Publié le 24 Décembre 2025

Le Mystère de l’Incarnation : Dieu avec nous

1. Un commencement préparé par Dieu
Aujourd’hui commence un chemin nouveau, une vie nouvelle animée par l’Esprit Saint. Ce moment, que nous avons préparé par l’attente et la veille, a été préparé par Dieu lui-même depuis le premier jour de la création. Dès l’origine, Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance (Gn 1,26), lui confiant la liberté — une liberté capable d’aimer, mais aussi de pécher.
C’est précisément dans cette condition humaine blessée que Dieu a choisi de naître, assumant notre fragilité pour libérer l’humanité déchue. Comme le dira saint Paul : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20).

2. Le Verbe s’est fait chair
Le prologue de saint Jean exprime cette vérité avec une force unique :
« Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous » (Jn 1,14).
Dieu ne s’est pas contenté de créer le monde ; il est entré dans l’histoire. À travers les prophètes, les rois, les juges et les saints, il s’est révélé progressivement. Mais aujourd’hui, il se révèle pleinement en devenant homme. Comme l’enseigne le Concile Vatican II :
« Le Fils de Dieu, par son incarnation, s’est en quelque sorte uni à tout homme » (Gaudium et Spes, 22).

3. Noël : la célébration de l’humanité réconciliée
Noël est bien plus qu’une fête de naissance : c’est la célébration de l’humanité elle-même, appelée à devenir demeure de Dieu. L’Esprit Saint rend l’homme capable d’accueillir la plénitude divine en lui.
Saint Athanase résumait ce mystère par ces mots célèbres :
« Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » — non par nature, mais par participation.
L’Incarnation est le don total de Dieu à l’humanité, et à travers l’humanité, Dieu se donne à lui-même une création renouvelée.

4. Témoins et porteurs de la Lumière
Ainsi, nous ne sommes pas seulement témoins de la Lumière, mais appelés à devenir lumière pour le monde (Mt 5,14). À l’image de Jean-Baptiste, nous préparons le chemin du Seigneur par nos paroles et nos actes, afin que d’autres puissent le rencontrer.

5. Accueillir et vivre le don de l’Incarnation
Puisque l’Incarnation est un don purement gratuit, nous sommes invités à en découvrir la « fonctionnalité », à en vivre toutes les dimensions. Comme un don précieux, elle demande d’être comprise pour être pleinement vécue.

a) La proximité divine
Dieu ne s’est pas seulement approché de l’homme ; il est devenu homme. Il a habité notre condition humaine afin de nous rendre capables de participer à sa vie divine (2 P 1,4).

b) La rencontre divine permanente
Notre fragilité appelle une purification constante. Par les sacrements, en particulier la réconciliation, nous rencontrons non seulement la miséricorde de Dieu, mais Dieu lui-même (Jn 20,22-23).

c) Le ciel sur la terre
Là où le Roi demeure, le Royaume est déjà présent. Par l’Incarnation, le ciel commence sur la terre. Comme le disait sainte Thérèse d’Avila : « Dieu seul suffit. »

d) Connaître Dieu et entrer en communion humaine
L’Incarnation nous permet de connaître Dieu à travers nos propres émotions, nos relations, notre humanité partagée. Elle fonde une communion authentique entre frères et sœurs.

e) La nouvelle création
En entrant en communion les uns avec les autres, guidés par l’Esprit, la création entière est renouvelée (2 Co 5,17). L’Incarnation inaugure ce monde nouveau.

Conclusion
Prions le Seigneur pour que ce mystère de l’Incarnation soit pleinement accueilli par l’humanité. Qu’il porte des fruits de paix, de joie et de communion, et qu’il nous conduise au cœur de la vie trinitaire, promise à ceux qui croient.
Amen.
P. Terry Cmf.

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Publié le 21 Décembre 2025

 

 

À mesure que nous nous rapprochons du moment où nous contemplerons l’expérience de « l’Étoile montante », nous découvrons que ce déploiement divin commence sur une note dissonante. Il débute dans la suspicion, la rumeur et le jugement — des voix du village et même de l’entourage de Marie — mettant en cause son honneur et sa dignité (cf. Mt 1,18-19). Pourtant, ce commencement douloureux trouve son accomplissement dans la réponse silencieuse, courageuse et croyante de Joseph, qui choisit d’agir non selon les critères humains, mais dans l’obéissance à la plénitude de la volonté divine. Dieu veut — et Joseph accomplit dans le silence.

 

La véritable justice, telle qu’elle se révèle en Joseph, ne se limite pas à une rectitude morale ou à une action extérieure. Elle consiste à assumer la responsabilité de l’autre, à porter le poids de sa vie et de son avenir (cf. Ga 6,2). Joseph accepte de devenir père pour l’Enfant saint, sans en être le père biologique — un acte d’amour profondément dépouillé. Comme l’enseigne saint Jean-Paul II dans Redemptoris Custos, la paternité de Joseph s’exprime dans le fait qu’il a fait de sa vie « un service et un sacrifice au mystère de l’Incarnation » (RC, 8).

 

L’Évangile d’hier se concluait par ces mots : « Alors l’ange la quitta » (Lc 1,38). Aujourd’hui, cet ange réapparaît — cette fois dans la maison de Joseph, à travers un songe (Mt 1,20). Ce déplacement nous révèle une vérité essentielle pour notre propre chemin spirituel : il arrive que nous devions laisser l’ange se retirer, afin que la volonté de Dieu s’accomplisse désormais par notre obéissance et notre discernement. Le silence de Dieu n’est jamais un abandon ; il est souvent une manière de nous protéger et de nous façonner.

