Publié le 18 Février 2026

« Afin que Tu entres… »

 

 

J’ai choisi ce thème à partir d’une inspiration personnelle : permettre à Dieu d’entrer en moi, de purifier mon cœur et de me conduire là où Il veut me mener. « Afin que Tu entres » s’inspire du Psaume : « Portes, levez vos frontons, qu’il entre, le Roi de gloire ! » (Ps 24,7). Ce choix est un premier pas que je fais librement et volontairement. Dieu attend ce geste de la part de son enfant bien-aimé, même pécheur. Il attend que je Lui ouvre mon cœur en toute liberté, avec discernement, reconnaissant mes fragilités et mes besoins, afin de Lui permettre d’accomplir en moi ce qu’Il désire de meilleur — pour moi et, à travers moi, pour le monde entier.

 

Je vous invite, vous aussi, à prendre un engagement personnel durant ce temps de Carême : soit en adoptant ce thème que je vous propose et que je vous accompagnerai à vivre, soit en choisissant un thème proche, capable de vous guider dans le même esprit. L’essentiel est d’entrer dans ce temps saint avec un projet spirituel clair et fidèle.

 

 

Accueillir le Seigneur dans notre vie

Je désire que le Seigneur de gloire entre dans ma vie, non pas d’abord dans sa gloire de Ressuscité, mais comme Il est entré dans l’histoire humaine : humblement, dans la pauvreté de Bethléem, dans la fragilité d’un enfant. Pour cela, nous sommes invités à contempler tout le mystère de l’Incarnation : le Verbe fait chair, silencieux dans la crèche, humble dans sa vie publique, fidèle dans l’épreuve, obéissant jusqu’à la mort sur la Croix. Car tout a été créé en Lui, par Lui et pour Lui (cf. Col 1,16). Permettre au Christ d’entrer en nous exige une préparation consciente. Il s’agit de Lui offrir un lieu digne dans notre cœur. Cette préparation passe par l’accueil de sa Passion comme chemin de transformation. C’est dans cette école de la Croix que le Père nous façonne ou configure.

 

Jésus nous révèle comment rester pleinement humains tout en cherchant constamment la volonté du Père, et comment demeurer divins dans l’amour qui sauve. Comme le dit saint Augustin : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu par grâce. »

 

 

 

Un appel à vivre dans le Christ

Durant ce temps de Carême, je prends davantage conscience que je suis appelé, consacré et envoyé pour être témoin du Christ auprès de mes frères et sœurs. En même temps, je demeure en chemin, en recherche, en discernement constant, comme Jésus dans son humanité, cherchant à accomplir la volonté du Père.

Reconnaître la volonté de Dieu dans les événements ordinaires de la vie n’est pas toujours facile. Cela demande humilité, patience et persévérance. Mais l’Esprit Saint nous accompagne et nous éclaire, comme le promet Jésus : « L’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 16,13).

 

 

 

Les moyens proposés par l’Église

 

Dans son message pour le Carême, le Saint-Père nous rappelle trois moyens essentiels :

L’écoute fidèle de la Parole de Dieu

Le jeûne, en particulier de paroles blessantes, destructrices ou inutiles

La marche communautaire, vécue dans la fraternité

 

Nous ne sommes pas appelés à vivre ce chemin seuls, mais comme Peuple de Dieu. Chacun est invité à élaborer un programme personnel, simple, concret et adapté à sa situation. Cet engagement personnel, enraciné dans la certitude que Dieu agit à travers les personnes, les événements et les inspirations intérieures, nous aide à persévérer, surtout dans les moments d’échec, de chute ou de découragement.

 

Même les moments sombres peuvent devenir des lieux de grâce, si nous les offrons au Christ. Ils deviennent alors un feu purificateur où notre cœur est façonné par l’amour du Crucifié. Sainte Thérèse d’Avila disait : « Rien ne te trouble, rien ne t’effraie, Dieu seul suffit. »

 

 

 

Comment vivre concrètement le Carême ?

1. Une bonne confession

Cherchez une occasion pour faire une confession sincère et profonde. Elle vous permettra de commencer ce Carême en demeurant dans l’amour du Christ (cf. Jn 15,9). Jésus promet : « Si quelqu’un m’aime, nous viendrons chez lui et nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14,23).

 

2. Veiller sur ses pensées

Notre esprit est constamment traversé par de nombreuses pensées. Certaines sont porteuses de vie, d’autres nous épuisent intérieurement. Comme un conducteur attentif observe les signaux et la route, nous devons apprendre à surveiller nos pensées. Toutes les bonnes idées ne viennent pas forcément de Dieu. Il est nécessaire de discerner leur origine.

 

Saint Ignace de Loyola nous enseigne que le discernement est une clé essentielle pour reconnaître l’action de Dieu dans notre vie. Choisissons des pensées qui conduisent à la paix, à la vérité, à l’amour. Que nos paroles et nos actes soient cohérents avec notre foi, porteurs de vie, jamais dictés par la colère ou la réaction impulsive.

 

 

3. Vivre la compassion et l’amour

La vraie compassion naît du fait de demeurer dans l’amour du Christ, comme Lui demeure dans l’amour du Père (cf. Jn 15,10). Soyons d’abord miséricordieux envers nous-mêmes, en accueillant nos limites et notre passé. Cette miséricorde reçue devient alors source de pardon pour les autres. Une vie compatissante suppose aussi le soin de notre corps, de notre esprit et de notre âme, afin de pouvoir servir les autres avec générosité. Comme le rappelait saint Jean-Paul II : « L’homme ne peut se comprendre pleinement sans le Christ. »

Faite un effort pour se pardonner and pardonner les autres. Si vous avez des difficultés à pardonner, choisissez une personne avec laquelle vous êtes en conflit et priez pour elle chaque jour. Peu à peu, Dieu vous donnera la force de poser un geste de réconciliation.

 

 

Conclusion

Je vous souhaite à tous un saint et fécond temps de Carême, vécu comme un véritable retour à la maison du Père, à l’image du fils prodigue, pour participer à son banquet de miséricorde.

