformer le monde, à faire de la terre un reflet du ciel et à réduire la distance entre les deux. La transformation et le salut de chaque personne commencent ici.

 

Le baptême est ainsi une rencontre personnelle où Dieu entre dans notre histoire pour l’intégrer à son histoire de salut. Il est significatif que ce soit Jésus Lui-même qui se dirige vers Jean. Nous ne devons jamais oublier ce premier pas de Dieu vers nous (cf. 1 Jn 4,10). Cette initiative divine transforme notre humanité ordinaire, la rendant capable de porter en elle la vie divine. Saint Athanase l’exprime avec audace : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. » Tout cela est l’œuvre de Dieu : initiée, portée et accomplie par Lui seul.

 

Pour entrer dans ce mystère de transformation, le baptême nous appelle à nous abandonner à la volonté divine. À l’image de Marie, qui a répondu : « Qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38), nous sommes invités à dire chaque jour notre « oui » à Dieu. Saint Augustin nous rappelle : « Dieu qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi. »

 

La célébration d’aujourd’hui est donc la célébration de notre propre baptême. Elle nous invite à nous souvenir sans cesse de ce que Dieu continue de faire pour toi et pour moi : nous appeler ses bien-aimés, nous former par sa grâce et nous conduire vers la plénitude de la sainteté (cf. Lumen Gentium, 40). Prions le Seigneur afin que nous demeurions fidèles à cette promesse et à notre vocation, pour que toute notre vie devienne une louange vivante à la gloire de Dieu. Amen.

P. Terry Cmf.

 

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Publié le 4 Janvier 2026

Homélie

La fête de l’Épiphanie revêt aujourd’hui une importance particulière, car l’expérience de la rencontre, de la reconnaissance et de l’adoration du Christ demeure possible en tout temps, comme elle le fut aux origines de l’Incarnation. Dès le commencement, tous ceux qui attendaient l’accomplissement de la promesse de Dieu n’ont pas été déçus. Les mages, Siméon, Anne et Jean-Baptiste ont attendu le Seigneur avec foi et persévérance, et l’Esprit ne les a pas trompés. Ce que Dieu promet, Il l’accomplit pleinement (cf. Lc 2,26–38 ; Jn 1,33).

 

Cela révèle une vérité fondamentale de notre foi : Dieu demeure éternellement fidèle à ses promesses (cf. Dt 7,9 ; He 10,23). L’Épiphanie nous assure que l’espérance placée en Dieu n’est jamais vaine. À l’exemple de ces témoins, nous sommes appelés à cultiver une attitude intérieure de vigilance, de confiance et de désir de la présence salvatrice de Dieu.

 

Le mystère de l’Incarnation met également en lumière l’harmonie entre l’initiative divine et la coopération humaine. Les mages ont vu l’étoile à son lever et ont librement choisi de la suivre (cf. Mt 2,2). Les étoiles apparaissent dans la nuit, et comme les bergers qui veillaient (cf. Lc 2,8), les mages étaient intérieurement éveillés, attentifs et réceptifs. Cette vigilance spirituelle est essentielle pour discerner les signes à travers lesquels Dieu se révèle (cf. Mt 25,13).

 

Abraham, assis à l’entrée de sa tente, a reconnu le passage du Seigneur et L’a accueilli avec hospitalité (cf. Gn 18,1–8). Cette attitude de veille reflète quelque chose de Dieu Lui-même, qui veille sans cesse sur son peuple avec amour et fidélité (cf. Ps 121,4). Un cœur vigilant reconnaît la grâce lorsqu’elle se manifeste.

 

Cependant, cette vigilance ne garantit pas une vie sans erreur. Le chemin de la foi comporte des détours, des chutes et des moments de confusion. Les mages croyaient qu’un roi était né et il leur semblait logique de le chercher au palais. Cette erreur, Dieu l’a intégrée mystérieusement dans son dessein. La Bonne Nouvelle de la naissance du Roi éternel est parvenue jusqu’au seuil du pouvoir terrestre (cf. Mt 2,3).