 

Dans le grand mystère de l’Incarnation, Dieu agit différemment selon les personnes. Avec Marie, Il choisit l’intimité — la maison, le silence intérieur — transformant un lieu ordinaire en espace sacré (cf. Lc 1,26-38). Avec Zacharie, Dieu se manifeste dans le Temple, au Saint des saints, pour rassurer un homme juste mais hésitant (cf. Lc 1,8-20). Avec Joseph, Dieu choisit le langage des songes — fragiles, nocturnes, souvent incompris, mais profondément révélateurs (cf. Mt 1,20 ; 2,13.19).

 

Malgré ces différences, un élément commun demeure : Dieu choisit toujours un lieu où la personne se sent chez elle, en sécurité, et c’est là qu’Il l’appelle à accomplir quelque chose d’extraordinaire — chose impossible sans la grâce de l’Esprit Saint (cf. Lc 1,35). L’Esprit agit dans le silence, sans paroles, mais avec puissance, soutenant les souffrances et les blessures de ces personnes élues, tout en laissant les anges accomplir leur mission. Comme le rappelle le pape François, « le style de Dieu est la proximité, la compassion et la tendresse » (Evangelii Gaudium, 88).

 

Aujourd’hui encore, nous sommes appelés à devenir des « anges » pour notre temps — des messagers de la présence de Dieu — en demeurant profondément unis à Lui et en annonçant la Bonne Nouvelle aux communautés blessées. Avec Marie et Joseph, nous sommes invités à donner à l’Enfant le nom choisi par Dieu : Jésus, Emmanuel — Dieu avec nous (cf. Mt 1,21-23).

 

Si ces événements peuvent nous sembler ordinaires aujourd’hui, ils ne l’étaient absolument pas pour ceux qui les ont vécus. Ils exigeaient humiliation, vulnérabilité et exposition sociale — des dimensions que nous oublions souvent lorsque nous célébrons la gloire et la joie de Noël. Marie, mère non mariée, porte le poids de la suspicion et du déshonneur, sans autre défense visible que la fidélité d’un seul homme. Joseph accepte la honte publique en l’accueillant chez lui et en choisissant d’être père d’un enfant qui n’est pas le sien. Quel acte extraordinaire d’amour et de courage !

 

Élisabeth, elle aussi — âgée — traverse la peur, la souffrance et l’exposition sociale d’une grossesse dans une société rigide et traditionnelle (cf. Lc 1,24-25). Ces détails ne sont pas secondaires : ils constituent le lieu même où les promesses de Dieu s’accomplissent. Comme le rappelle saint Paul : « Dieu a choisi ce qui est faible dans le monde pour confondre les forts » (1 Co 1,27).

 

Par l’obéissance et la fidélité de Marie, Joseph, Zacharie et Élisabeth, les Écritures s’accomplissent : la Loi et les Prophètes trouvent leur pleine réalisation (cf. Mt 1,22 ; Lc 1,70). Sans leur capacité à porter la honte et l’incompréhension dans le silence, l’Incarnation n’aurait jamais vu le jour. C’est ici que se situe notre appel aujourd’hui : devenir l’« Étoile montante » pour les autres, en particulier pour ceux qui vivent dans l’humiliation et la souffrance silencieuse.

 

Alors que nous nous préparons à célébrer la joie de Noël, soyons attentifs aux mouvements profonds et cachés de Dieu dans notre propre vie. Beaucoup de ce que Dieu accomplit se joue en nous, au-delà de notre compréhension — comme ce fut le cas pour Marie dans l’Immaculée Conception, l’Annonciation et la Visitation. L’Esprit Saint était à l’œuvre, même lorsque Marie ne percevait pas pleinement comment Dieu agissait en elle.

 

Quelle grâce pour Marie d’avoir Joseph à ses côtés — présent à la fois dans la contemplation et dans l’action. Et quel appel pour chacun de nous : nous laisser former dans le cœur maternel de Marie afin de devenir, à notre tour, des Joseph pour le Seigneur — appelés, consacrés et envoyés dans le monde comme des « étoiles brillantes » pour nos frères et sœurs (cf. Ph 2,15). Amen.

P. Terry Cmf.

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Publié le 13 Décembre 2025

Homélie — Gaudete : Une joie façonnée par l’espérance

La beauté de la vie chrétienne se cache souvent dans ces moments d’attente joyeuse, où nous apprenons à vivre pleinement en faisant confiance aux promesses de Dieu et en utilisant humblement les moyens qui sont à notre disposition. Celui qui vit dans la foi sait reconnaître, même dans ce qui semble petit et insuffisant, la plénitude de la grâce divine à l’œuvre (cf. 2 Co 12,9).

 

Cependant, la vie comporte aussi des moments où nous nous sentons acculés et isolés—des temps marqués par l’incompréhension, les fausses accusations et les jugements sévères. Ces épreuves peuvent venir de l’extérieur, mais bien souvent elles naissent à l’intérieur, nous plongeant dans la tristesse, la confusion et une profonde fragilité intérieure. Nous appelons ces expériences des « moments obscurs » ou des moments de désolation. C’est précisément dans ces instants, lorsque toute issue semble absente, que la foi vient à notre secours—non pour accuser ou condamner, même pas nous-mêmes, mais pour nous soutenir dans l’espérance. La foi nous aide alors à unir ces moments à la Passion du Christ, dans l’attente, patience et confiance de la résurrection (cf. Rm 8,17–18).

 

La vie de Jean-Baptiste illustre puissamment cette réalité. Aux yeux humains, sa fin paraît brutale et injuste. Mais aux yeux de Dieu, sa mission est pleinement accomplie. Pourtant, Jean—qui avait reconnu Jésus dès le sein de sa mère (cf. Lc 1,41)—se retrouve troublé dans sa prison. Privé de signes visibles, il envoie ses disciples demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11,3).

 

Jésus ne le réprimande pas. Il l’invite à lire les signes de l’action de Dieu : « Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres » (Mt 11,5 ; cf. Is 35,5–6 ; 61,1). Jean, le plus grand parmi les prophètes (cf. Mt 11,11), n’était pas pleinement conscient de sa propre grandeur. Mais Jésus l’assure que le Royaume se réalise bel et bien, pour ceux qui croient.