Je vous demande aussi de prier pour moi, avec cette prière inspirée de saint Pedro Poveda :

 

Que je pense ce que le Seigneur veut que je pense,
que je regarde ce qu’Il veut que je regarde,
que je dise ce qu’Il veut que je dise,
que je fasse ce qu’Il veut que je fasse,
comme Il veut que je le fasse,
pour la gloire de Dieu
et le salut de l’humanité.

Amen.

 

P. Terry Cmf.

 

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Rédigé par JONHBOSCO

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Publié le 15 Février 2026

Homélie – 6ᵉ Dimanche du Temps Ordinaire

« Vous avez appris qu’il a été dit… Eh bien moi, je vous dis… » : telle est la parole centrale de l’Évangile de ce jour. Dans ce « Moi, je vous dis », se révèle le cœur même de l’enseignement de Jésus. Il nous invite à entrer dans son intimité, à demeurer en Lui, dans le Père, et à orienter toute notre vie vers l’accomplissement de la volonté divine.

 

Jésus ne se contente pas de rappeler des commandements extérieurs. Il nous conduit plus loin, vers une justice intérieure, vers une conversion du cœur. Comme Il le dit Lui-même : « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jn 4,34). Toute sa joie venait de cette fidélité au Père.

 

Ainsi, notre vie chrétienne ne peut se réduire à l’observance rigide de règles : « Tu ne tueras pas », « Tu ne commettras pas d’adultère », « Ne fais pas de faux serment ». Ces commandements sont nécessaires, mais ils ne suffisent pas. Jésus nous appelle à chercher d’abord la volonté de Dieu, à l’aimer et à l’accomplir avec sincérité et générosité.

 

La parabole du riche et du pauvre Lazare nous rappelle que l’on peut observer certaines prescriptions et pourtant passer à côté du Royaume de Dieu, faute d’amour et de compassion. Comme le rappelait souvent Pape François, « la foi authentique nous rend toujours plus sensibles aux souffrances des autres ».

 

Cependant, nous savons tous que cette fidélité intérieure est plus facile à dire qu’à vivre. Dans les moments d’épreuve, je regarde Jésus à Gethsémani. Lui aussi a connu l’angoisse : « Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi… pourtant, non pas comme moi je veux, mais comme toi tu veux » (Mt 26,39). Voilà le grand paradoxe de notre vie : vouloir aimer Dieu de tout notre cœur, et découvrir nos faiblesses.

 

Nous désirons prier, nous recueillir, demeurer dans la présence du Seigneur, et pourtant, bien souvent, nos pensées s’égarent. Nous voulons le bien, mais nous faisons parfois le contraire. Cette lutte fait partie du chemin de la foi. Comme l’écrivait Saint Augustin : « Seigneur, donne-moi ce que tu commandes, et commande ce que tu veux. » Dieu ne se décourage pas de nos chutes. Il nous relève sans cesse. Notre chemin spirituel est fait de fragilités et de recommencements, et c’est précisément là que sa grâce agit.

 

Saint Paul nous rappelle aujourd’hui : « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, voilà ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Co 2,9). Cette sagesse, Dieu l’a déjà déposée au plus profond de notre âme. Elle nous attend dans le silence, dans la prière, dans l’écoute de sa Parole. Les Écritures, l’enseignement de l’Église, le témoignage des saints, tout nous conduit vers ce sanctuaire intérieur où Dieu demeure. Sainte Thérèse de Lisieux nous rappelle avec simplicité : « Ma vocation, c’est l’amour. » Voilà le cœur de toute loi chrétienne.

 

Jésus nous révèle cette sagesse suprême par sa vie et par sa Croix : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13,34). Et au sommet de son offrande, Il prie encore : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Cet amour et ce pardon sont gravés dans nos cœurs par l’Esprit Saint.

 

Aujourd’hui, Jésus nous dit : « Celui qui observera ces commandements et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux » (Mt 5,19). Il ne s’agit pas seulement de connaître la loi, mais de la vivre dans la charité.

 

Cherchons donc, dans notre intériorité, cette sagesse divine. Accueillons les inspirations de l’Esprit. Discernons avec intelligence et humilité. Répondons concrètement aux besoins de nos frères et sœurs, surtout des plus pauvres, de ceux qui sont à notre porte, comme les Lazare de notre temps.

 

Alors, peu à peu, notre « oui » deviendra un vrai oui, et notre « non » un vrai non. Notre vie sera un témoignage crédible. Nous deviendrons de véritables disciples du Christ, bâtissant le Royaume par l’amour, la fidélité et le service. Demandons cette grâce au Seigneur.

Amen.

 

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Publié le 7 Février 2026

 « Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde » (Mt 5,13–16)

 

Notre vie chrétienne est fondée sur la grâce du Baptême. Par ce sacrement, nous renaissons en Christ et devenons membres de son Corps, l’Église. Comme le rappelle saint Paul : « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ » (Ga 3,27).

 

Dans le rite du Baptême, nous rencontrons trois moments profonds. D’abord, nous sommes purifiés par l’eau, participant à la mort et à la résurrection du Christ (Rm 6,3–4). Ensuite, nous sommes consacrés par l’onction sainte. Enfin, nous recevons la lumière du Christ, symbolisée par le cierge pascal, confiée à la famille et à la communauté.

 

Lorsque Jésus nous dit : « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,14), Il nous rappelle cette lumière baptismale, née du feu et de l’eau lors de la Vigile pascale. C’est la lumière du Christ ressuscité, vainqueur de la mort. Aujourd’hui, nous sommes appelés à vivre cette vie nouvelle, en rendant le Christ visible par notre témoignage, dans l’Esprit et la Vérité (Jn 4,24).

Jésus nous dit aussi : « Vous êtes le sel de la terre » (Mt 5,13). Le sel et la lumière ont un point commun : ils existent pour se donner. Ils disparaissent pour que d’autres vivent. Ils reflètent le mystère du Christ, « qui s’est anéanti lui-même » (Ph 2,7), pour que le mond soit sauvé.