 

Cela nous révèle une vérité consolante : Dieu peut transformer nos échecs, nos limites et même nos péchés en instruments de salut (cf. Rm 8,28). L’essentiel n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever et de reprendre la route. Le péché ne doit pas freiner notre marche vers le Seigneur, mais nous conduire plus rapidement vers la miséricorde et la conversion (cf. Ps 51 ; Lc 15,17–24).

 

Le péché appelle le secret, tandis que le bien appelle la transparence (cf. Jn 3,19–21). Les mécanismes de dissimulation et de manipulation qui entouraient le conseil d’Hérode existent encore aujourd’hui. L’Évangile, au contraire, nous invite à marcher dans la vérité, la justice et la paix. Le pape François nous rappelle que la foi authentique rejette l’hypocrisie et s’exprime dans la miséricorde et la compassion (Evangelii Gaudium, 88).

 

Lorsque nous échouons, l’espérance de la conversion demeure toujours. L’Épiphanie l’affirme clairement. Les mages reprennent leur chemin, non pas animés par la peur ou la culpabilité, mais remplis de joie, désireux d’accomplir ce qu’ils reconnaissent désormais comme la volonté de Dieu (cf. Mt 2,9–10). Dans leur fragilité, ils découvrent la miséricorde divine, une miséricorde à offrir surtout aux blessés et aux plus vulnérables (cf. Mt 9,12–13).

 

La rencontre avec le Christ procure une joie profonde. Saint Léon le Grand résume magnifiquement les dons offerts à l’Enfant : « L’or pour le roi, l’encens pour Dieu, et la myrrhe pour celui qui devait mourir. » Ces dons proclament le mystère du Christ : Roi, Dieu et Rédempteur.

 

Après avoir adoré l’Enfant, les mages repartent par un autre chemin (cf. Mt 2,12). Ils n’ont plus besoin de l’étoile, car ils portent désormais en eux la Lumière qu’ils ont rencontrée. Le Christ devient leur guide intérieur. Ce « chemin nouveau » symbolise la vocation chrétienne : vivre selon l’Évangile, transformés intérieurement par la grâce (cf. Lumen Gentium, 1).

 

Leurs dons évoquent aussi notre propre vocation : offrir notre vie à Dieu, accomplir sa volonté dans le Christ et nous laisser conduire par l’Esprit. Fortifiés par l’Esprit Saint, nous sommes envoyés sur des chemins nouveaux pour la gloire de Dieu et le salut de l’humanité.

 

Prions afin que notre présence dans nos familles, nos lieux de travail et notre société devienne une Épiphanie pour nos frères et sœurs : une rencontre avec le Christ, une invitation à L’adorer et une possibilité de recommencer. Soyons une Épiphanie pour les autres. Amen.

P. Terry Cmf.

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Publié le 24 Décembre 2025

Le Mystère de l’Incarnation : Dieu avec nous

1. Un commencement préparé par Dieu
Aujourd’hui commence un chemin nouveau, une vie nouvelle animée par l’Esprit Saint. Ce moment, que nous avons préparé par l’attente et la veille, a été préparé par Dieu lui-même depuis le premier jour de la création. Dès l’origine, Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance (Gn 1,26), lui confiant la liberté — une liberté capable d’aimer, mais aussi de pécher.
C’est précisément dans cette condition humaine blessée que Dieu a choisi de naître, assumant notre fragilité pour libérer l’humanité déchue. Comme le dira saint Paul : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20).

2. Le Verbe s’est fait chair
Le prologue de saint Jean exprime cette vérité avec une force unique :
« Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous » (Jn 1,14).
Dieu ne s’est pas contenté de créer le monde ; il est entré dans l’histoire. À travers les prophètes, les rois, les juges et les saints, il s’est révélé progressivement. Mais aujourd’hui, il se révèle pleinement en devenant homme. Comme l’enseigne le Concile Vatican II :
« Le Fils de Dieu, par son incarnation, s’est en quelque sorte uni à tout homme » (Gaudium et Spes, 22).