 

Dimanche dernier, Jean-Baptiste était présenté comme l’étoile montante. Aujourd’hui, ce sont les signes qui lui sont donnés qui deviennent l’étoile. Nous sommes invités à observer le monde—intérieur et extérieur—afin de discerner les transformations déjà opérées par Dieu. Notre propre chemin de vie peut devenir une étoile pour nous-mêmes et pour les autres, car Dieu agit d’abord au cœur de la personne humaine (cf. Lc 17,21).

 

Jean est invité à dépasser ses attentes et à reconnaître la présence de Dieu dans les événements concrets entourant Jésus. Pour la personne de foi, le monde est rempli de signes de la présence divine. Elle reconnaît Dieu dans le soleil levant et Lui fait confiance même dans la nuit obscure. Et lorsque la lumière semble disparaître, elle espère son retour (cf. Ps 30,6 ; Is 60,1).

 

La nature elle-même nous enseigne l’espérance. Les saisons passent, la nuit cède à la lumière, et la vie se renouvelle silencieusement. Lorsque nous demeurons attentifs aux moments ordinaires de l’existence, nous découvrons comment l’œuvre de Dieu s’y déploie (cf. Rm 8,22–23). Les moments d’obscurité nous façonnent intérieurement ; les moments de joie nous rendent capables de donner. En accueillant ces temps obscurs comme des lieux de transformation, nous découvrons que Dieu peut faire jaillir la lumière à travers eux pour les autres—comme ce fut le cas pour sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix, saint François d’Assise, et tant d’autres saints.

 

En ce dimanche, nous sommes invités à entrer profondément dans notre intériorité afin de reconnaître l’œuvre merveilleuse que Dieu accomplit en nous. Comme le rappelle le pape François« En ce dimanche, l’Église nous appelle à la joie. C’est pourquoi on l’appelle le dimanche Gaudete. La joie de Noël est une joie sereine et durable qui accompagne le chrétien même dans les moments difficiles. Un vrai chrétien ne perd jamais la paix. »

 

En avançant vers Noël, nous sommes appelés non seulement à attendre cette joie, mais à la vivre dès maintenant—personnellement et spirituellement—afin que les ténèbres bien réelles qui nous éprouvent perdent leur pouvoir et deviennent un passage vers la lumière éternelle du Christ (cf. Jn 1,5).

P. Terry Cmf.

 

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Publié le 6 Décembre 2025

Homélie

 

Cette saison de l’Avent nous invite à marcher sous le signe de l’« Étoile Montante », l’image qui éclaire notre méditation et éveille notre vigilance spirituelle. Nous cherchons cette étoile pour que nos vies soient illuminées durant ce temps sacré. Aujourd’hui, Jean-Baptiste apparaît comme cette étoile, envoyée par Dieu pour nous aider à reconnaître la vraie Lumière, Jésus Christ, déjà présent au milieu de nous (Jn 1,6-9).

Jean ne brille pas de sa propre lumière ; il reflète Celui qui est « la lumière du monde » (Jn 8,12). Son message demeure clair : la conversion, un appel à la repentance, à la préparation intérieure, et à l’ouverture à la grâce du renouveau. Comme le rappelle le Catéchisme de l’Église catholique, « la conversion est un retour à Dieu… une purification du cœur » (CEC 1430-1431).

 


1. La conversion : porte de la rencontre

La conversion annoncée par Jean n’est pas seulement une réforme morale ; elle ouvre à une rencontre personnelle et intime avec le Christ. Saint Augustin nous rappelle : « Celui qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi. »

La conversion transforme aussi notre regard sur les personnes et les événements. C’est un passage de nos anciens schémas à une vision nouvelle, éclairée par Dieu : « Transformez-vous par le renouvellement de votre esprit » (Rm 12,2).

Nous sommes bénis, car nous ne cherchons plus le Messie parmi les puissants. Il est Emmanuel—Dieu-avec-nous—habitant le sanctuaire humble de nos cœurs (Mt 1,23). Le Sauveur est proche, silencieux et fragile comme le Verbe fait chair dans la crèche.

Mais voici le paradoxe de l’Avent : avant que le Christ nous sauve, nous sommes appelés à “sauver” le Sauveur, c’est-à-dire protéger sa présence fragile dans les pauvres, les menacés, les sans-voix—là où le Verbe incarné est en danger sous la pression du monde.

 


2. Une rencontre qui devient mission

La conversion de l’Avent ne se limite pas au passage du péché à la sainteté. Elle nous conduit vers les périphéries, comme le rappelle le pape François (cf. Evangelii Gaudium 20).

C’est le passage de la « table du festin » au « seuil de la compassion », où Lazare attend (Lc 16,19-31) et où le fils aîné aspire à la réconciliation (Lc 15,25-32).
L’un a faim de notre générosité matérielle, l’autre a besoin de notre humanité.

Même si nous possédons peu, nous pouvons offrir une tasse de café ou de thé, ou un temps d’écoute patient et compatissant. Sainte Teresa de Calcutta disait : « La plus grande pauvreté est le manque d’amour. »

Notre humanité est fragile, mais la grâce peut la rendre féconde.

 


3. Nous ne marchons pas seuls

L’Évangile montre que dans notre recherche du Sauveur, nous ne sommes pas seuls. « Toute Jérusalem » se rendait au Jourdain (Mt 3,5). Des communautés spirituelles invisibles aux yeux humains, mais connues de Dieu, marchent silencieusement avec nous.

Si une foule s’est assemblée au Jourdain, c’est parce que quelqu’un—ordinaire, comme vous et moi—avait annoncé qu’une étoile montante se levait : un prophète proclamant le baptême de conversion.