Cet abaissement est le chemin du disciple. Saint Jean de la Croix enseigne : « Pour tout posséder, ne désire rien posséder. » Quand nous nous vidons avec confiance, Dieu nous remplit de sa grâce. Jésus dit : « Celui qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera » (Mt 16,25). Saint Paul vivait cette vérité lorsqu’il déclarait : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).

Être sel et lumière, c’est laisser le Christ, vraie Lumière (Jn 8,12), rayonner à travers nous. En vérité, nous ne devons rien faire que vivre notre foi pleinement, dans la joie et dans la paix. Nous nous le vivons, c’est purifier, guérir, renouveler, transformer le monde en Christ (Col 1,16). Le pape François nous rappelle dans Evangelii Gaudium : « Tout chrétien est un disciple missionnaire » (EG 120). Et le Concile Vatican II enseigne : « Les fidèles sont appelés à répandre la lumière du Christ » (LG 33). Comme les apôtres envoyés deux par deux (Mc 6,7), nous sommes appelés à vivre notre mission ensemble.

Simeon et Anne (Lc 2,25–38) nous enseignent la fidélité, la prière et l’espérance. Ils nous invitent à reconnaître le Christ dans l’humilité. Mais Jésus nous avertit : « Si le sel perd sa saveur… » (Mt 5,13). Sans prière et charité, notre témoignage s’affaiblit. Sainte Thérèse disait : « Je ne suis qu’un petit pinceau dans la main de Dieu. »

Dans cette mission d’être sel et lumière, est en vérité, faire naître le Christ dans le cœur des hommes. Les paroles du pape Léon adressées au Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie nous éclairent profondément. Il a rappelé à l’Église « la nécessité de favoriser des parcours de vie cohérents, engageants et personnels, qui conduisent au Baptême et aux sacrements, en aidant ceux qui entreprennent un chemin de foi à mûrir et à préserver un nouveau style de vie ». Cela signifie que notre témoignage ne peut pas rester superficiel. Nous sommes appelés à accompagner patiemment les autres, à marcher avec eux, à les aider à grandir dans la foi et à demeurer fidèles au Christ dans la vie quotidienne. Être lumière, ce n’est pas seulement briller un instant, mais guider constamment les autres vers le Christ et son Église, par notre vie de témoignage.

Nous sommes appelés à protéger les plus faibles, à défendre la dignité humaine, à construire une civilisation de l’amour (cf. Laudato Si’). L’Évangile conclut : « Que votre lumière brille devant les hommes, alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » (Mt 5,16). Nos œuvres doivent conduire vers Dieu, non vers nous-mêmes. Comme disait Benoît XVI : « L’Église grandit par attraction. » Que ceux qui nous rencontrent puissent dire : « Merci, Seigneur, d’être ma lumière à travers cette personne. » Que nous soyons fidèles comme sel et lumière, pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

P. Terry Cmf.

 

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Publié le 31 Janvier 2026

Homélie Les Béatitudes : chemin de l’être, source de la joie

 

Le bonheur éternel est une fois de plus présenté dans l’Évangile comme une vie bienheureuse : une vie bénie par Dieu et vécue en Dieu. Les Béatitudes ne nous détournent pas de la réalité quotidienne ; au contraire, elles nous y enracinent profondément. Elles orientent nos engagements non seulement vers le faire le bien, mais surtout vers le devenir bon, selon le cœur de Dieu (cf. Mt 5,1-12).

 

Cette vie bienheureuse n’est pas exempte de souffrance ni d’injustice. Au contraire, celles-ci en font mystérieusement partie, donnant à l’existence humaine ses contrastes, ses couleurs et parfois ses blessures. Pourtant, derrière ces réalités souvent douloureuses, se cache un message plus profond : la promesse de la consolation, de la satiété du cœur, de la filiation divine, de l’intimité avec Dieu et, finalement, de la possession du Royaume de Dieu (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n° 1716-1724).

 

En vérité, Jésus ne nous invite pas à la béatitude comme à une récompense extérieure, fruit de multiples actions ou performances spirituelles. Il ne s’agit pas d’un simple résultat de nos efforts. L’invitation fondamentale se révèle clairement à la fin de l’Évangile : « Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux » (Mt 5,12).

 

Cette parole n’est pas une consolation future seulement ; elle est un appel présent. En ce dimanche et tout au long de cette semaine, nous sommes invités à nous réjouir et à exulter, car, par la grâce, nous sommes déjà comptés parmi les citoyens du ciel (cf. Ph 3,20). C’est pourquoi je vous invite à relire les lectures de ce jour, afin d’y découvrir des chemins concrets pour nourrir cette joie.

 

Saint Paul, inlassablement, exhorte les communautés chrétiennes : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » (Ph 4,4). Il sait combien cette invitation est exigeante. Pour beaucoup, se réjouir demeure difficile, parfois même impossible, en raison des épreuves, des blessures ou des injustices subies. Pourtant, Paul nous rappelle que la joie chrétienne n’est pas un sentiment passager, mais un don pur de la foi, une grâce reçue du Père (cf. Gaudete in Domino, Paul VI).

 

La vraie joie naît lorsque le cœur déborde de gratitude pour tout ce que Dieu a accompli en nous. Dans la douleur comme dans la joie, dans l’échec comme dans la réussite, celui qui vit de foi apprend à reconnaître la bonté divine à l’œuvre. Cette bonté a le pouvoir de transformer toute chose, y compris nos blessures et nos chutes, afin de faire advenir le Royaume de Dieu jusque sur le seuil de la vie de ceux qui le cherchent (cf. Rm 8,28).

 

Les Béatitudes sont précisément ces lieux de grâce où Dieu agit. Certaines situations, comme la persécution, la violence ou l’injustice, sont imposées par les limites et les péchés humains. Mais ceux qui vivent en Dieu, animés par la foi reçue au baptême et dociles à l’Esprit Saint, peuvent y répondre d’une manière nouvelle, selon la volonté de Dieu (cf. Lumen Gentium, n° 40).