3. Noël : la célébration de l’humanité réconciliée
Noël est bien plus qu’une fête de naissance : c’est la célébration de l’humanité elle-même, appelée à devenir demeure de Dieu. L’Esprit Saint rend l’homme capable d’accueillir la plénitude divine en lui.
Saint Athanase résumait ce mystère par ces mots célèbres :
« Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » — non par nature, mais par participation.
L’Incarnation est le don total de Dieu à l’humanité, et à travers l’humanité, Dieu se donne à lui-même une création renouvelée.

4. Témoins et porteurs de la Lumière
Ainsi, nous ne sommes pas seulement témoins de la Lumière, mais appelés à devenir lumière pour le monde (Mt 5,14). À l’image de Jean-Baptiste, nous préparons le chemin du Seigneur par nos paroles et nos actes, afin que d’autres puissent le rencontrer.

5. Accueillir et vivre le don de l’Incarnation
Puisque l’Incarnation est un don purement gratuit, nous sommes invités à en découvrir la « fonctionnalité », à en vivre toutes les dimensions. Comme un don précieux, elle demande d’être comprise pour être pleinement vécue.

a) La proximité divine
Dieu ne s’est pas seulement approché de l’homme ; il est devenu homme. Il a habité notre condition humaine afin de nous rendre capables de participer à sa vie divine (2 P 1,4).

b) La rencontre divine permanente
Notre fragilité appelle une purification constante. Par les sacrements, en particulier la réconciliation, nous rencontrons non seulement la miséricorde de Dieu, mais Dieu lui-même (Jn 20,22-23).

c) Le ciel sur la terre
Là où le Roi demeure, le Royaume est déjà présent. Par l’Incarnation, le ciel commence sur la terre. Comme le disait sainte Thérèse d’Avila : « Dieu seul suffit. »

d) Connaître Dieu et entrer en communion humaine
L’Incarnation nous permet de connaître Dieu à travers nos propres émotions, nos relations, notre humanité partagée. Elle fonde une communion authentique entre frères et sœurs.

e) La nouvelle création
En entrant en communion les uns avec les autres, guidés par l’Esprit, la création entière est renouvelée (2 Co 5,17). L’Incarnation inaugure ce monde nouveau.

Conclusion
Prions le Seigneur pour que ce mystère de l’Incarnation soit pleinement accueilli par l’humanité. Qu’il porte des fruits de paix, de joie et de communion, et qu’il nous conduise au cœur de la vie trinitaire, promise à ceux qui croient.
Amen.
P. Terry Cmf.

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Publié le 21 Décembre 2025

 

 

À mesure que nous nous rapprochons du moment où nous contemplerons l’expérience de « l’Étoile montante », nous découvrons que ce déploiement divin commence sur une note dissonante. Il débute dans la suspicion, la rumeur et le jugement — des voix du village et même de l’entourage de Marie — mettant en cause son honneur et sa dignité (cf. Mt 1,18-19). Pourtant, ce commencement douloureux trouve son accomplissement dans la réponse silencieuse, courageuse et croyante de Joseph, qui choisit d’agir non selon les critères humains, mais dans l’obéissance à la plénitude de la volonté divine. Dieu veut — et Joseph accomplit dans le silence.

 

La véritable justice, telle qu’elle se révèle en Joseph, ne se limite pas à une rectitude morale ou à une action extérieure. Elle consiste à assumer la responsabilité de l’autre, à porter le poids de sa vie et de son avenir (cf. Ga 6,2). Joseph accepte de devenir père pour l’Enfant saint, sans en être le père biologique — un acte d’amour profondément dépouillé. Comme l’enseigne saint Jean-Paul II dans Redemptoris Custos, la paternité de Joseph s’exprime dans le fait qu’il a fait de sa vie « un service et un sacrifice au mystère de l’Incarnation » (RC, 8).