Les portes jubilaire de nos cathédrales sont pour nous des étoiles montantes, nous invitant à passer des ténèbres à la lumière. Et aujourd’hui nous aussi sommes appelés à être une étoile montante pour nos frères et sœurs.

 


4. Intelligence artificielle, synodalité, et discernement de la vraie lumière

À l’heure de l’intelligence artificielle, de l’abondance d’informations et de la synodalité, nous devons discerner la vraie lumière, recevoir une orientation authentique. La conversion, dans l’Évangile, n’est pas la fin : elle est le moyen de rencontrer personnellement le Seigneur.

Jean annonçait que Jésus baptiserait « dans l’Esprit Saint et le feu » (Mt 3,11). Ce feu n’est pas visible extérieurement : c’est l’Esprit brûlant au cœur du croyant.

Mais l’habitude des choses sacrées peut parfois nous aveugler. L’aveugle de Jéricho vit le Christ mieux que ceux qui le suivaient (Lc 18,35-43). Marie-Madeleine prit le Ressuscité pour un jardinier (Jn 20,15).

Même si nous nous trompons de direction, le Seigneur sait nous rejoindre—comme Il rejoignit Saul (Ac 9,1-9), Marie-Madeleine (Jn 20,16), et tant de saints.

 

 

5. Baptisés dans le feu, formés dans l’humilité

« Il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu » (Mt 3,11). Jean confesse humblement son indignité. Saint Grégoire le Grand affirme :
« Nul ne peut prêcher dignement s’il n’a d’abord vécu humblement. »

L’Avent nous invite à préparer ce baptême du feu :
• dans l’humilité,
• dans l’ouverture,
• dans le cœur de Marie,
• à travers les épreuves,
• accompagnés par les saints et les anges dans l’exercice des vertus.

Veillons attentivement l’étoile montante de nos vies,
et devenons à notre tour une lumière montante pour nos frères et sœurs.
Amen.

P. Terry Cmf.

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Publié le 29 Novembre 2025

Méditation

Au commencement d’une nouvelle année liturgique, il est dans mon habitude d’offrir un message qui nous guide à travers la saison—un point de méditation inspiré par l’Évangile du premier dimanche de l’Avent. Cette année, le thème qui habite mon cœur est celui de « la nouvelle étoile montante », un signe d’espérance qui apparaît dans l’Église, en particulier dans l’Église d’Europe. Si le Concile Vatican II fut une ouverture audacieuse des fenêtres de l’Église sur le monde (Gaudium et Spes, 4), nous vivons aujourd’hui quelque chose de tout aussi profond : l’entrée solennelle du Peuple de Dieu dans la vie et la mission de l’Église à travers le chemin synodal.

La synodalité est une redécouverte de la manière de marcher ensemble de l’Église primitive (Ac 2, 42-47). Elle proclame une vérité simple et exigeante : tous les baptisés sont égaux en dignité, bien que différents dans leur mission (Lumen Gentium, 32). La participation de chacun est essentielle pour l’annonce de l’Évangile.

 

1. Lire les signes des temps

L’Évangile de ce dimanche (Mt 24, 32–44) nous présente trois images :
– le figuier qui annonce l’été (24, 32–35),
– les jours de Noé (24, 36–41),
– et le maître de maison qui veille pour que le voleur n’entre pas (24, 42–44).

Ces images nous invitent à la vigilance, au discernement et à l’attention au moment présent. Certains responsables ecclésiaux ont résisté à cette “nouvelle saison”, hésitant devant la prise de décision en commun, animée par l’Esprit. Pourtant, le Synode sur la synodalité est, à bien des égards, un retour à la maison, semblable à celui du fils prodigue (Lc 15, 11–32) : un retour joyeux aux racines de l’Église—écoute, humilité, participation, communion et mission.

Le pape François affirme que la synodalité est « le chemin que Dieu attend de l’Église au troisième millénaire ». Elle nous demande de lire les signes des temps avec un regard contemplatif (Evangelii Gaudium, 51).

De ce renouveau surgit aussi l’option préférentielle pour les pauvres (Evangelii Gaudium, 198) : elle n’est plus seulement un devoir, mais une manière de vivre notre foi, comme l’ont fait les premières communautés (Ac 4, 32–35), affirme notre saint Père dans son première Exhortation Apostolique.

Saint Jean Chrysostome nous rappelle : « Si tu ne trouves pas le Christ dans le pauvre à la porte de l’Église, tu ne le trouveras pas dans le calice. »

 

2. Noé et la voix des humbles

Le récit du déluge révèle deux réalités opposées : Dieu parle à Noé, mais le peuple rejette le message transmis par un simple compagnon. Le Seigneur nous parle souvent à travers des témoins discrets dont la vie rayonne une fidélité radicale à l’Évangile.

Sainte Teresa de Calcutta disait : « Dieu parle dans le silence du cœur, et le cœur écoute à travers les humbles. »

Être vigilant, c’est reconnaître le message divin dans les événements ordinaires et dans la vie de ceux que la société ignore (1 Co 1, 27).

 

3. La vraie vigilance : faire la volonté du Père

La vigilance n’est pas la peur : c’est la recherche joyeuse de la volonté de Dieu, comme Jésus l’a vécue sur la terre (Jn 4, 34). Elle donne une joie profonde et une grande liberté intérieure. Elle nous aide à discerner le voleur qui détruit (Jn 10, 10) et le Pasteur qui sauve.

Le monde numérique et l’intelligence artificielle sont aussi des « signes des temps » : des réalités qui demandent discernement, sagesse et prière.

 

4. Un printemps nouveau dans l’Église

Nous voyons apparaître dans la jeune génération un nouveau printemps. Beaucoup de catéchumènes, de jeunes familles et de convertis frappent à la porte de l’Église. Leur ferveur varie—certains suivent le Christ avec radicalité, d’autres plus modestement—mais les deux révèlent l’œuvre de l’Esprit. Saint Jean-Paul II parlait déjà de ce printemps (Redemptoris Missio, 86), et nous avons la grâce d’en être témoins.