 

La question demeure alors : comment vivre une telle vie, capable de discerner le bien même au cœur de la souffrance, et d’y trouver une source de joie profonde ? La première lecture nous offre deux chemins essentiels.
Le premier est de chercher Dieu en toute chose et de désirer sincèrement sa volonté. Le second est de demeurer humble et ouvert, accueillant ce que la vie présente, avec courage et confiance. Le psalmiste nous le rappelle avec force : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien » (Ps 23,1). Avec le Seigneur à nos côtés, aucun défi n’est insurmontable, aucune croix n’est vaine. Et au terme du chemin, la résurrection nous est promise.

 

La deuxième lecture nous ramène à notre identité la plus profonde : nous sommes enfants de Dieu. Elle nous invite à nous souvenir de notre baptême, de cette vocation à vivre comme le Christ lui-même. Dieu nous a relevés de ce qui était faible, fragile et marqué par le péché, pour faire de nous son temple vivant (cf. 1 Co 3,16). Ce rappel nourrit l’espérance, surtout dans les moments difficiles.

 

Ainsi, même la mort — autrefois perçue comme une fin redoutable — devient, dans la foi, le commencement de la plénitude de la vie en Dieu, l’entrée dans la communion parfaite avec la Trinité, aspiration profonde de toute âme humaine (cf. Spe Salvi, Benoît XVI).

 

En conclusion, l’appel de l’Évangile d’aujourd’hui ne se réduit pas à une exhortation morale à être charitable ou à faire le bien. Il s’agit d’une invitation bien plus radicale : redécouvrir notre ÊTRE, qui a son origine en Dieu, et consentir à le vivre pleinement. C’est dans cet ÊTRE vécu en vérité que jaillit la joie authentique, source de notre exultation.

 

La béatitude promise n’est pas le fruit de l’évitement de la souffrance, mais celui de l’acceptation libre de la Croix, par amour, pour sauver la vie de nos frères et sœurs. C’est en devenant pleinement le Christ pour les autres que nous entrons déjà dans la résurrection et que nous rendons le Royaume de Dieu proche de tous. Amen.

P. Terry Cmf.

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Publié le 24 Janvier 2026

 

Meditation

 

Introduction

L’appel du prophète Isaïe, retentissant depuis le sud, depuis Jérusalem, tourné vers le nord — terre ennemie — annonce déjà une promesse audacieuse de paix et de réconciliation. Il proclame la venue d’un Soleil levant, d’un Roi nouveau, qui surgira soudainement pour rassembler ce qui était divisé, et refaire d’un peuple dispersé un seul peuple d’Israël, fils de Jacob, comme aux jours de David et de Salomon (cf. Is 9,1-6).

 

Cette espérance constitue le cœur du message de l’Évangile d’aujourd’hui. Le Royaume de Dieu est cette œuvre de rassemblement, non seulement des peuples entre eux, mais surtout de l’humanité avec Dieu, dans la communion trinitaire. Jésus lui-même, selon l’Évangile de saint Jean, prie « afin que tous soient un, comme Toi, Père, Tu es en moi et moi en Toi » (Jn 17,21).

 

C’est Jésus qui reprend à son compte cette annonce prophétique lorsqu’il proclame :
« Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 4,17).
En Lui et par Lui commence pour nous le déploiement de ce grand projet divin : rassembler tous les hommes en un seul peuple de Dieu (cf. Ep 1,10).

 

C’est dans cette perspective — ou mieux, en raison de ce dessein divin — que Jésus appelle aujourd’hui Pierre et André, Jacques et Jean. Leur vocation demeure actuelle : elle est aussi la nôtre. En méditant cet Évangile, nous voulons réfléchir sur deux réalités essentielles :
– d’abord, la nature même de l’appel,
– ensuite, la manière d’y répondre à la lumière de l’Écriture et du témoignage des Apôtres.

 


I. L’Appel

André était déjà disciple de Jean-Baptiste. À l’invitation de Jésus — « Venez et voyez » (Jn 1,39) — il fait l’expérience décisive d’une journée passée auprès du Seigneur. Ce n’est pas un simple enseignement qu’il découvre, mais une Personne.

 

Ainsi, l’appel chrétien n’est pas d’abord un appel à faire quelque chose, mais un appel à être avec Quelqu’un. Comme le dira saint Marc : « Il en institua douze pour qu’ils soient avec lui » (Mc 3,14). Avant toute mission, il y a la communion. Avant toute action, l’adoration.
Saint Jean-Paul II rappelait : « La vocation naît dans le silence de l’adoration et mûrit dans la fidélité de la prière. »

 

Être avec le Christ, c’est entrer dans une relation personnelle, intime, transformatrice. C’est découvrir en Lui la plénitude de l’humanité habitée par l’Esprit. Comme le dira saint Paul :
« Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).

 

Tous peuvent admirer l’enseignement de Jésus et en faire une philosophie de vie. Mais vivre avec Lui, être saisi par Lui, animé par l’Esprit, accordé à la volonté du Père, voilà une expérience d’un autre ordre : une vie plongée dans la communion trinitaire, où l’humanité est transfigurée par la grâce.

Saint Augustin l’exprimait ainsi : « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi. » Nous ne sommes pas appelés comme des serviteurs craintifs, mais comme des fils et des filles libres. « Vous n’avez pas reçu un esprit d’esclavage… mais un Esprit de fils adoptifs » (Rm 8,15).

 


II. La Réponse

La question essentielle demeure : comment répondre à cet appel ?
Jésus nous donne la clé : « Convertissez-vous » — changez de cœur, changez de regard, changez de vie. Chez les premiers disciples, cette conversion est le fruit d’un double mouvement :
– une recherche intérieure sincère de la vérité,
– et une fidélité courageuse à ce qu’ils découvrent.

Ils avaient d’abord suivi Jean-Baptiste. Puis, lorsque celui-ci leur montre Jésus — « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1,36) — ils ont la liberté spirituelle de quitter un bon maître pour suivre le Maître véritable. Saint Benoît dira plus tard : « Écoute, mon fils, l’enseignement du Maître, et incline l’oreille de ton cœur. »

L’appel extérieur de Jésus — « Suivez-moi » — trouve un écho dans un appel déjà présent au plus profond de leur cœur. Là où l’âme est en communion avec Dieu, la réponse devient simple, immédiate, joyeuse.