 

L’Évangile d’hier se concluait par ces mots : « Alors l’ange la quitta » (Lc 1,38). Aujourd’hui, cet ange réapparaît — cette fois dans la maison de Joseph, à travers un songe (Mt 1,20). Ce déplacement nous révèle une vérité essentielle pour notre propre chemin spirituel : il arrive que nous devions laisser l’ange se retirer, afin que la volonté de Dieu s’accomplisse désormais par notre obéissance et notre discernement. Le silence de Dieu n’est jamais un abandon ; il est souvent une manière de nous protéger et de nous façonner.

 

Dans le grand mystère de l’Incarnation, Dieu agit différemment selon les personnes. Avec Marie, Il choisit l’intimité — la maison, le silence intérieur — transformant un lieu ordinaire en espace sacré (cf. Lc 1,26-38). Avec Zacharie, Dieu se manifeste dans le Temple, au Saint des saints, pour rassurer un homme juste mais hésitant (cf. Lc 1,8-20). Avec Joseph, Dieu choisit le langage des songes — fragiles, nocturnes, souvent incompris, mais profondément révélateurs (cf. Mt 1,20 ; 2,13.19).

 

Malgré ces différences, un élément commun demeure : Dieu choisit toujours un lieu où la personne se sent chez elle, en sécurité, et c’est là qu’Il l’appelle à accomplir quelque chose d’extraordinaire — chose impossible sans la grâce de l’Esprit Saint (cf. Lc 1,35). L’Esprit agit dans le silence, sans paroles, mais avec puissance, soutenant les souffrances et les blessures de ces personnes élues, tout en laissant les anges accomplir leur mission. Comme le rappelle le pape François, « le style de Dieu est la proximité, la compassion et la tendresse » (Evangelii Gaudium, 88).

 

Aujourd’hui encore, nous sommes appelés à devenir des « anges » pour notre temps — des messagers de la présence de Dieu — en demeurant profondément unis à Lui et en annonçant la Bonne Nouvelle aux communautés blessées. Avec Marie et Joseph, nous sommes invités à donner à l’Enfant le nom choisi par Dieu : Jésus, Emmanuel — Dieu avec nous (cf. Mt 1,21-23).

 

Si ces événements peuvent nous sembler ordinaires aujourd’hui, ils ne l’étaient absolument pas pour ceux qui les ont vécus. Ils exigeaient humiliation, vulnérabilité et exposition sociale — des dimensions que nous oublions souvent lorsque nous célébrons la gloire et la joie de Noël. Marie, mère non mariée, porte le poids de la suspicion et du déshonneur, sans autre défense visible que la fidélité d’un seul homme. Joseph accepte la honte publique en l’accueillant chez lui et en choisissant d’être père d’un enfant qui n’est pas le sien. Quel acte extraordinaire d’amour et de courage !

 

Élisabeth, elle aussi — âgée — traverse la peur, la souffrance et l’exposition sociale d’une grossesse dans une société rigide et traditionnelle (cf. Lc 1,24-25). Ces détails ne sont pas secondaires : ils constituent le lieu même où les promesses de Dieu s’accomplissent. Comme le rappelle saint Paul : « Dieu a choisi ce qui est faible dans le monde pour confondre les forts » (1 Co 1,27).

 

Par l’obéissance et la fidélité de Marie, Joseph, Zacharie et Élisabeth, les Écritures s’accomplissent : la Loi et les Prophètes trouvent leur pleine réalisation (cf. Mt 1,22 ; Lc 1,70). Sans leur capacité à porter la honte et l’incompréhension dans le silence, l’Incarnation n’aurait jamais vu le jour. C’est ici que se situe notre appel aujourd’hui : devenir l’« Étoile montante » pour les autres, en particulier pour ceux qui vivent dans l’humiliation et la souffrance silencieuse.