Personnellement, ce renouvellement et mes moments de désolations m’ont conduit à exprimer plus clairement mon identité sacerdotale, en portant plus souvent l’habit clérical. Certains y adhèrent, d’autres moins, mais l’essentiel est de vivre authentiquement devant Dieu.

Aujourd’hui, la soif d’adoration eucharistique, de contemplation, de direction spirituelle et de partage de la Parole ne cesse de croître. Comme la première communauté chrétienne, nous contemplons une nouveauté de l’Esprit.

Quand l’Eucharistie devient le centre de notre vie, elle transforme notre conscience et nous rend collaborateurs du dessein salvifique de Dieu (Jn 6, 57 ; Ecclesia de Eucharistia, 20).

Le figuier, le déluge et le voleur sont aussi les signes de notre temps. Nous devons en discerner le sens personnellement et collectivement.

En ce début de l’Avent, prions le Seigneur pour la grâce d’une vigilance nouvelle—
afin que nous puissions accueillir l’étoile montante de notre époque
et, si Dieu le veut, en devenir nous-mêmes un éclat dans la société.
Amen.

P. Terry Cmf.

 

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Publié le 22 Novembre 2025

Homélie

 

 

Préambule

La royauté du Christ renverse toutes nos attentes humaines. En ce jour, l’Église ne nous montre pas un roi assis sur un trône, mais le Fils unique, élevé sur la Croix, abandonné, souffrant, injustement condamné. C’est pourtant de là qu’Il offre le pardon et la liberté à tout cœur qui cherche la miséricorde. La Croix devient ainsi le lieu où se révèle la véritable royauté de Dieu.

 

Le Roi

Le titre de « Roi » fut donné à Jésus par un peuple qui attendait un libérateur puissant, un nouveau David. Mais Jésus refuse cette royauté terrestre. Il ne s’inscrit pas dans la logique humaine de pouvoir, mais accomplit l’Alliance de Dieu en révélant une royauté fondée sur l’amour, la vérité et la communion.
Il inaugure une royauté qui élève l’humanité vers son origine : être l’image de Dieu et trouver sa plénitude dans l’amour.

Beaucoup ont mal compris cette mission, cherchant un roi politique plutôt qu’un Sauveur qui délivre du péché. La première servitude que Jésus vient briser est celle du cœur, celle du mal qui éloigne l’homme de Dieu.

 

« Si tu es Roi… ! »

Cette parole des adversaires rappelle la tentation : « Si tu es Fils de Dieu… ». Jésus ne prouve jamais son identité par des gestes de puissance. Sa royauté consiste à accomplir la volonté du Père, dans l’humilité et la miséricorde.
Entrer dans son Royaume, c’est accueillir ce style divin : servir, aimer, pardonner. La logique du Royaume ne commence pas par des signes éclatants, mais par un cœur qui choisit Dieu et son dessein.

 

« Souviens-toi de moi »

À côté de Jésus, un homme marqué par son propre péché découvre soudain la vérité : ce Roi crucifié est sa dernière espérance. Son cri — « Souviens-toi de moi » — devient un retour à la maison, semblable au fils prodigue.
La miséricorde royale de Jésus ouvre la porte du Royaume à celui qui s’abandonne en confiance. Nous aussi, nous découvrons que notre place dans ce Royaume n’est pas un droit mais un don, une grâce offerte à ceux qui reviennent vers le Père.

 

Aujourd’hui

« Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23,43).
Cet aujourd’hui n’efface pas la souffrance mais la transfigure. Il devient le jour de la miséricorde, de la réconciliation (2 Co 6,2), de la rencontre avec le Dieu vivant.
Pour le monde, la Croix est folie (1 Co 1,23) ; pour les croyants, elle est le chemin vers la vraie liberté et la filiation divine (Rm 8,14-17).
Le Royaume de Dieu, c’est le Christ crucifié, qui nous fait participer à sa vie de Fils.

 


Conclusion

En célébrant le Christ Roi, demandons la grâce de rester près du Roi crucifié, d’aimer comme Lui, et de laisser son Royaume grandir en nous.
Que sa miséricorde transforme nos croix quotidiennes et fasse de nous des témoins de son amour.
Amen.

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Publié le 15 Novembre 2025

HOMELIE

 

L’Évangile de ce dimanche nous place devant trois réalités qui marquent toutes les époques de l’Église : la fragilité du Temple, les signes qui secouent le monde, et l’expérience des persécutions qui, paradoxalement, deviennent un lieu de grâce. Mais au cœur de ces réalités se tient une promesse, simple et solide : le Christ demeure avec son peuple, et il lui donne l’Esprit qui rend possible la fidélité et la persévérance (cf. Lc 21,15.19). En ce jour, nous sommes invités à laisser cet Esprit nous animer et à demeurer profondément attachés au Christ, notre unique fondation.

 

Temple
Lorsque Jésus demande à ses disciples de contempler le Temple, ils restent émerveillés par sa beauté. Pourtant, le Seigneur leur révèle que même cet édifice sacré, fierté d’Israël, tombera un jour. Ses paroles prolongent celles des prophètes, qui rappelaient que Dieu n’habite pas dans des pierres, mais dans le cœur qui écoute et qui se convertit (cf. Jr 7,1-7). Notre temps connaît la même tension. À travers le monde, de magnifiques cathédrales, basiliques et sanctuaires témoignent de la foi des générations passées. Et pourtant, dans de nombreux pays, ces églises demeurent presque vides. Les pierres subsistent, mais la foule s’est dispersée. Quelque chose s’est brisé entre la foi célébrée et la foi vécue.