À l’inverse, quand le cœur n’est pas intérieurement disposé, même les signes divins ne suffisent pas. Zacharie demande des preuves (cf. Lc 1,18). Marie, elle, déjà unie à Dieu, accueille dans la foi : « Qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38).

Saint François de Sales nous enseigne : « Dieu parle au cœur doucement, mais il faut un cœur silencieux pour l’entendre. »


Conclusion

Lorsque Jésus proclame que le Royaume de Dieu est proche, il ne se contente pas d’annoncer une réalité future : il nous rend capables d’y participer dès maintenant, malgré notre fragilité et notre péché. Par la grâce, nous sommes introduits dans la communion trinitaire.

La conversion proposée par Jésus est un retour à la maison, à la manière du fils prodigue (cf. Lc 15). Mais au fond, c’est surtout l’histoire du Père prodigue en miséricorde, qui sort au-devant de chacun de ses enfants pour les conduire à la fête de son amour.

Le Concile Vatican II nous rappelle : « La vocation ultime de l’homme est réellement une seule : la vocation divine » (Gaudium et Spes, 22).

 

Demandons la grâce d’un cœur attentif, disponible, libre.
Que l’Esprit Saint nous rende capables d’entendre l’appel du Christ,
de répondre avec générosité,
et de vivre chaque jour comme des fils dans le Fils,
pour la gloire du Père et le salut du monde.

 

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Publié le 18 Janvier 2026

2ème dimanche Ordinaire

 

« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), proclame Jean-Baptiste. Par cette proclamation, Dieu choisit de se révéler à l’humanité, en particulier à tous ceux qui désirent le rencontrer, dans le mystère de l’Agneau pascal. En présentant Jésus comme le Sauveur du monde, Dieu nous associe à son œuvre de salut. Par Jésus-Christ — et tout spécialement par notre baptême — nous devenons collaborateurs et partenaires de Dieu dans son projet salvifique (cf. 1 Co 3,9).

 

Dans le baptême, nous sommes appelés, choisis, consacrés et envoyés dans le monde. Le baptême est en lui-même une vocation : un appel à grandir à la ressemblance de Dieu et à vivre comme de véritables enfants de Dieu (cf. Rm 8,14–17). À l’image du Père, nous sommes invités à être créateurs de vie, porteurs de nouveauté, engagés de manière responsable et pleine d’espérance dans la société. À l’image du Fils, nous sommes appelés à rechercher ce qui est perdu et brisé, à guérir, libérer et racheter l’humanité (cf. Lc 19,10). Enfin, à l’image de l’Esprit Saint, nous sommes consacrés pour la gloire de Dieu et le salut du monde, en vivant pleinement l’humanité que Dieu a créée et voulue en nous (cf. Gaudium et Spes, 22). Ainsi, Dieu sanctifie le monde en nous et à travers nous.

 

L’Écriture nous rappelle que c’est par une vie de témoignage que la gloire de Dieu se manifeste (cf. Is 60,1 ; Mt 5,16). Baptisés dans le Christ, nous devenons porteurs de lumière, appelés à briller dans les ténèbres et à être la Lumière du Christ — la lumière pascale — au cœur du monde (cf. Lumen Gentium, 9).

 

C’est dans cette lumière que les prophètes et les juges ont discerné l’action de l’Esprit, et que Jean-Baptiste l’a attendu avec ferveur. Lorsque nous apprenons à vivre nous aussi dans cette lumière, nous découvrons l’œuvre de Dieu non seulement dans les grands événements, mais aussi dans la simplicité de la vie quotidienne, particulièrement dans le cœur des personnes que nous rencontrons chaque jour. Peu à peu, nos rencontres humaines ordinaires deviennent des rencontres divines, des lieux où Dieu est libre d’agir pleinement. Lorsque Dieu est à l’œuvre dans nos paroles et nos gestes, ceux-ci deviennent sacrés et porteurs de vie.

 

La sainteté que Jésus nous propose n’est pas une vie sans combat ni fragilité, ni une existence parfaite et idéalisée. Elle est une vie de disciple, enracinée dans l’authenticité, sans cesse discernée en présence de Dieu et vécue dans un engagement généreux (cf. Evangelii Gaudium, 171). Dans un monde marqué par l’obscurité et la fragilité, nous pouvons nous aussi tomber ; mais nous permettons à Dieu d’agir en nous. Par sa grâce, nous sommes relevés. Les sacrements nous accompagnent, nous guérissent et nous renouvellent, nous rendant à nouveau capables de porter la lumière (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 1426).

 

Lorsque cette vie est vécue dans l’Esprit et dans la vérité, nous devenons de véritables témoins de la bonté divine, de simples instruments entre les mains de Dieu (cf. 2 Co 4,7). Nos vies proclament alors l’amour et la compassion de Dieu avec une force qui dépasse les mots. Prions le Seigneur afin que nous demeurions toujours de fidèles témoins, laissant l’Agneau de Dieu continuer à enlever le péché du monde à travers nos vies. Amen.

P. Terry Cmf.

 

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Publié le 10 Janvier 2026

Le Baptême du Seigneur

 

« Laisse faire pour le moment » (Mt 3,15). Ces paroles de Jésus révèlent une obéissance profonde à la volonté du Père. Le baptême, j’en suis profondément convaincu, est le don divin le plus fondamental qui nous soit accordé : il initie notre chemin spirituel et nous fait grandir comme de véritables fils et filles de Dieu. Dieu, qui nous a créés libres, ne s’impose jamais ; Il attend notre consentement. Il respecte même la liberté de Le rejeter. Mais dans le baptême, cette liberté est accueillie et transfigurée, car Dieu renouvelle en nous la promesse de la vie divine. Au Jourdain, le Père proclame ouvertement ce mystère : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour » (Mc 1,11). Cette même parole est prononcée sur chacun de nous au moment de notre baptême.