 

Alors que nous nous préparons à célébrer la joie de Noël, soyons attentifs aux mouvements profonds et cachés de Dieu dans notre propre vie. Beaucoup de ce que Dieu accomplit se joue en nous, au-delà de notre compréhension — comme ce fut le cas pour Marie dans l’Immaculée Conception, l’Annonciation et la Visitation. L’Esprit Saint était à l’œuvre, même lorsque Marie ne percevait pas pleinement comment Dieu agissait en elle.

 

Quelle grâce pour Marie d’avoir Joseph à ses côtés — présent à la fois dans la contemplation et dans l’action. Et quel appel pour chacun de nous : nous laisser former dans le cœur maternel de Marie afin de devenir, à notre tour, des Joseph pour le Seigneur — appelés, consacrés et envoyés dans le monde comme des « étoiles brillantes » pour nos frères et sœurs (cf. Ph 2,15). Amen.

P. Terry Cmf.

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Publié le 13 Décembre 2025

Homélie — Gaudete : Une joie façonnée par l’espérance

La beauté de la vie chrétienne se cache souvent dans ces moments d’attente joyeuse, où nous apprenons à vivre pleinement en faisant confiance aux promesses de Dieu et en utilisant humblement les moyens qui sont à notre disposition. Celui qui vit dans la foi sait reconnaître, même dans ce qui semble petit et insuffisant, la plénitude de la grâce divine à l’œuvre (cf. 2 Co 12,9).

 

Cependant, la vie comporte aussi des moments où nous nous sentons acculés et isolés—des temps marqués par l’incompréhension, les fausses accusations et les jugements sévères. Ces épreuves peuvent venir de l’extérieur, mais bien souvent elles naissent à l’intérieur, nous plongeant dans la tristesse, la confusion et une profonde fragilité intérieure. Nous appelons ces expériences des « moments obscurs » ou des moments de désolation. C’est précisément dans ces instants, lorsque toute issue semble absente, que la foi vient à notre secours—non pour accuser ou condamner, même pas nous-mêmes, mais pour nous soutenir dans l’espérance. La foi nous aide alors à unir ces moments à la Passion du Christ, dans l’attente, patience et confiance de la résurrection (cf. Rm 8,17–18).

 

La vie de Jean-Baptiste illustre puissamment cette réalité. Aux yeux humains, sa fin paraît brutale et injuste. Mais aux yeux de Dieu, sa mission est pleinement accomplie. Pourtant, Jean—qui avait reconnu Jésus dès le sein de sa mère (cf. Lc 1,41)—se retrouve troublé dans sa prison. Privé de signes visibles, il envoie ses disciples demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11,3).

 

Jésus ne le réprimande pas. Il l’invite à lire les signes de l’action de Dieu : « Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres » (Mt 11,5 ; cf. Is 35,5–6 ; 61,1). Jean, le plus grand parmi les prophètes (cf. Mt 11,11), n’était pas pleinement conscient de sa propre grandeur. Mais Jésus l’assure que le Royaume se réalise bel et bien, pour ceux qui croient.

 

Dimanche dernier, Jean-Baptiste était présenté comme l’étoile montante. Aujourd’hui, ce sont les signes qui lui sont donnés qui deviennent l’étoile. Nous sommes invités à observer le monde—intérieur et extérieur—afin de discerner les transformations déjà opérées par Dieu. Notre propre chemin de vie peut devenir une étoile pour nous-mêmes et pour les autres, car Dieu agit d’abord au cœur de la personne humaine (cf. Lc 17,21).

 

Jean est invité à dépasser ses attentes et à reconnaître la présence de Dieu dans les événements concrets entourant Jésus. Pour la personne de foi, le monde est rempli de signes de la présence divine. Elle reconnaît Dieu dans le soleil levant et Lui fait confiance même dans la nuit obscure. Et lorsque la lumière semble disparaître, elle espère son retour (cf. Ps 30,6 ; Is 60,1).