Mais lorsque nous entrons dans la vie réelle des gens — en visitant les personnes âgées, en écoutant les familles, en rencontrant ceux qui souffrent — nous découvrons que leur foi n’est pas morte. Elle est plus dépouillée, parfois blessée, mais souvent plus authentique que toutes les structures qui l’entourent. Oui, l’Église de jadis se défait, mais l’Église du Dieu vivant demeure. Comme le disait Benoît XVI, « La foi chrétienne ne commence pas par une idée, mais par une rencontre avec une Personne ». Ce n’est pas l’institution, ni la puissance, ni le prestige qui tiennent aujourd’hui la communauté chrétienne debout. C’est le Christ vivant, présent dans l’Eucharistie et dans le cœur des fidèles qui marchent avec Lui. Les pierres tombent, mais la foi reste, parce que Jésus reste.

 

Signe
Les disciples demandent alors : « Maître, quand cela arrivera-t-il ? » (Lc 21,7). Nos contemporains posent la même question, souvent avec une pointe d’ironie : Que reste-t-il de l’Église ? Où Dieu se cache-t-il ? Les signes qui nous entourent sont troublants : catastrophes naturelles, volatilité politique, sociétés fragmentées par la peur, institutions défaillantes, scandales qui blessent le cœur de l’Église. Rien de tout cela n’est étranger à la Bible. Les psaumes crient : « Jusqu’à quand, Seigneur ? » (Ps 13,2), et les prophètes s’interrogent devant l’apparente victoire du mal (cf. Ha 1,13). Le Catéchisme nous enseigne que l’Église, avant le renouveau, traverse souvent l’épreuve et la purification (CEC 675). Et saint Paul rappelle que la création tout entière gémit dans les douleurs de l’enfantement (Rm 8,22).

 

Espérance

Dans ces signes, Dieu ne demeure pourtant pas silencieux. Même lorsque les institutions chancellent, l’Esprit travaille dans les cœurs humbles, dans les petites communautés fidèles, dans les gestes silencieux qui maintiennent le monde debout. Les persécutions et les oppositions ne sont pas des preuves de l’absence de Dieu, mais souvent de son étonnante proximité. Jésus annonce à ses disciples que, lorsque tout semblera s’écrouler, c’est Lui qui leur donnera la sagesse nécessaire (cf. Lc 21,15). Les saints ont compris cette vérité. Saint Ignace d’Antioche affirmait : « Plus je suis proche du glaive, plus je suis proche de Dieu », non par goût de la souffrance, mais parce qu’il savait que la présence du Christ devient plus intense lorsque les appuis humains disparaissent.

C’est pourquoi Jésus insiste sur la persévérance. La persévérance n’est pas une simple ténacité humaine ; elle est un fruit de l’Esprit (Ga 5,22). C’est cette force intérieure qui permit à Noé et à Loth de rester fidèles lorsque le monde autour d’eux avait oublié Dieu. C’est le même Esprit qui inspira la confiance silencieuse de Marie, l’obéissance humble de Joseph, la fidélité des prophètes, et le courage des apôtres. Persévérer, c’est demeurer enracinés dans la certitude que Dieu n’abandonne jamais son peuple. « C’est par votre persévérance que vous sauverez votre vie » (Lc 21,19). Ce n’est pas un avertissement, mais une promesse : Dieu soutient celui qui s’abandonne à Lui.

Le monde d’aujourd’hui a soif de témoins qui deviennent des signes d’espérance — non par le pouvoir, mais par une vie transparente enracinée en Dieu. Saint François d’Assise disait : « Annonce l’Évangile en tout temps ; si nécessaire, utilise des mots. » Notre monde reconnaît l’authenticité lorsqu’il la voit. C’est par notre manière de traiter les pauvres, d’accueillir l’étranger, de protéger les faibles, de pardonner et de nous réconcilier que nous révélons le visage du Père. Le pape François, dans Gaudete et Exsultate, parle de cette « sainteté de la porte d’à côté », faite de fidélités quotidiennes, de gestes simples, de miséricordes discrètes, mais profondément fécondes.

 

Moyen
Alors, comment vivre tout cela dans un monde qui chancelle ? Nous ne le pouvons qu’en vivant de l’Esprit — le même Esprit qui animait l’humanité de Jésus, et que nous avons reçu au baptême. Saint Paul assure que « l’Esprit vient au secours de notre faiblesse » (Rm 8,26). Si nous marchons sous la conduite de l’Esprit, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu (Rm 8,39). Même lorsque nous ne sentons pas sa présence, nous continuons de marcher avec le Christ sur son chemin, convaincus que la fidélité de Dieu ne faillira jamais. L’histoire du salut, d’Abraham à Moïse, de David aux prophètes, de Marie aux apôtres et aux saints, n’est qu’une longue histoire de promesses tenues.

Voilà sur quoi le chrétien édifie sa vie. Non sur les pierres — elles tombent. Non sur les institutions — elles se transforment. Non sur les signes — ils peuvent égarer. Mais sur la fidélité d’un Dieu qui demeure le même hier, aujourd’hui et pour les siècles (He 13,8). Et ainsi, avec saint Paul, nous pouvons proclamer avec une joie paisible : « Rien ne pourra nous séparer de l’amour du Père. »
Amen.
P. Terry Cmf.

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Publié le 9 Novembre 2025

(Jn 2, 13–22)
Homélie – Père Terry CMF

Aujourd’hui, nous célébrons la fête de la Dédicace de la Basilique du Latran, Mère et Tête de toutes les Églises de la Ville et du Monde. Ce n’est pas seulement une commémoration architecturale, mais une célébration spirituelle qui nous rappelle que le véritable Temple de Dieu n’est pas fait de pierres, mais de cœurs vivants — le peuple de Dieu en qui le Christ habite (cf. 1 P 2,5). Cette basilique, dédiée au Christ Sauveur, se dresse comme un signe visible de l’unité de l’Église : une seule foi, un seul baptême, un seul Corps, bâti sur le fondement des apôtres, avec le Christ comme pierre angulaire (cf. Ep 2,20).