 

Il arrive que la vie nous confronte à des événements inattendus, presque inconcevables, où Dieu semble se soumettre à la liberté humaine, appelant l’humanité à Lui répondre dans l’amour. L’humilité de Jean-Baptiste et son hésitation à baptiser Jésus sont donc compréhensibles. Pourtant, Jésus révèle une valeur plus haute : « accomplir toute justice » (Mt 3,15), c’est-à-dire réaliser le dessein salvifique de Dieu. Notre Dieu est un Dieu fidèle à ses promesses (cf. Dt 7,9). Même lorsque nous demeurons pécheurs, Il ne cesse de nous appeler à la conversion, nous relevant du péché pour nous conduire à la sainteté (cf. Rm 6,4).

 

Dieu désire que nous demeurions fidèles à notre tour, vivant selon ce qui est attendu de nous comme enfants de Dieu, car Il nous a appelés non pour rester immobiles, mais pour être transformés. Dans toute la Bible, les récits de vocation suivent un même mouvement : Dieu appelle, forme, consacre et envoie. Cette dynamique s’accomplit pleinement en Jésus. À son baptême, la consécration est inséparable de la mission. La descente de l’Esprit Saint inaugure sa mission publique, comme l’Esprit avait couvert Marie de son ombre à l’Annonciation (cf. Lc 1,35). Comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église catholique, « L’Esprit Saint est le maître de la vie intérieure » (CEC 1995), Celui qui initie et soutient toute mission confiée par Dieu.

 

Par cette initiation, le baptême unit la terre et le ciel. Les cieux s’ouvrent (cf. Mt 3,16), manifestant que la communion avec Dieu est désormais offerte. Cette ouverture se renouvelle aujourd’hui encore chaque fois qu’un enfant est baptisé. Le cierge pascal porté dans la liturgie baptismale nous rappelle que la lumière du Christ passe toujours par le mystère de la Croix. Comme le dit saint Paul : « Si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui » (Rm 6,8). En gardant cette lumière allumée et en la laissant rayonner, nous contribuons à transformer le monde, à faire de la terre un reflet du ciel et à réduire la distance entre les deux. La transformation et le salut de chaque personne commencent ici.

 

Le baptême est ainsi une rencontre personnelle où Dieu entre dans notre histoire pour l’intégrer à son histoire de salut. Il est significatif que ce soit Jésus Lui-même qui se dirige vers Jean. Nous ne devons jamais oublier ce premier pas de Dieu vers nous (cf. 1 Jn 4,10). Cette initiative divine transforme notre humanité ordinaire, la rendant capable de porter en elle la vie divine. Saint Athanase l’exprime avec audace : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. » Tout cela est l’œuvre de Dieu : initiée, portée et accomplie par Lui seul.

 

Pour entrer dans ce mystère de transformation, le baptême nous appelle à nous abandonner à la volonté divine. À l’image de Marie, qui a répondu : « Qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38), nous sommes invités à dire chaque jour notre « oui » à Dieu. Saint Augustin nous rappelle : « Dieu qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi. »

 

La célébration d’aujourd’hui est donc la célébration de notre propre baptême. Elle nous invite à nous souvenir sans cesse de ce que Dieu continue de faire pour toi et pour moi : nous appeler ses bien-aimés, nous former par sa grâce et nous conduire vers la plénitude de la sainteté (cf. Lumen Gentium, 40). Prions le Seigneur afin que nous demeurions fidèles à cette promesse et à notre vocation, pour que toute notre vie devienne une louange vivante à la gloire de Dieu. Amen.

P. Terry Cmf.

 

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Publié le 4 Janvier 2026

Homélie

La fête de l’Épiphanie revêt aujourd’hui une importance particulière, car l’expérience de la rencontre, de la reconnaissance et de l’adoration du Christ demeure possible en tout temps, comme elle le fut aux origines de l’Incarnation. Dès le commencement, tous ceux qui attendaient l’accomplissement de la promesse de Dieu n’ont pas été déçus. Les mages, Siméon, Anne et Jean-Baptiste ont attendu le Seigneur avec foi et persévérance, et l’Esprit ne les a pas trompés. Ce que Dieu promet, Il l’accomplit pleinement (cf. Lc 2,26–38 ; Jn 1,33).

 

Cela révèle une vérité fondamentale de notre foi : Dieu demeure éternellement fidèle à ses promesses (cf. Dt 7,9 ; He 10,23). L’Épiphanie nous assure que l’espérance placée en Dieu n’est jamais vaine. À l’exemple de ces témoins, nous sommes appelés à cultiver une attitude intérieure de vigilance, de confiance et de désir de la présence salvatrice de Dieu.

 

Le mystère de l’Incarnation met également en lumière l’harmonie entre l’initiative divine et la coopération humaine. Les mages ont vu l’étoile à son lever et ont librement choisi de la suivre (cf. Mt 2,2). Les étoiles apparaissent dans la nuit, et comme les bergers qui veillaient (cf. Lc 2,8), les mages étaient intérieurement éveillés, attentifs et réceptifs. Cette vigilance spirituelle est essentielle pour discerner les signes à travers lesquels Dieu se révèle (cf. Mt 25,13).

 

Abraham, assis à l’entrée de sa tente, a reconnu le passage du Seigneur et L’a accueilli avec hospitalité (cf. Gn 18,1–8). Cette attitude de veille reflète quelque chose de Dieu Lui-même, qui veille sans cesse sur son peuple avec amour et fidélité (cf. Ps 121,4). Un cœur vigilant reconnaît la grâce lorsqu’elle se manifeste.

 

Cependant, cette vigilance ne garantit pas une vie sans erreur. Le chemin de la foi comporte des détours, des chutes et des moments de confusion. Les mages croyaient qu’un roi était né et il leur semblait logique de le chercher au palais. Cette erreur, Dieu l’a intégrée mystérieusement dans son dessein. La Bonne Nouvelle de la naissance du Roi éternel est parvenue jusqu’au seuil du pouvoir terrestre (cf. Mt 2,3).

 

Cela nous révèle une vérité consolante : Dieu peut transformer nos échecs, nos limites et même nos péchés en instruments de salut (cf. Rm 8,28). L’essentiel n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever et de reprendre la route. Le péché ne doit pas freiner notre marche vers le Seigneur, mais nous conduire plus rapidement vers la miséricorde et la conversion (cf. Ps 51 ; Lc 15,17–24).