 

La nature elle-même nous enseigne l’espérance. Les saisons passent, la nuit cède à la lumière, et la vie se renouvelle silencieusement. Lorsque nous demeurons attentifs aux moments ordinaires de l’existence, nous découvrons comment l’œuvre de Dieu s’y déploie (cf. Rm 8,22–23). Les moments d’obscurité nous façonnent intérieurement ; les moments de joie nous rendent capables de donner. En accueillant ces temps obscurs comme des lieux de transformation, nous découvrons que Dieu peut faire jaillir la lumière à travers eux pour les autres—comme ce fut le cas pour sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix, saint François d’Assise, et tant d’autres saints.

 

En ce dimanche, nous sommes invités à entrer profondément dans notre intériorité afin de reconnaître l’œuvre merveilleuse que Dieu accomplit en nous. Comme le rappelle le pape François :  « En ce dimanche, l’Église nous appelle à la joie. C’est pourquoi on l’appelle le dimanche Gaudete. La joie de Noël est une joie sereine et durable qui accompagne le chrétien même dans les moments difficiles. Un vrai chrétien ne perd jamais la paix. »

 

En avançant vers Noël, nous sommes appelés non seulement à attendre cette joie, mais à la vivre dès maintenant—personnellement et spirituellement—afin que les ténèbres bien réelles qui nous éprouvent perdent leur pouvoir et deviennent un passage vers la lumière éternelle du Christ (cf. Jn 1,5).

P. Terry Cmf.

 

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Publié le 6 Décembre 2025

Homélie

 

Cette saison de l’Avent nous invite à marcher sous le signe de l’« Étoile Montante », l’image qui éclaire notre méditation et éveille notre vigilance spirituelle. Nous cherchons cette étoile pour que nos vies soient illuminées durant ce temps sacré. Aujourd’hui, Jean-Baptiste apparaît comme cette étoile, envoyée par Dieu pour nous aider à reconnaître la vraie Lumière, Jésus Christ, déjà présent au milieu de nous (Jn 1,6-9).

Jean ne brille pas de sa propre lumière ; il reflète Celui qui est « la lumière du monde » (Jn 8,12). Son message demeure clair : la conversion, un appel à la repentance, à la préparation intérieure, et à l’ouverture à la grâce du renouveau. Comme le rappelle le Catéchisme de l’Église catholique, « la conversion est un retour à Dieu… une purification du cœur » (CEC 1430-1431).

 


1. La conversion : porte de la rencontre

La conversion annoncée par Jean n’est pas seulement une réforme morale ; elle ouvre à une rencontre personnelle et intime avec le Christ. Saint Augustin nous rappelle : « Celui qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi. »

La conversion transforme aussi notre regard sur les personnes et les événements. C’est un passage de nos anciens schémas à une vision nouvelle, éclairée par Dieu : « Transformez-vous par le renouvellement de votre esprit » (Rm 12,2).

Nous sommes bénis, car nous ne cherchons plus le Messie parmi les puissants. Il est Emmanuel—Dieu-avec-nous—habitant le sanctuaire humble de nos cœurs (Mt 1,23). Le Sauveur est proche, silencieux et fragile comme le Verbe fait chair dans la crèche.

Mais voici le paradoxe de l’Avent : avant que le Christ nous sauve, nous sommes appelés à “sauver” le Sauveur, c’est-à-dire protéger sa présence fragile dans les pauvres, les menacés, les sans-voix—là où le Verbe incarné est en danger sous la pression du monde.

 


2. Une rencontre qui devient mission

La conversion de l’Avent ne se limite pas au passage du péché à la sainteté. Elle nous conduit vers les périphéries, comme le rappelle le pape François (cf. Evangelii Gaudium 20).

C’est le passage de la « table du festin » au « seuil de la compassion », où Lazare attend (Lc 16,19-31) et où le fils aîné aspire à la réconciliation (Lc 15,25-32).
L’un a faim de notre générosité matérielle, l’autre a besoin de notre humanité.