 

Tout lieu de prière où le Nom de Dieu est invoqué devient saint, non seulement parce que le Nom du Seigneur y est prononcé, mais parce que Dieu Lui-même choisit d’y demeurer parmi son peuple (cf. Ex 29,45). C’est dans cette communion vivante que se révèle le but de tout temple : devenir l’école de la présence de Dieu, là où l’on apprend à demeurer dans son amour et à étendre cette présence dans le monde. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15,12) devient non plus un commandement, mais le rythme même du cœur de l’Église.

 

Dans l’Évangile du jour, saint Jean situe la purification du Temple dans deux grands mouvements du salut : la Pâque et la montée vers la montagne sainte. Cette Pâque doit se vivre intérieurement dans le cœur de chaque baptisé — un passage spirituel de l’esclavage du péché à la liberté de la vie en Dieu. Sans ce passage intérieur, notre adoration extérieure reste vide. Jésus nous rappelle que le véritable temple est le cœur de l’homme, et que sa sanctification précède tout rite. « L’amour de ta maison fera mon tourment » (Jn 2,17) devient, pour chaque disciple, le feu dévorant qui purifie le sanctuaire intérieur où Dieu veut habiter.

 

L’eau qui jaillit du Temple, dans la vision d’Ézéchiel (Ez 47,1–12), symbolise la vie de grâce qui doit couler du cœur de chaque croyant. Partout où cette eau passe, elle apporte guérison, joie et fécondité : ses fruits nourrissent, ses feuilles guérissent, son courant réconcilie. Dans ce même fleuve, Naaman fut purifié (2 R 5,14), et dans ces eaux, le Christ fut baptisé, sanctifiant toute la création. C’est cette eau vive qui continue d’étancher la soif de l’humanité, avide de demeurer en la présence de Dieu.

 

Par notre baptême et notre mission, ce fleuve de vie doit traverser les déserts de notre société, irriguer les lieux de souffrance, de solitude et de péché. Comme le rappelle Mater Populi Fidelis, Marie, Mère des fidèles, nous introduit dans ce courant de grâce ; elle forme en nous le Christ, afin que notre vie devienne signe transparent de la miséricorde divine. Par son intercession maternelle, nous apprenons à transformer les « eaux troubles » de notre fragilité humaine en sources de réconciliation et de paix.

 

Lorsque nous vivons ainsi — comme des temples de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 6,19), portant la présence de Dieu dans le monde — nos maisons et nos communautés deviennent des basiliques vivantes : des lieux de rencontre, de pardon et de grâce visible. Comme le disait sainte Catherine de Sienne : « Devenez ce que Dieu veut que vous soyez, et vous mettrez le feu au monde. »

 

En cette fête, l’Église nous invite non seulement à honorer un édifice sacré, mais à redécouvrir en nous-mêmes la demeure du Dieu vivant. Que l’eau de la grâce divine continue de jaillir de nos cœurs, pour purifier, guérir et vivifier tous ceux que nous rencontrons, afin que chaque recoin du monde devienne un lieu d’adoration véritable — et nos vies, un temple vivant de la gloire de Dieu.
Amen.

 

P. Terry Cmf.

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Publié le 1 Novembre 2025

Homélie du Jour des Défunts

 

Aujourd’hui, nous commémorons toutes les âmes des fidèles défunts et nous prions pour elles, en particulier pour celles qui n’ont personne pour intercéder en leur faveur. L’Église, Mère pleine de tendresse, se souvient de tous ses enfants endormis dans la paix du Christ (cf. Prière eucharistique I). Je ressens une gratitude profonde envers les parents qui ont offert leurs enfants au service du Seigneur, car ils ont ainsi quelqu’un pour prier pour eux. Et si cet enfant est prêtre, bienheureux sont-ils, car leurs prières s’unissent au sacrifice offert au cœur de l’autel.

 

Pour méditer en ce jour, nous pouvons choisir les lectures selon notre situation pastorale. Je préfère particulièrement Jean 6, 37-40, où Jésus révèle la mission que le Père lui a confiée : « Tout ce que le Père me donne viendra à moi ; et celui qui vient à moi, je ne le rejetterai pas. » Ce passage dévoile le dessein du salut : la volonté de Dieu que personne ne soit perdu, mais que tous soient ressuscités au dernier jour. Ce salut s’enracine dans la foi en Jésus Christ, mort et ressuscité pour nous. Comme le rappelle saint Paul : « Si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui » (Rm 6,8). Ainsi, la mort, jadis perçue comme la fin, devient en Jésus le commencement d’une vie nouvelle, la Vie en Dieu.

 

En ce jour, nous pouvons contempler la figure de Job, homme de foi profonde et modèle d’endurance dans l’épreuve. Ses paroles résonnent encore : « Je sais, moi, que mon Rédempteur est vivant… et, de mes yeux, je le verrai » (Jb 19,25-26). Job nous apprend à espérer dans l’obscurité. Lorsque j’étais malade, mes parents évoquaient souvent ce serviteur fidèle pour m’inviter à ne pas perdre confiance. Leur témoignage m’a nourri intérieurement et m’a appris la persévérance. Comme Job, je désire voir Dieu face à face, convaincu que l’espérance en Lui surpasse toute souffrance.

 

Sachant que la mort n’est pas la fin de la vie, quelle est alors notre espérance et notre prière pour les défunts ? Elle est simple : unir notre prière à celle de Jésus qui intercède pour l’humanité devant le Père. Comme l’enseigne le Catéchisme : « Notre prière pour eux peut non seulement les aider, mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur » (CEC 958). Ainsi, je prie : « Père, ton Fils a donné sa vie pour les pécheurs ; par Lui et avec la Mère de Jésus, j’intercède pour mes frères et sœurs défunts. » Ma prière a deux dimensions : l’une théocentrique, parce que Dieu veut que nous priions pour eux ; l’autre égocentrique, car ces âmes, une fois purifiées, intercèdent pour nous. Ensemble, nous formons le cercle vivant de l’amour divin — la communion des saints.