 

Le péché appelle le secret, tandis que le bien appelle la transparence (cf. Jn 3,19–21). Les mécanismes de dissimulation et de manipulation qui entouraient le conseil d’Hérode existent encore aujourd’hui. L’Évangile, au contraire, nous invite à marcher dans la vérité, la justice et la paix. Le pape François nous rappelle que la foi authentique rejette l’hypocrisie et s’exprime dans la miséricorde et la compassion (Evangelii Gaudium, 88).

 

Lorsque nous échouons, l’espérance de la conversion demeure toujours. L’Épiphanie l’affirme clairement. Les mages reprennent leur chemin, non pas animés par la peur ou la culpabilité, mais remplis de joie, désireux d’accomplir ce qu’ils reconnaissent désormais comme la volonté de Dieu (cf. Mt 2,9–10). Dans leur fragilité, ils découvrent la miséricorde divine, une miséricorde à offrir surtout aux blessés et aux plus vulnérables (cf. Mt 9,12–13).

 

La rencontre avec le Christ procure une joie profonde. Saint Léon le Grand résume magnifiquement les dons offerts à l’Enfant : « L’or pour le roi, l’encens pour Dieu, et la myrrhe pour celui qui devait mourir. » Ces dons proclament le mystère du Christ : Roi, Dieu et Rédempteur.

 

Après avoir adoré l’Enfant, les mages repartent par un autre chemin (cf. Mt 2,12). Ils n’ont plus besoin de l’étoile, car ils portent désormais en eux la Lumière qu’ils ont rencontrée. Le Christ devient leur guide intérieur. Ce « chemin nouveau » symbolise la vocation chrétienne : vivre selon l’Évangile, transformés intérieurement par la grâce (cf. Lumen Gentium, 1).

 

Leurs dons évoquent aussi notre propre vocation : offrir notre vie à Dieu, accomplir sa volonté dans le Christ et nous laisser conduire par l’Esprit. Fortifiés par l’Esprit Saint, nous sommes envoyés sur des chemins nouveaux pour la gloire de Dieu et le salut de l’humanité.

 

Prions afin que notre présence dans nos familles, nos lieux de travail et notre société devienne une Épiphanie pour nos frères et sœurs : une rencontre avec le Christ, une invitation à L’adorer et une possibilité de recommencer. Soyons une Épiphanie pour les autres. Amen.

P. Terry Cmf.

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Publié le 24 Décembre 2025

Le Mystère de l’Incarnation : Dieu avec nous

1. Un commencement préparé par Dieu
Aujourd’hui commence un chemin nouveau, une vie nouvelle animée par l’Esprit Saint. Ce moment, que nous avons préparé par l’attente et la veille, a été préparé par Dieu lui-même depuis le premier jour de la création. Dès l’origine, Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance (Gn 1,26), lui confiant la liberté — une liberté capable d’aimer, mais aussi de pécher.
C’est précisément dans cette condition humaine blessée que Dieu a choisi de naître, assumant notre fragilité pour libérer l’humanité déchue. Comme le dira saint Paul : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20).

2. Le Verbe s’est fait chair
Le prologue de saint Jean exprime cette vérité avec une force unique :
« Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous » (Jn 1,14).
Dieu ne s’est pas contenté de créer le monde ; il est entré dans l’histoire. À travers les prophètes, les rois, les juges et les saints, il s’est révélé progressivement. Mais aujourd’hui, il se révèle pleinement en devenant homme. Comme l’enseigne le Concile Vatican II :
« Le Fils de Dieu, par son incarnation, s’est en quelque sorte uni à tout homme » (Gaudium et Spes, 22).

3. Noël : la célébration de l’humanité réconciliée
Noël est bien plus qu’une fête de naissance : c’est la célébration de l’humanité elle-même, appelée à devenir demeure de Dieu. L’Esprit Saint rend l’homme capable d’accueillir la plénitude divine en lui.
Saint Athanase résumait ce mystère par ces mots célèbres :
« Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » — non par nature, mais par participation.
L’Incarnation est le don total de Dieu à l’humanité, et à travers l’humanité, Dieu se donne à lui-même une création renouvelée.

4. Témoins et porteurs de la Lumière
Ainsi, nous ne sommes pas seulement témoins de la Lumière, mais appelés à devenir lumière pour le monde (Mt 5,14). À l’image de Jean-Baptiste, nous préparons le chemin du Seigneur par nos paroles et nos actes, afin que d’autres puissent le rencontrer.

5. Accueillir et vivre le don de l’Incarnation
Puisque l’Incarnation est un don purement gratuit, nous sommes invités à en découvrir la « fonctionnalité », à en vivre toutes les dimensions. Comme un don précieux, elle demande d’être comprise pour être pleinement vécue.

a) La proximité divine
Dieu ne s’est pas seulement approché de l’homme ; il est devenu homme. Il a habité notre condition humaine afin de nous rendre capables de participer à sa vie divine (2 P 1,4).

b) La rencontre divine permanente
Notre fragilité appelle une purification constante. Par les sacrements, en particulier la réconciliation, nous rencontrons non seulement la miséricorde de Dieu, mais Dieu lui-même (Jn 20,22-23).

c) Le ciel sur la terre
Là où le Roi demeure, le Royaume est déjà présent. Par l’Incarnation, le ciel commence sur la terre. Comme le disait sainte Thérèse d’Avila : « Dieu seul suffit. »

d) Connaître Dieu et entrer en communion humaine
L’Incarnation nous permet de connaître Dieu à travers nos propres émotions, nos relations, notre humanité partagée. Elle fonde une communion authentique entre frères et sœurs.

e) La nouvelle création
En entrant en communion les uns avec les autres, guidés par l’Esprit, la création entière est renouvelée (2 Co 5,17). L’Incarnation inaugure ce monde nouveau.

Conclusion
Prions le Seigneur pour que ce mystère de l’Incarnation soit pleinement accueilli par l’humanité. Qu’il porte des fruits de paix, de joie et de communion, et qu’il nous conduise au cœur de la vie trinitaire, promise à ceux qui croient.
Amen.
P. Terry Cmf.