Même si nous possédons peu, nous pouvons offrir une tasse de café ou de thé, ou un temps d’écoute patient et compatissant. Sainte Teresa de Calcutta disait : « La plus grande pauvreté est le manque d’amour. »

Notre humanité est fragile, mais la grâce peut la rendre féconde.

 


3. Nous ne marchons pas seuls

L’Évangile montre que dans notre recherche du Sauveur, nous ne sommes pas seuls. « Toute Jérusalem » se rendait au Jourdain (Mt 3,5). Des communautés spirituelles invisibles aux yeux humains, mais connues de Dieu, marchent silencieusement avec nous.

Si une foule s’est assemblée au Jourdain, c’est parce que quelqu’un—ordinaire, comme vous et moi—avait annoncé qu’une étoile montante se levait : un prophète proclamant le baptême de conversion.

Les portes jubilaire de nos cathédrales sont pour nous des étoiles montantes, nous invitant à passer des ténèbres à la lumière. Et aujourd’hui nous aussi sommes appelés à être une étoile montante pour nos frères et sœurs.

 


4. Intelligence artificielle, synodalité, et discernement de la vraie lumière

À l’heure de l’intelligence artificielle, de l’abondance d’informations et de la synodalité, nous devons discerner la vraie lumière, recevoir une orientation authentique. La conversion, dans l’Évangile, n’est pas la fin : elle est le moyen de rencontrer personnellement le Seigneur.

Jean annonçait que Jésus baptiserait « dans l’Esprit Saint et le feu » (Mt 3,11). Ce feu n’est pas visible extérieurement : c’est l’Esprit brûlant au cœur du croyant.

Mais l’habitude des choses sacrées peut parfois nous aveugler. L’aveugle de Jéricho vit le Christ mieux que ceux qui le suivaient (Lc 18,35-43). Marie-Madeleine prit le Ressuscité pour un jardinier (Jn 20,15).

Même si nous nous trompons de direction, le Seigneur sait nous rejoindre—comme Il rejoignit Saul (Ac 9,1-9), Marie-Madeleine (Jn 20,16), et tant de saints.

 

 

5. Baptisés dans le feu, formés dans l’humilité

« Il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu » (Mt 3,11). Jean confesse humblement son indignité. Saint Grégoire le Grand affirme :
« Nul ne peut prêcher dignement s’il n’a d’abord vécu humblement. »

L’Avent nous invite à préparer ce baptême du feu :
• dans l’humilité,
• dans l’ouverture,
• dans le cœur de Marie,
• à travers les épreuves,
• accompagnés par les saints et les anges dans l’exercice des vertus.

Veillons attentivement l’étoile montante de nos vies,
et devenons à notre tour une lumière montante pour nos frères et sœurs.
Amen.

P. Terry Cmf.

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Publié le 29 Novembre 2025

Méditation

Au commencement d’une nouvelle année liturgique, il est dans mon habitude d’offrir un message qui nous guide à travers la saison—un point de méditation inspiré par l’Évangile du premier dimanche de l’Avent. Cette année, le thème qui habite mon cœur est celui de « la nouvelle étoile montante », un signe d’espérance qui apparaît dans l’Église, en particulier dans l’Église d’Europe. Si le Concile Vatican II fut une ouverture audacieuse des fenêtres de l’Église sur le monde (Gaudium et Spes, 4), nous vivons aujourd’hui quelque chose de tout aussi profond : l’entrée solennelle du Peuple de Dieu dans la vie et la mission de l’Église à travers le chemin synodal.

La synodalité est une redécouverte de la manière de marcher ensemble de l’Église primitive (Ac 2, 42-47). Elle proclame une vérité simple et exigeante : tous les baptisés sont égaux en dignité, bien que différents dans leur mission (Lumen Gentium, 32). La participation de chacun est essentielle pour l’annonce de l’Évangile.

 

1. Lire les signes des temps

L’Évangile de ce dimanche (Mt 24, 32–44) nous présente trois images :
– le figuier qui annonce l’été (24, 32–35),
– les jours de Noé (24, 36–41),
– et le maître de maison qui veille pour que le voleur n’entre pas (24, 42–44).