 

Concrètement, comment participer à cette espérance joyeuse ? Regardons le Christ en croix entre deux criminels. L’un s’abandonne à la miséricorde : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » (Lc 23,42) — et il reçoit aussitôt la promesse du Paradis. L’autre refuse. Chaque jour, nous recevons nous aussi cette grâce : remettre nos croix, nos injustices, nos douleurs cachées entre les mains du Rédempteur. Comme le disait sainte Thérèse de Lisieux : « Tout est grâce. » Qu’il s’agisse de souffrances physiques, morales, ou du chagrin de voir nos proches s’éloigner de la foi, tout peut devenir, offert avec le Christ, semence de résurrection.

 

Ainsi, ce jour nous relie à l’éternité — de l’ancienne création d’Adam à la nouvelle création en Christ. Il nous rappelle que « si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle » (2 Co 5,17). En nous et par nous, Dieu veut renouveler la face de la terre. Le Jour des Défunts devient alors un jour d’espérance : l’espérance que Dieu, « non pas le Dieu des morts mais des vivants » (Mc 12,27), rassemblera tous ses enfants dans la plénitude de son Royaume. Et nous gardons au cœur la promesse du Seigneur : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. » Amen.

P. Terry Cmf.

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Publié le 31 Octobre 2025

« Nous serons semblables à Lui » (1 Jean 3, 2)

 

Nous sommes tous des saints, car notre Créateur est saint, et Il nous a faits à son image et à sa ressemblance (cf. Genèse 1,26). La sainteté n’est pas le fruit de nos efforts personnels ; elle est déjà inscrite dans notre être par la grâce de Dieu. Comme l’enseigne Lumen Gentium, « tous les fidèles du Christ sont appelés à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité » (LG 40). Cette sainteté se déploie lorsque nous vivons en harmonie avec l’image divine qui demeure en nous.

Notre corps et notre esprit, dotés d’intelligence et de volonté, nous aident à découvrir la sainteté que Dieu a déposée en nous — non par des actes extraordinaires, mais dans la simplicité de la vie quotidienne. Lorsque nous dépassons la surface du corps et de l’esprit, passant de la simple existence à la vérité, nous rencontrons notre véritable moi — reflet de la vie trinitaire elle-même : créés par le Père, rachetés par le Fils, et animés par l’Esprit.

Le « moi », corps et esprit, devient pleinement vivant lorsqu’il vit en communion avec l’âme, car l’âme est notre vie et notre véritable identité. Par elle, nous sommes en communion avec Dieu, source de toute vie. Lorsque nous comprenons cette vérité — que notre humanité n’est pas opposée au divin, mais en est la demeure — nous entrons en communion avec la Trinité, non pas à l’extérieur de nous, mais en nous. Alors, comme saint Paul, nous pouvons dire : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).

Les Béatitudes révèlent la béatitude de cette communion — la beauté de Dieu vivant en nous et à travers nous. « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5,8). Être pur de cœur, c’est voir comme Dieu voit. Chaque parole, chaque geste devient expression de la vie divine. Comme le disait saint Ignace de Loyola : « L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur, et par ce moyen sauver son âme. »

Lorsque nous agissons dans notre humble humanité, nous permettons à Dieu d’agir à travers nous. Saint Antoine-Marie Claret priait pour la gloire de Dieu et travaillait sans relâche pour le salut de l’humanité. Cela n’est possible que si je « pense ce que Dieu veut que je pense, dis ce que Dieu veut que je dise, fais ce que Dieu veut que je fasse, et souffre ce que Dieu veut que je souffre ». Voilà le véritable chemin de la sainteté — non dans des actions extraordinaires, mais dans la fidélité et l’amour de chaque jour.

En cette Solennité de la Toussaint, nous célébrons l’humanité que Dieu a rendue sainte — l’humanité du Christ, partagée avec ses saints. Les saints ne sont pas des figures lointaines ; ils sont nos compagnons de route vers la plénitude de la vie en Dieu. Certains, comme sainte Thérèse de Lisieux, ont vécu la sainteté dans la simplicité du quotidien ; d’autres, comme saint Jean de la Croix, ont pénétré profondément dans l’union mystique. Tous révèlent cependant une même vérité : la sainteté est le déploiement de la vie divine en forme humaine.

En honorant les saints, nous honorons l’image divine présente en l’humanité. Par leur intercession, nous nous approchons du Christ. Saint Bernard de Clairvaux nous rappelle : « Pourquoi notre louange, notre glorification ou la célébration de cette fête importeraient-elles aux saints ? Elles importent à nous, car en les commémorant, nous nous inspirons à suivre leur exemple. »

Cette célébration nous unit à la communion des saints et des anges, et nous introduit au cœur même de la Trinité. Dans cette communion sacrée, nous commençons dès ici-bas à vivre la vie du ciel. Comme Jésus l’a prié : « Que ma joie soit en eux, et que leur joie soit parfaite » (Jn 15,11).

Ainsi, réjouissons-nous et soyons dans l’allégresse, car notre récompense est grande dans les cieux (cf. Mt 5,12). Mais cette récompense céleste commence déjà ici, lorsque nous partageons notre joie, notre paix et notre compassion avec nos frères et sœurs. Puissions-nous, à l’exemple des saints, vivre cette communion d’amour — afin que, morts au monde, nous vivions déjà en Dieu et, avec le Fils, disions : « Entre tes mains, Seigneur, je remets mon esprit » (Lc 23,46).

Amen.

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Rédigé par JONHBOSCO

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