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Publié le 21 Décembre 2025

 

 

À mesure que nous nous rapprochons du moment où nous contemplerons l’expérience de « l’Étoile montante », nous découvrons que ce déploiement divin commence sur une note dissonante. Il débute dans la suspicion, la rumeur et le jugement — des voix du village et même de l’entourage de Marie — mettant en cause son honneur et sa dignité (cf. Mt 1,18-19). Pourtant, ce commencement douloureux trouve son accomplissement dans la réponse silencieuse, courageuse et croyante de Joseph, qui choisit d’agir non selon les critères humains, mais dans l’obéissance à la plénitude de la volonté divine. Dieu veut — et Joseph accomplit dans le silence.

 

La véritable justice, telle qu’elle se révèle en Joseph, ne se limite pas à une rectitude morale ou à une action extérieure. Elle consiste à assumer la responsabilité de l’autre, à porter le poids de sa vie et de son avenir (cf. Ga 6,2). Joseph accepte de devenir père pour l’Enfant saint, sans en être le père biologique — un acte d’amour profondément dépouillé. Comme l’enseigne saint Jean-Paul II dans Redemptoris Custos, la paternité de Joseph s’exprime dans le fait qu’il a fait de sa vie « un service et un sacrifice au mystère de l’Incarnation » (RC, 8).

 

L’Évangile d’hier se concluait par ces mots : « Alors l’ange la quitta » (Lc 1,38). Aujourd’hui, cet ange réapparaît — cette fois dans la maison de Joseph, à travers un songe (Mt 1,20). Ce déplacement nous révèle une vérité essentielle pour notre propre chemin spirituel : il arrive que nous devions laisser l’ange se retirer, afin que la volonté de Dieu s’accomplisse désormais par notre obéissance et notre discernement. Le silence de Dieu n’est jamais un abandon ; il est souvent une manière de nous protéger et de nous façonner.

 

Dans le grand mystère de l’Incarnation, Dieu agit différemment selon les personnes. Avec Marie, Il choisit l’intimité — la maison, le silence intérieur — transformant un lieu ordinaire en espace sacré (cf. Lc 1,26-38). Avec Zacharie, Dieu se manifeste dans le Temple, au Saint des saints, pour rassurer un homme juste mais hésitant (cf. Lc 1,8-20). Avec Joseph, Dieu choisit le langage des songes — fragiles, nocturnes, souvent incompris, mais profondément révélateurs (cf. Mt 1,20 ; 2,13.19).

 

Malgré ces différences, un élément commun demeure : Dieu choisit toujours un lieu où la personne se sent chez elle, en sécurité, et c’est là qu’Il l’appelle à accomplir quelque chose d’extraordinaire — chose impossible sans la grâce de l’Esprit Saint (cf. Lc 1,35). L’Esprit agit dans le silence, sans paroles, mais avec puissance, soutenant les souffrances et les blessures de ces personnes élues, tout en laissant les anges accomplir leur mission. Comme le rappelle le pape François, « le style de Dieu est la proximité, la compassion et la tendresse » (Evangelii Gaudium, 88).

 

Aujourd’hui encore, nous sommes appelés à devenir des « anges » pour notre temps — des messagers de la présence de Dieu — en demeurant profondément unis à Lui et en annonçant la Bonne Nouvelle aux communautés blessées. Avec Marie et Joseph, nous sommes invités à donner à l’Enfant le nom choisi par Dieu : Jésus, Emmanuel — Dieu avec nous (cf. Mt 1,21-23).

 

Si ces événements peuvent nous sembler ordinaires aujourd’hui, ils ne l’étaient absolument pas pour ceux qui les ont vécus. Ils exigeaient humiliation, vulnérabilité et exposition sociale — des dimensions que nous oublions souvent lorsque nous célébrons la gloire et la joie de Noël. Marie, mère non mariée, porte le poids de la suspicion et du déshonneur, sans autre défense visible que la fidélité d’un seul homme. Joseph accepte la honte publique en l’accueillant chez lui et en choisissant d’être père d’un enfant qui n’est pas le sien. Quel acte extraordinaire d’amour et de courage !

 

Élisabeth, elle aussi — âgée — traverse la peur, la souffrance et l’exposition sociale d’une grossesse dans une société rigide et traditionnelle (cf. Lc 1,24-25). Ces détails ne sont pas secondaires : ils constituent le lieu même où les promesses de Dieu s’accomplissent. Comme le rappelle saint Paul : « Dieu a choisi ce qui est faible dans le monde pour confondre les forts » (1 Co 1,27).

 

Par l’obéissance et la fidélité de Marie, Joseph, Zacharie et Élisabeth, les Écritures s’accomplissent : la Loi et les Prophètes trouvent leur pleine réalisation (cf. Mt 1,22 ; Lc 1,70). Sans leur capacité à porter la honte et l’incompréhension dans le silence, l’Incarnation n’aurait jamais vu le jour. C’est ici que se situe notre appel aujourd’hui : devenir l’« Étoile montante » pour les autres, en particulier pour ceux qui vivent dans l’humiliation et la souffrance silencieuse.

 

Alors que nous nous préparons à célébrer la joie de Noël, soyons attentifs aux mouvements profonds et cachés de Dieu dans notre propre vie. Beaucoup de ce que Dieu accomplit se joue en nous, au-delà de notre compréhension — comme ce fut le cas pour Marie dans l’Immaculée Conception, l’Annonciation et la Visitation. L’Esprit Saint était à l’œuvre, même lorsque Marie ne percevait pas pleinement comment Dieu agissait en elle.

 

Quelle grâce pour Marie d’avoir Joseph à ses côtés — présent à la fois dans la contemplation et dans l’action. Et quel appel pour chacun de nous : nous laisser former dans le cœur maternel de Marie afin de devenir, à notre tour, des Joseph pour le Seigneur — appelés, consacrés et envoyés dans le monde comme des « étoiles brillantes » pour nos frères et sœurs (cf. Ph 2,15). Amen.

P. Terry Cmf.

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