Ces images nous invitent à la vigilance, au discernement et à l’attention au moment présent. Certains responsables ecclésiaux ont résisté à cette “nouvelle saison”, hésitant devant la prise de décision en commun, animée par l’Esprit. Pourtant, le Synode sur la synodalité est, à bien des égards, un retour à la maison, semblable à celui du fils prodigue (Lc 15, 11–32) : un retour joyeux aux racines de l’Église—écoute, humilité, participation, communion et mission.

Le pape François affirme que la synodalité est « le chemin que Dieu attend de l’Église au troisième millénaire ». Elle nous demande de lire les signes des temps avec un regard contemplatif (Evangelii Gaudium, 51).

De ce renouveau surgit aussi l’option préférentielle pour les pauvres (Evangelii Gaudium, 198) : elle n’est plus seulement un devoir, mais une manière de vivre notre foi, comme l’ont fait les premières communautés (Ac 4, 32–35), affirme notre saint Père dans son première Exhortation Apostolique.

Saint Jean Chrysostome nous rappelle : « Si tu ne trouves pas le Christ dans le pauvre à la porte de l’Église, tu ne le trouveras pas dans le calice. »

 

2. Noé et la voix des humbles

Le récit du déluge révèle deux réalités opposées : Dieu parle à Noé, mais le peuple rejette le message transmis par un simple compagnon. Le Seigneur nous parle souvent à travers des témoins discrets dont la vie rayonne une fidélité radicale à l’Évangile.

Sainte Teresa de Calcutta disait : « Dieu parle dans le silence du cœur, et le cœur écoute à travers les humbles. »

Être vigilant, c’est reconnaître le message divin dans les événements ordinaires et dans la vie de ceux que la société ignore (1 Co 1, 27).

 

3. La vraie vigilance : faire la volonté du Père

La vigilance n’est pas la peur : c’est la recherche joyeuse de la volonté de Dieu, comme Jésus l’a vécue sur la terre (Jn 4, 34). Elle donne une joie profonde et une grande liberté intérieure. Elle nous aide à discerner le voleur qui détruit (Jn 10, 10) et le Pasteur qui sauve.

Le monde numérique et l’intelligence artificielle sont aussi des « signes des temps » : des réalités qui demandent discernement, sagesse et prière.

 

4. Un printemps nouveau dans l’Église

Nous voyons apparaître dans la jeune génération un nouveau printemps. Beaucoup de catéchumènes, de jeunes familles et de convertis frappent à la porte de l’Église. Leur ferveur varie—certains suivent le Christ avec radicalité, d’autres plus modestement—mais les deux révèlent l’œuvre de l’Esprit. Saint Jean-Paul II parlait déjà de ce printemps (Redemptoris Missio, 86), et nous avons la grâce d’en être témoins.

Personnellement, ce renouvellement et mes moments de désolations m’ont conduit à exprimer plus clairement mon identité sacerdotale, en portant plus souvent l’habit clérical. Certains y adhèrent, d’autres moins, mais l’essentiel est de vivre authentiquement devant Dieu.

Aujourd’hui, la soif d’adoration eucharistique, de contemplation, de direction spirituelle et de partage de la Parole ne cesse de croître. Comme la première communauté chrétienne, nous contemplons une nouveauté de l’Esprit.

Quand l’Eucharistie devient le centre de notre vie, elle transforme notre conscience et nous rend collaborateurs du dessein salvifique de Dieu (Jn 6, 57 ; Ecclesia de Eucharistia, 20).

Le figuier, le déluge et le voleur sont aussi les signes de notre temps. Nous devons en discerner le sens personnellement et collectivement.

En ce début de l’Avent, prions le Seigneur pour la grâce d’une vigilance nouvelle—
afin que nous puissions accueillir l’étoile montante de notre époque
et, si Dieu le veut, en devenir nous-mêmes un éclat dans la société.
Amen.

P. Terry Cmf.

 

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